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COMMENT REPONDRE A UNE DEMANDE DE PSYCHOTHERAPIE PSYCHANALYTIQUE CHEZ L'ENFANT ?

Francis DROSSART

Il n'est évidemment pas anodin d'aborder, même sous forme de point d'interrogation, la question de la demande dans un domaine qui touche, d'une manière ou d'une autre, à la psychanalyse.

En l'absence d'une référence possible au Laplanche et Pontalis (qui, comme le remarquait P. GEISSMANN, constitue dans les cas difficiles un solide élément de réassurance) le terme ne figure pas dans leur ouvrage je me placerai sous la protection d'une autre puissance tutélaire, celle de Paul-Emile Littré (13) qui, parmi d'autres associations possibles pour le terme de " demande ", nous propose celles-ci:

en philosophie: point que l'on prie l'adversaire de reconnaître, préalablement à une discussion;

en musique: se dit d'une fugue ou d'une symphonie du motif que l'on se propose d'imiter, le thème qui y correspond se nomme la réponse;

en marine: filer un cable à la demande du vent, le filer à mesure qu'il se tend pour éviter de faire choir l'ancre;

en menuiserie: une pièce de bois est à la demande quand elle a été travaillée selon la forme de la place qu'elle doit occuper.

Je ne filerai pas davantage par ces différentes métaphores (certaines éminemment bioniennes) sinon pour reconnaître qu'elles ont l'avantage d'éviter la référence (plus prosaïque) à la loi de l'offre et de la demande mais l'inconvénient de n'aborder que très indirectement la question du contenu sexuel implicite de toute demande, contenu mieux évoqué par la " non demande en mariage " d'un ancêtre plus proche de nous que les frères Littré; il s'agit bien entendu de Georges Brassens.

" Comment peut-on ne pas être persan? " se demandait il y a une trentaine d'années Piera AULAGNIER (2) question qui nous paraît toujours d'une brûlante actualité. Elle entendait par là que la reconnaissance tardive de la psychanalyse par les représentants d'autres branches du savoir " pèserait de tout son poids sur l'avenir de la psychanalyse comme théorie et comme praxis ". Cette question sur "l'extension de l'enseignement de la psychanalyse en réponse à une demande de " savoir psychanalytique " nous paraît actuellement également posée par l'extension de la pratique psychanalytique en réponse à une demande, sans cesse accrue, du " soin psychanalytique " et même si certaines données se sont récemment modifiées quant à la reconnaissance du savoir par les autres disciplines psychologiques. Comment peut-on ne pas répondre (sous-entendu positivement) à une demande de psychothérapie psychanalytique par l'enfant? C'est cette question que j'essaierai d'aborder.

– Tout d'abord par l'exposé de quelques brèves situations cliniques que j'emprunterai à ma pratique personnelle, situation dont la variété m'est apparue avoir une valeur paradigmatique de ce que j'appellerai la " fonction-mosaïque " d'une première consultation à orientation psychanalytique de l'