STRUCTURES ET FORMES DE LA "VITA SEXUALIS"
Jean-Pierre Vidit
1
. COMMENT LA SEXUALITÉ VINT À FREUD:
Dans l'introduction à l'édition française de "La
naissance de la psychanalyse", Ernest KRIS rappelle que ce qui préoccupait
FREUD en 1896 et au début de 1897 se faisait depuis longtemps pressentir.
Dans les "Etudes sur l'hystérie"; il ne fait qu'une "
brève allusion au rôle de l'enfance dans l'étiologie
de cette maladie". Puis dans "L'esquisse d'une psychologie scientifique",
" FREUD déclare que les incidents d'ordre sexuel vécus
avant la puberté jouaient un rôle dans la formation des névroses".
S'il pensait qu'il s'agissait de la deuxième enfance; son intérêt
se porta à des périodes de plus en plus précoces.
" Et il se révéla écrit FREUD dans "Ma
vie et la psychanalyse" - ce que d'ailleurs les romanciers et les
connaisseurs du coeur humain savaient depuis longtemps - que les impressions
de cette toute première période de la vie, bien que pour
la plupart tombées sous le coup de l'amnésie, laissaient
des traces ineffables dans le développement de l'individu, en particulier
fondaient la disposition à la névrose ultérieure.
Mais comme, dans ces évènements de l'enfance, il était
toujours questions d'excitations sexuelles et de réactions contre
celle-ci, on se trouvait en présence du fait de la sexualité
infantile, ce qui était encore une fois une nouveauté, en
contradiction avec l'un des plus forts préjugés des hommes".
Ce fort préjugé dont parle FREUD consistait en la croyance
que la vie sexuelle de l'enfant n'existait pas et que la fonction à
proprement parler sexuelle de l'individu ne se déployait qu'au
moment de la puberté c'est-à-dire lorsque les organes génitaux
de l'homme et de la femme deviennent matures et capables de l'effectuation
sexuelle entendue dans le sens restrictif de la procréation. La
question du désir, du plaisir restait donc curieusement absente
de cette compréhension.
Mais FREUD continue inlassablement de travailler malgré l'échec
relatif de "La science des rêves" tandis que parallèlement
les liens avec FLIESS se distendent puisque la dernière lettre
date de Mars 1902. Il écrit: " A mon retour de Rome - le voyage
date de Septembre 1901 -, je sentis renaître en moi le goût
de vivre et d'agir et s'évanouir ma soif de martyre". FREUD
demande et obtint son titre de professeur et l'annonce dans cette dernière
lettre à son "très cher Wilhem". Dont acte!
"Il prit plus de plaisir, raconte P.GAY, à terminer "La
psychopathologie de la vie quotidienne qui paraît en 1901".
Mais l'année 1905 vit, coup sur coup, la publication du cas "DORA",
"Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient" ainsi que
"Les trois essais sur la théorie de la sexualité".
Ce faisceau de livres rassemble les différents axes de pensée
de FREUD tant théoriques que cliniques. Il est le fruit d'une élaboration
commencée il y a bien des années en arrière lorsque
FREUD en voyage d'études à Paris fut sensibilisé
à mi-mots par CHARCOT et plus discrètement par BROUARDEL,
Professeur de Médecine légale puis, à Vienne, par
BREUER sur l'ubiquité de la "chose génitale" dans
les troubles nerveux sans qu'il en tire les conclusions décisives.
FREUD n'avait probablement pas "oublié" mais il avait
aussi à vaincre les résistances que soulevaient à
l'intérieur de lui ses propres découvertes. "A chaque
pas suggère P.GAY, FREUD le conquistador devait affronter FREUD
le bourgeois".
Pourtant FREUD, en matière de sexualité - domaine risqué
s'il en fut - avait des positions hardies. En 1915, il déclarait
au neurologue James Jacson PUTNAM: " La moralité sexuelle
telle que la société - et au plus haut degré la société
américaine - la définit me paraît fort méprisable.
Je suis partisan d'une vie sexuelle plus libre". Mais plus avant,
dès 1905 - c'est-à-dire l'année des Trois essais
-, répondant à un questionnaire sur la réforme du
divorce dans l'empire austro-hongrois il suggère "que soit
reconnu le droit à une plus grande liberté en matière
sexuelle" condamnant l'indissolubilité du mariage contraire
"à des principes essentiels d'éthique et d'hygiène
et à toute la pratique psychologique" et il ajoute que la
plupart des médecins sous-estiment gravement "la puissante
pulsion sexuelle", la libido.
Toutefois, à moins de faire un transfert idéalisé
sur la personne de FREUD, il n'est pas le premier à parler et reconnaître
la toute puissance de la sexualité. KRAFFT-EBING publia sa "Psychopathia
sexualis" en 1868. L'auteur y utilise le latin pour décrire
les fantaisies sexuelles qu'il catalogue. Ce livre devint un classique
pour l'étude des perversions sexuelles et connut un vif succès
pas uniquement "scientifique". Dans "Les trois essais",
FREUD rend hommage au "publications bien connues" dont, outre
KRAFFT-EBING, Havelock ELIS, Ivan BLOCH et Magnus HIRSCHFELD pour ce qui
est de "l'inversion sexuelle" furent les courageux précurseurs.
En 1845, un obscur médecin de campagne allemand avait fait observer,
en note, dans un pamphlet sur les maisons closes que "la pulsion
sexuelle se manifeste chez les tous petits: des enfants de six, quatre
et même trois ans". Et en 1867, un psychiatre bien connu Henry
MAUDSLEY trouve " de fréquents témoignages de son action
- l'instinct de reproduction- durant toute la prime jeunesse, tant chez
les animaux que chez les enfants, sans qu'il y ait conscience des fins
ou de l'objectif poursuivi par cette impulsion aveugle. Quiconque nie
la chose n'a guère prêté attention aux ébats
des jeunes animaux, et se montre singulièrement - ou hypocritement
- oublieux des évènements de sa petite enfance". Mais
l'on voit ici que l'instinct de reproduction est confondu avec la pulsion
sexuelle.
Plus récemment en 1979, la Nouvelle Revue de Psychanalyse publiait
le Journal d'Héroard, médecin - en fait il était
selon Ambroise PARÉ un futur médecin de cheval c'est-à-dire
un vétérinaire - nommé par Henri IV pour s'occuper
et soigner le dauphin, futur Louis XIII dès sa naissance. Ce texte
qui date de 1601 rapporte presque jour par jour le développement
et l'éducation du futur roi de France et trace son développement
sexuel. Pour les aspects qui nous occupent citons rapidement: " le
15 Septembre 1601: " Le page de Mme de Longueville arrive pour avoir
de ses nouvelle. Le Dauphin l'appelle d'un "Hé"! et se
retrousse, lui montrant sa guilleri". "Le 16 Septembre, il montre
sa guilleri à Mme d'Elbenne". "Le 27 Janvier 1602: Amusé,
dansé aux branles, étant par avant songeant et triste pour
ne voir personne; l'on fait venir des femmes il se prend à les
faire danser, se joue à la petite Marguerite, la baise, l'accole,
la renverse à bas, se jette sur elle avec trépignement de
tout le corps et grincement de dents. " " Le 12 Juin 1603: en
tétant, il gratte sa marchandise, droite et dure comme du bois".
On ira même jusqu"au récit traumatique de la consommation
forcée de son mariage avec Anne d'Autriche à 14 ans!
FREUD n'a pas "inventé" la sexualité; d'autres,
on le voit y avait pensé avant lui. Son apport original réside
en ce qu'il va en théoriser les grandes lignes et abaissé
les barrières entre le pathologique - essentiellement de la perversion
(c'est le premier chapitre des Trois Essais) - et le normal - en montrant
que ces formes "perverses polymorphes", dira-t-il, se retrouvent
dans les toutes premières phases du développement de l'enfant.
Mais l'on voit aussi - et c'est important pour les psychanalystes - que
cette connaissance n'a pu se faire qu'au prix d'un travail interne considérable
- essentiellement l'auto-analyse - pour vaincre les résistances
qui s'opposaient à sa pulsion de savoir. J'y vois pour ma part
les prémisses préanalytiques de ce qui deviendra l'étude
du contre-transfert qui montre qu'outre les résistances affectives,
la connaissance au plan de la dimension de l'inconscient ne peut s'acquérir
qu'à ce prix.
La question de la "vie sexuelle" et, principalement, de la précocité
de la "vie sexuelle" soulèveront passions et contradictions.
Ce qui permet peut-être d'élargir un peu l'opinion de C.CHILLAND
qui, dans un livre récent, soutient que FREUD " n'a pas découvert
l'existence de la sexualité infantile" et elle poursuit en
écrivant "Ce que FREUD a fait, c'est attribuer à celle-ci
un rôle dans le développement de la personnalité,
de la santé et de la maladie psychique". En ce sens, il s'agit
plus d'une "psycho sexualité".A quoi, me semble-t-il,
il faudrait ajouter également dans la civilisation, dans la société
si l'on en croit les réactions aux mésaventures sexuelles
récentes d'un homme politique de tout premier plan ou à
l'oubli dont fut victime le manuscrit d'Héroard.
2. QUELQUES REPÈRES CONCEPTUELS:
Peut-être est-il utile à ce point du travail de
préciser quelques repères conceptuels entre vie sexuelle,
pulsion sexuelle, libido.
Le terme de "vita sexualis" - qui reprend lui aussi le traditionnel
usage du latin pour parler des choses du sexe - apparaît à
plusieurs reprises sous la plume de FREUD au moins dans ses premiers écrits.
Mais, en l'occurrence, dans un petit article paru en 1905 - "Mes
vues sur le rôle de la sexualité dans l'étiologie
de névroses" précisément l'année de la
parution des " Trois essais sur la théorie de la sexualité"
où il résume de façon synthétique " l'importance
étiologique du facteur sexuel dans les névroses" dont
il faut, pour l'apprécier au mieux, "retracer (l') évolution".
Il y réaffirme dans le même mouvement et de façon
argumentée l'abandon de la Neurotica intervenu en 1897 dans une
lettre à FLIESS restée célèbre. " Après
cette correction", ajoute-t-il, "les "traumatismes sexuels
infantiles" "- il faut entendre ici "les influences accidentelles
sur la sexualité" constituées par les séductions
d'adultes auprès d'enfants - "étaient remplacées,
dans un certain sens, par "l'infantilisme de la sexualité"
" c'est-à-dire que la naissance à la vie sexuelle prend
sa racine aux périodes les plus reculées de la vie de l'enfant
et non au moment où le sujet adulte devient capable de procréer.
Le psychique - représenté sous la forme de la pulsion sexuelle
et son énergie concomitante la libido - se différencie nettement
du biologique combien même il s'y étaie.
Et FREUD de poursuivre dans ce même article " Dans mes Trois
essais sur la théorie de la sexualité récemment publiés,
j'ai tenté de décrire les formes variées de cette
constitution sexuelle, ainsi que le caractère composite de la pulsion
sexuelle en général et sa provenance de différentes
sources contributives dans l'organisme".
FREUD place donc bien son étude de la sexualité à
l'articulation entre le somatique et le psychique faisant ainsi de la
pulsion un concept limite entre ces deux ordres constitutifs de l'être
humain.
En fait, en 1905, FREUD n'est pas tout à fait au début
de sa réflexion mais a déjà accumulé toute
une masse d'informations livresques, d'observations cliniques sur les
patients qu'il traite et de spéculations théoriques que,
pendant tout un temps, il échange et confronte avec FLIESS pour
s'en dégager et affiner des vues plus personnelles.
Comme le souligne à juste titre LAPLANCHE et PONTALIS dans leur
Vocabulaire de la Psychanalyse " Il est difficile de donner une définition
satisfaisante de la libido". Et encore faut-il la différencier
de la pulsion sexuelle. Car "la théorie de la libido a évolué
avec les différentes étapes de la théorie des pulsions".
Les Trois essais s'ouvrent sur la proposition du mot "libido"
pour désigner les besoins sexuels " Pour expliquer les besoins
sexuels de l'homme et de l'animal écrit FREUD, on se sert, en biologie
de l'hypothèse qu'il existe une "pulsion sexuelle"; de
même que pour expliquer la faim on suppose une pulsion de nutrition.
Toutefois, le langage populaire ne connaît pas de terme qui, pour
le besoin sexuel, corresponde au mot faim; le langage scientifique se
sert du terme "libido" ".
Déjà des distinctions conceptuelles subtiles sont à
saisir entre "instinct", "pulsion sexuelle" et "libido".
C.CHILLAND regrette qu'une certaine tradition française ait traduite
"Trieb" par "pulsion" alors que l'acception allemande
est "instinct" situant ce dernier du côté de l'autoconservation.
L'observation clinique de certaines formes de perversions sévères
nuancent ce propos et nous montrent malgré tout que, dans certaines
formes limites - que l'on pense ici au cas de masochisme pervers rapporté
par M. de M'Uzan - la pulsion sexuelle n'est pas systématiquement
au service de l'autoconservation mais peut être à celui de
la destruction de soi, de l'autre. On le voit la difficulté est
de penser la sexualité dans son aspect directement relié
au soma et qui trouve son expression dans le corps - on peut être
étonné de ce que la question de l'orgasme n'est pas traitée
sauf par REICH - et, à la fois, comme une psychosexualité
qui serait la manière dont la question sexuelle est reprise sur
le plan de l'organisation psychique. C'est l'inscription à la fois
corporelle et psychique de la sexualité qui lui donne à
la fois, sa complexité, sa richesse et sa " polysémie"
pour reprendre l'expression d'A. GREEN dans Les chaînes d'Éros.
Le terme "libido" signifie en latin envie, désir. FREUD
déclare l'avoir emprunté à A. MOLL qui publie un
ouvrage en 1898 " Untersuchungen über die libido sexualis"
mais assez curieusement on le trouve à plusieurs reprises dans
les lettres et manuscrits adressés à FLIESS dès 1894
(Manuscrit E) " Ainsi, une tension sexuelle physique, portée
au dessus d'un certain degré suscite de la libido psychique, qui
alors prépare le coït, etc." Puis quelques lignes plus
loin " Si l'on admet jusque là cette théorie, il faut
reconnaître qu'il y a dans la névrose d'angoisse une insuffisance
d'affect sexuel, de libido psychique..........Les patientes reconnaissent
avoir noté que, depuis l'apparition de leur angoisse, elles n'ont
plus éprouvé de désirs sexuels".
C'est dans ses premiers écrits sur la névrose d'angoisse
en 1896 que FREUD pose la libido " comme une énergie nettement
distinguée de l'excitation sexuelle somatique. Une insuffisance
de "libido psychique" provoque le maintien de la tension somatique
où elle se traduit sans élaboration psychique en symptômes
c'est-à-dire dans le cas présent en angoisse née
du clivage entre le somatique et le psychique". Elle est, écrit
il " la manifestation dynamique dans la vie psychique de la pulsion
sexuelle". FREUD donne donc un pendant psychique - la libido - à
l'excitation somatique.
Dans sa première acception, au moment de la parution des Trois
essais, la libido restera proche du désir sexuel cherchant la satisfaction.
Il s'agit, en fait, de la libido d'objet se concentrant sur des objets,
s'y fixant ou les abandonnant. A partir de la conception du narcissisme
que FREUD précise dès 1914 dans "Pour introduire le
narcissisme"; il modifie son point de vue de la direction de la poussée
libidinale : "Nous disons écrit-il que l'être humain
a deux objets sexuels originaires: lui-même et la femme qui lui
donne ses soins". L'économie libidinale va dès lors
englober tout le jeu des investissements et contre-investissements portée
sur le sujet lui même et constitue la libido du moi en complément
de la libido d'objet.
On voit, à ces trop brefs rappels, que les concepts chez FREUD
ne sont nullement enchâssés comme des reliques mais subissent
perpétuellement des modifications au fur et à mesure que
l'observation clinique, la spéculation théorique.....ou
les urgences politiques - le débat avec JUNG sur la conception
de ce dernier d'une libido désexualisée - nécessitent
une refonte de ces mêmes concepts. Comme l'écrivait assez
malicieusement FREUD: " Il ne faut pas confondre l'échafaudage
avec l'édifice".
Toutefois FREUD écrit à ABRAHAM en 1908: " La résistance
à la sexualité infantile me renforce dans l'idée
que les Trois essais sont une oeuvre de la même valeur que "L'interprétation
des rêves"". De fait, on peut réellement considérer
que ces deux titres sont les ouvrages princeps de l'édifice théorique
de la psychanalyse.
3. UNE GÉOGRAPHIE DE LA SEXUALITÉ:
Il est absolument impossible - et pour ne rien cacher un peu stérile
- dans les limites qui me sont imparties de résumer l'ensemble
des notions cliniques et théoriques qui recoupent les écrits
freudiens sur la sexualité. Autant résumer la psychanalyse!
En fait, le thème de la sexualité traverse de part en part
l'oeuvre de FREUD ce qui lui vaudra d'ailleurs le qualificatif de "pansexualisme".
J'ai, pour ma part, choisi une autre direction.
En effet, j'ai toujours été intéressé par
la dimension anthropologique de la pensée de FREUD. ce dernier
n'a pas réduit sa théorie à une suite de concepts
cliniques - sorte de vade-mecum du parfait thérapeute- débouchant
dans les lignes réifiantes d'une "techné". Mais
il a toujours tenté de les articuler à une réflexion
qui confronte la pertinence de ses concepts à d'autres champs où
le "psychique" se montre en les appliquant à l'art, à
l'histoire, la vie sociale, la morale et la religion...cherchant par là
même à cerner les différentes figures et facettes
du psychisme humain définissant ainsi les frontières d'une
anthropologie. En ce sens, il n'a pas confondu l'échafaudage -
la théorie - avec l'édifice - le psychisme.
Il m'a semblé intéressant de tenter de voir si les concepts
cliniques élaborés par FREUD peuvent se retrouver dans des
productions - ici ce seront des productions picturales - et selon deux
orientations croisées. Sur un plan vertical voir si l'on retrouve
les grandes étapes du développement psycho-sexuel dans l'évolution
de la production picturale et sur le plan horizontal si apparaissent les
grands thèmes développés par FREUD à propos
de la sexualité dans les productions artistiques.
Lorsque l'on regarde l'art statuaire de la période de l'antiquité
principalement romaine on est amené à constaté une
grande importance de la représentation de la nudité qui
s'attache plus à l'homme qu'à la femme qui souvent y est
représentée au moins partiellement vêtue. (1) La nudité
disparaîtra de la fin de la période antique jusque vers le
XVème siècle où elle réapparaît à
l'occasion de thèmes mythologiques ou exotiques.
"Le petit enfant écrit FREUD dans la Sexualité infantile
manque au plus haut point de pudeur et montre, dans les années
de la première enfance, un plaisir non équivoque à
découvrir son corps en attirant l'attention sur ses parties génitales".(2)
Mais cet art statuaire antique représente souvent des personnages
très beaux et dans des poses avantageuses qui, apparemment prennent
plaisir à se montrer et rarement avec d'autres personnes. Il s'agit
de poses non directement "sexualisées" ou "érotisées"
comme on le verra ultérieurement. Peut-être retrouvons-nous
là cette caractéristique décrite par FREUD dans le
même texte : " le caractère le plus frappant de cette
activité sexuelle, c'est qu'elle n'est pas dirigée vers
une autre personne. L'enfant se satisfait de son propre corps: son attitude
est auto-érotique, pour employer un terme de Havelock ELLIS"
(3)
Le corps représenté par le statuaire semble tout entier
être devenu une "zone érogène" c'est-à-dire
dit FREUD "une région de l'épiderme ou de la muqueuse
qui, excitée de façon particulière, procure une sensation
de plaisir d'une qualité particulière" Ces zones érogènes
dessinent alors toute une géographie - les localisations diffèrent
:mamelon, main, pied, partie génitale - et une temporalité
du plaisir enfantin d'abord par la zone orale - notamment la succion -
puis anale - rappelons nous du "lumpf" du petit Hans - et génitale
- par les différentes activités de masturbation infantile.(4)
Mais en contemplant ces oeuvres et en y prenant plaisir nous retrouvons
ce que FREUD décrit sous le nom de pulsions partielles d'une part
en ce que l'art du statuaire nous renvoie au voyeurisme - à notre
propre voyeurisme - où c'est l'organe visuel qui joue le rôle
de zone érogène c'est-à-dire qu'une autre zone que
la zone génitale devient le siège d'une excitation d'ordre
sexuelle. Des travaux médicaux récents qui s'attachent à
réfléchir sur les troubles de la puissance sexuelle tentent
de lier les excitations provoquées par la vue d'images érotiques
et leur répercussion sur les flux sanguins au moyen du scanner.
FREUD précise au rang de ces pulsions partielles " celles
qui poussent les enfants à être des voyeurs et des exhibitionnistes,
ainsi que la pulsion à la cruauté". (5)Ces pulsions
partielles ne prendront leur sens plein qu'ultérieurement lors
de la sexualité adulte où elles seront reprises dans les
jeux sexuels.
Enfin l'art des statuaires par cette différence de traitement
entre l'homme et la femme montre, dans un raccourci saisissant, l'inscription
de la différence des sexes. C'est la nature traumatique de cette
découverte qui est ici suggérée. Il existe un autre
être humain comme soi qui est pourtant différent de soi et
trouvera son expression dans l'angoisse de castration et l'envie du pénis.
Dans un texte clinique qui est le récit du petit Hans on suit quasiment
pas à pas les décours de la pensée de Hans à
propos de son "fait-pipi" et des problèmes, occultations,
dénégations qui se produisent lorsqu'il est confronté
au fait que sa petite soeur n'a pas de "fait-pipi".
Cette période de l'antiquité principalement romaine surtout
si on l'étend à l'histoire antique - histoire tragique et
souvent cruelle - pourrait bien représenter sur le continuum du
temps une représentation de la première enfance c'est-à-dire
entre 0 et 3 ans. Celle qui précisément est la plus recouverte
par l'amnésie infantile comme le suggère peut-être
l'éviction de la nudité dans l'art pictural pendant près
de 10 siècles!
Assez curieusement dans un article de 1912 " Sur le plus général
des rabaissements de la vie amoureuse." FREUD évoque l'antiquité
dont il était un fervent admirateur. Il écrit "A des
époques où la satisfaction amoureuse ne rencontrait pas
de difficultés, comme ce fut peut être le cas pendant le
déclin de la civilisation antique, l'amour devint sans valeur,
la vie vide et il fallut de fortes formations réactionnelles pour
restaurer les indispensables valeurs d'affect".
Filant la comparaison avec l'antiquité, FREUD montre bien que
la perversion et sa variante infantile de perversion polymorphe où
l'enfant va utiliser toutes les parties de son corps - bouche, main, peau,
anus, pied... - comme objets des satisfactions sexuelles; cette disposition
conduit à une fausse solution. L'enfant devra y renoncer sous la
contrainte de l'éducation.
"Sous ce rapport poursuit FREUD dans le même article, on peut
affirmer que le courant ascétique du christianisme a crée
un ensemble de valeurs psychiques que l'Antiquité païenne
ne pouvait lui conférer. Ce courant atteignit sa signification
la plus haute avec les moines ascètes dont la vie était
presque exclusivement remplie par le combat contre la tentation libidinale".
FREUD suggère donc que "quelque chose dans la nature même
de la pulsion sexuelle (n'est) pas favorable à la réalisation
de la pleine satisfaction". En quelque sorte, l'interdit et la frustration
sont co-extensifs de la pulsion sexuelle. Le premier, l'interdit, intervient
pour FREUD sous la forme d'un changement d'objet sexuel dû à
la barrière de l'inceste "l'objet final de la pulsion sexuelle
poursuit-il n'est plus l'objet originaire - il faut entendre ici la mère
qui par ses soins apporte toute une ouverture sensuelle à l'enfant:
la mère comme séductrice et non plus uniquement comme soignante
- mais seulement son substitut". Et c'est cette substitution de l'objet
originaire par le substitut qui, n'étant qu'un ersatz, condamne
le sujet à une quête perpétuelle qui explique l'inconstance
dans le choix d'objet, la "faim d'excitation, qui caractérise
si fréquemment la vie amoureuse." En second lieu, parce que
la pulsion sexuelle est infiniment plus riche dans ses manifestations
que ce que la civilisation ou les capacités du sujet ne permettent
de réaliser. En conséquence, " la persistance des motions
non utilisées se manifeste dans l'activité sexuelle comme
insatisfaction". C'est la frustration née du refoulement ou
de la non satisfaction de certaines composantes de la pulsion sexuelle.
Le Moyen Age semble opérer une coupure dans la représentation
iconographique et confirmer les commentaires de FREUD sur l'impact du
Christianisme. La disparition de la nudité y est presque totale.
J'ai choisi pour ce faire une représentation parmi les peintures
de LASINIO (6) illustrant l'Ancien Testament qui se trouve au Muséo
Del Duomo de Pise et qui montre très nettement comment sous couvert
de représentation de l'enfer c'est en fait à une prescription
de la pulsion sexuelle que l'on est convié. D'un côté
le paradis rempli d'êtres angéliques habillés en costumes
d'époque moyenâgeuse (7) - donc a-séxualisés
- et de l'autre l'enfer (8) remplis d'hommes très dénudés
en proie à toutes les turpitudes de la pulsion sexuelle (9). La
césure entre le permis et le défendu passe donc par la proscription
de la sexualité et l'on saisit la menace qui pèse sur ceux
qui s'y abandonnent.
Cette prescription s'étend d'ailleurs à la représentation
même du Christ (10) puisque dans l'église de LUCCA non loin
de Pise on trouve l'un des rares Christ représenté habillé
(11) et qui plus est paré d'habits d'apparat lorsqu'il est sorti
en procession à l'occasion des grandes fêtes religieuses.
Mais la grande affaire de cette période iconographique sera les
innombrables représentations de la nativité et de l'annonciation.
(12) Cela indique qu'il n'est plus possible de représenter d'autres
sujets que religieux y compris dans l'école flamande avec BOSCH
(12B & 13) puis BREUGHEL où les scènes de la vie courante
servent comme dans "Les péchés capitaux" à
rendre l'interdit omniprésent puisque dans le tableau se trouve
un oriflamme où est inscrit " Dieu te voit". Le thème
de la nativité traduit comme en négatif à la fois
l'éviction du sexuel et à la fois sa résurgence sous
la forme du thème de la naissance. L'interdit est donc omniprésent
ou bien ne peut être transgressé que de manière allusive
par le biais des mythes, principalement tirés de l'antiquité
ou des écritures saintes et des contes qui serviront aussi de support
iconographique dans cette période. Malgré tout le sexuel
peut faire retour- n'est-ce pas le retour du refoulé?- comme dans
cette toile anonyme du Musée d'Utrecht. (14)
Comment alors comprendre cette insistance représentative? Si on
la réfère à l'axe développemental de la sexualité,
on pourrait la comprendre comme une variante des théories sexuelles
infantiles.
Cette insistance représentative de la nativité donc de
la procréation redessine finalement ce qui se passe entre la troisième
et la cinquième année c'est à dire dit FREUD "
les débuts d'une activité provoquée par la pulsion
de recherche et de savoir". Il s'agit de percer le mystère
de la procréation et de répondre à la question que
FREUD assimile à l'énigme du Sphinx: " D'ou viennent
les enfants?". " L'enfant s'attache poursuit FREUD aux problèmes
sexuels avec une intensité imprévue et l'on peut même
dire que ce sont là les problèmes éveillant son intelligence".
On est alors dans la deuxième enfance de 3 à 6/7ans.
Si cette question émerge dans la réalité des situations
par le biais de la naissance d'un petit frère; il faut reconnaître
que les explications que l'on donne aux enfants - la théorie des
cigognes - ne les satisfont pas. L'insatisfaction de la curiosité
laisse penser à l'enfant "qu'il y a quelque chose d'interdit
que les "grandes personnes" gardent pour elles et pour cette
raison développent en secret leurs recherches ultérieures"
poursuit FREUD. A l'heure ou la cigogne a perdu quelques plumes et pris
un peu de plomb dans l'aile; on peut se demander comment se manifeste
actuellement cette notion d'interdit qui est transmise par les parents?
Et l'auteur d'ajouter dans son article de 1908 sur "Les théories
sexuelles infantiles" qu' "ils ont aussi vécu par là
la première occasion d'un "conflit psychique" dans la
mesure où des opinions, pour lesquelles ils éprouvent une
préférence de nature pulsionnelle mais qui ne sont pas "bien"
aux yeux des grandes personnes, entrent en opposition avec d'autres, qui
sont fondées sur l'autorité des "grandes personnes",
mais qui ne leur conviennent pas à eux" On comprend alors
mieux la réflexion de A. GREEN dans "Les chaînes d'Éros"
lorsqu'il écrit: " que la sexualité est la base sur
lequel le psychisme s'édifie: son support est la pulsion sexuelle.
Elle - je pense que l'auteur veut dire la structuration du psychisme -
n'apparaît que sur fond de conflit.". FREUD en conclut que
"le complexe nucléaire de la névrose se trouve constitué
par cette voie" même s'il montre quelques lignes plus haut
que ce "conflit psychique" peut devenir un "clivage psychique"
qui ouvre, selon moi, à d'autres configurations psychopathologiques.
La période de la Renaissance et de l'Age classique jusqu'à
la fin du XVIIème siècle possède une iconographie
abondante qui est fortement représentée d'une part par des
sujets où se traduit l'aspiration morale où une grande recherche
esthétique (15) (16) qui marque le reflet de la présence
de Dieu dans la beauté et d'autre part par d'innombrables portraits
(17) qui évacuent le sexuel au profit d'une représentation
figée. Ces productions semblent correspondre à ce que FREUD
range sous le terme de période de latence. Il écrit dans
le deuxième chapitre des Trois essais: " le processus détournant
les forces sexuelles de leur but et les employant à des buts nouveaux,
processus auquel on a donné le nom de sublimation, constitue l'un
des facteurs les plus importants pour les acquisitions de la civilisation".
Mais cette mise en sourdine de la pulsion sexuelle ne veut pas dire qu'elle
disparaît complètement; elle se trouve à l'arrière
plan et toujours prête de se manifester au hasard d'un tableau anonyme
(18) - gare aux sanctions - ou dans l'ambiguïté du titre d'un
tableau comme on peut le voir dans l'oeuvre de WATTEAU qui se trouve à
l'Ermitage de Saint-Pétersbourg: "La conversation embarrassante"
(19). Le sexuel y est suggéré comme un en plus de la toile
que tout le monde peut comprendre!(22)
La fin du XVIIIème et le début du XIXème siècle
grâce en premier lieu à l'influence du Siècle des
Lumières qui combattit la religion et le despotisme monarchique
puis grâce au romantisme qui va orienter l'art pictural sur la nature
et sur la mise en scène des sentiments et des tourments de l'homme
va libérer l'iconographie de ses commanditaires religieux ou nobles
et permettre l'expression d'un certain monde interne: celui des rêves
et des cauchemars comme le montre le tableau de Johann Heinrich FUSSLI
de 1782 s'intitulant " Le cauchemar" (20) où se mêlent
à la fois une indéniable sensualité exprimée
par la pose du modèle et la représentation d'un monde interne
plus ou moins terrifiant; signe des forces occultes qui restent à
l'arrière plan de l'individu derrière la belle facture esthétique.
Ou bien cette sensualité se cache derrière l'exotisme comme
dans le Bain turc d'INGRES en 1862. (21)
L'oeuvre de Caspar David FRIEDRICH de 1818 intitulé "Voyageur
contemplant une mer de nuages" (23) où un homme en bel habit,
frac et canne contemple au sommet d'une montagne une mer bouillonnante
de nuages traduit assez bien ce qui se passe au moment des transformations
de la puberté "qui amèneront la sexualité à
sa forme définitive et ......normale" dit FREUD dans l'Introduction
du troisième des Trois essais. L'homme doit apprendre à
dompter sa pulsion sexuelle.
" La pulsion sexuelle était essentiellement autoérotique;
elle va maintenant découvrir l'objet sexuel" poursuit FREUD
quelques lignes après. La peinture de la fin du XIX et du début
du XXème siècle qui, essentiellement, par la voie de l'impressionnisme
va abandonner les représentations mythologiques ou religieuses
pour se diriger vers une peinture qui figure beaucoup plus l'intime (24)
, le quotidien (25) (26)et n'hésite pas à représenter
la réalité de la pulsion d'une manière a peine déguisée
d'où se dégage et donc se montre toute la sensualité(27).Voire
la sexualité notamment chez TOULOUSE-LAUTREC (28)(28B). A preuve
pour mémoire, le célèbre tableau de COURBET intitulé
" L'origine du monde" qui représentait en gros plan le
sexe d'une femme lascivement installée sur un canapé. Il
fut d'ailleurs masqué parce que trop scandaleux puis ré
exhumé par LACAN qui l'acquit. " . On est plus ici dans la
sexualité adulte.
" Maintenant écrit FREUD, un but sexuel nouveau est donné,
à la réalisation duquel toutes les pulsions partielles coopèrent,
tandis que les zones érogènes se subordonnent au primat
de la zone génitale". FREUD distingue alors le plaisir provoqué
par l'excitation des zones érogènes - qu'il qualifie de
plaisir préliminaire - par opposition au plaisir déterminé
par l'émission des produits génitaux appelé plaisir
terminal. Ce plaisir préliminaire représente la survivance
des pulsions sexuelles infantiles et il ne doit pas se déployer
d'une manière qui entraverait l'effectuation normale de l'acte
sexuel. " de nombreux cas de perversions écrit-il sont en
effet caractérisés par un tel arrêt aux actes préparatoires".
" Le caractère normal de la vie sexuelle est assuré
par la conjonction, vers l'objet et le but sexuels de deux courants: celui
de la tendresse et celui de la sensualité." Et filant une
métaphore qui ne manque pas de symbolisme: " Il se produite
quelque chose de comparable au percement d'un tunnel entrepris par les
deux côtés".
Mais ce qu'il faut surtout bien comprendre; c'est que "les manifestations
infantiles de la sexualité ne déterminent pas seulement
les déviations, mais encore les formations normales de vie sexuelle
adulte". On conçoit alors combien cet équilibre peut
être précaire et objet de nombreuses régressions.
Et FREUD de revenir sur la théorie de la libido pour affirmer "que
la libido est, de façon constante et régulière, d'essence
mâle, qu'elle apparaisse chez l'homme ou chez la femme, et abstraction
faite de son objet, homme ou femme." Cette affirmation - qui a depuis
faite couler beaucoup d'encre et reprocher à FREUD son sexisme
puisque comme le remarque C. CHILLAND " FREUD se contente d'étudier
ce qui se passe chez le garçon et l'homme, et en déduit
mutatis mutandis ce qui se passe chez la fille et la femme". Elle
s'explique peut-être aussi par le modèle même de la
pulsion vue comme quelque chose d'actif, de dynamique, d'orienté
plus spécifiquement associé au masculin.
Il subsiste donc dans la sexualité adulte des parts de sexualité
infantile - pour reprendre une phraséologie plus kleinienne - et
de la gestion de ces parts dépend en partie une sexualité
harmonieuse faute de quoi elles sont refoulées et s'extériorisent
sous formes de symptômes morbides.......ou d'oeuvres d'art.
Il faut faire un grand saut dans l'histoire de l'art pour trouver des
illustrations qui peuvent s'apparenter à des résurgences
des théories sexuelles infantiles. Ces illustrations permettront
de voir comment ces théories peuvent être soit portées
par la sublimation soit reprises dans le cadre de la sexualité
adulte.
La révolution surréaliste - comme l'appelle une récente
exposition à Beaubourg - ou la peinture moderne et contemporaine
en offrent certains exemples. N'oublions pas de rappeler que ces courants
sont en prise directe avec la psychanalyse dont ils se sont puissamment
et officiellement inspirés en cherchant une "représentation"
de "l'irreprésentable" et donc en étant sensible
à la dimension de l'inconscient dans sa possible représentation
pictographique.
La première de ces théories sexuelles infantile est liée
au fait que sont négligées les différences entre
les sexes. Cette théorie dit FREUD "consiste à attribuer
à tous les humains, y compris les êtres féminins,
un pénis" et "l'existence de la cavité qui reçoit
le pénis demeure inconnue de l'enfant". On trouve une illustration
possible et convaincante de cette théorie dans un tableau de P.
PICASSO intitulé "La pisseuse". (29) Outre que le terme
de "pisseuse" signifie dans le langage argotique français
"la fille"; ce qui frappe ici c'est la persistance de la dénégation
infantile car l'écoulement de l'urine vient par le trait du peintre
presque matérialisé un pénis imaginaire. Cette douleur
du renoncement fait dire à l'enfant qui reste à l'intérieur
du peintre comme le petit Hans confronté au traumatisme de la différence
des sexes: il grandira plus tard. FREUD poursuit d'ailleurs que cette
fixation peut conduire à une homosexualité et que la femme
restera pour cet homme "fixé" "impossible comme
objet sexuel". Ces commentaires de FREUD prennent évidemment
un sens troublant lorsqu'on les met au regard de cette phrase sibylline
de PICASSO rapportée par l'un de ses biographes: "Georges
BRAQUE est la seule femme que j'ai aimée!".
La seconde théorie sexuelle infantile découle de l'ignorance
du vagin. La sortie de l'enfant ne peut se faire que par l'orifice intestinal.
"L'enfant écrit FREUD doit être évacué
comme un excrément, une selle" ou bien le ventre ou l'intestin."
Une place est aussi accordée au nombril.
Il me semble que nous en voyons un exemple dans cette toile de Victor
BRAUNER datant de 1936 intitulée: "Anatomie du désir.
La femme complète" (30) mais aussi dans l'une des parties
du "Triptyque" de F. BACON en 1964: Three figures in a room".
(31)
La troisième théorie sexuelle infantile concerne la "conception
sadique du coït"..."ils avaient ainsi interprété
l'acte amoureux comme un acte de violence. C'est peut-être aussi
dans la peinture de F. BACON que l'on trouve les résurgences les
plus proches de cette dernière forme des théories sexuelles
infantiles même si elle s'applique préférentiellement
en ce qui concerne BACON à une problématique homosexuelle.
(32) Cette conception sadique du coït montre la trace de l'action
de la motion hostile qui se trouve au coeur de la perversion. On y retrouve
aussi tout l'imaginaire lié à la scène primitive.
(33)
4.
CONCLUSION:
Comme le remarque très justement J. LAPLANCHE dans son Introduction
à "La vie sexuelle"; de 1895 à 1938, dans ses
écrits, FREUD n'a jamais cessé de réaffirmer que
la sexualité est "une des lignes de force autour desquelles
s'oriente tout le freudisme".
Le "pansexualisme" de FREUD dont il fut souvent accusé
signifie seulement la prééminence clinique observée
par FREUD des représentations sexuelles dans l'exploration de l'inconscient.
Toutefois, et pour finir sur une ligne interrogative, la description
de la sexualité s'oriente majoritairement sur une conception qui
tente à donner une transcription psychique aux manifestations sexuelles
dont on trouve de multiples résonances dans l'élaboration
du rêve qui assure la fonction de liaison de ces énergies.
En ce sens, il s'agit bien d'une psychosexualité qui trouvera son
expression dans le rêve et le transfert permettant alors de décrypter
les motions sexuelles sous-jacentes.
La question de l'orgasme, qui trouvera des développements souvent
jugés hasardeux dans l'oeuvre de REICH, n'est pas développé
autrement que sur le plan somatique comme forme terminale de l'excitation.
Les récents travaux de C. DEJOURS offrent une ouverture intéressante
en postulant dans l'orgasme - envisagé sur le plan psychosomatique
- une fonction de déliaison qui viendrait bipolarisés la
vie psychique pris entre travail de liaison du rêve et de ses équivalents
et travail de déliaison produit par l'orgasme. Mais cela serait
l'objet d'un autre exposé.
ICONOGRAPHIE
1 - Apollon Samodone par Proxilète 340 AVJC
Ménade dansant par Scopas IV AVJCV
2 - Le discobole par Myron 320 AVJC
3 - Le doryphore
Diadumène par Polyclète 450 AVJC
4 - Hermaphrodite endormie
Le faune barberini
Pugiliste par Appolonias
Ariane endormie
5 - Amazone blessée par Présilas
Amazone par Polyclète
6 - Lasinio Une vison de l'enfer et du paradis
7 - idem
8 - idem
9 - idem
10 - Christ de Lucca
11 - idem
12 - Fra Angelico: l'annonciation
12B: J. BOSCH; La tentation de Saint Antoine
13 - J. BOSCH : Le char de foin
14 - Anonyme d'Utrecht Moine et None 1485
15 - S. BOTICELLI La naissance de Vénus 1484
16 - Michel-Ange: David
17 - Cranach: Portrait de Johannes Carspinion et de sa femme 1502
18 - Ecole de compiègne: Deux dames au bain Fin du 15ème
19 - Watteau;: La conversation embarassante 1617
20 - FUSLI: le cauchemar
21 - Ingres: Le bain Turc
22 - TITIEN La vénus d'urbino 1538
23 - FREDRICH: Le voyageur face à une mer de nuages
24 - A. RENOIR : Le canotage au bord de la marne
25 - A. RENOIR : La guinguette
26 - P. BONNARD : Nu à la baignoire 1931
27 - Frantz von Sluck: Lutte pour la femme 1905
28 - H de Toulouse-Lautrec: Le salon Verdurin
28B - Manet: Olympia
29 - PICASSO: La pisseuse 1966
30 -V. BRAUNER: Anatomie du désir. La femme complète 1935
31 - F. BACON : Three figures in a room 1964
32 - F. BACON: Two figures 1953
33 - Edxard KIENHOLZ White visions of sugar plums danced in their bed
1964
Texte présenté à la Journée
d'Etude du GERCPEA à Luxembourg le 29 novembre 2002
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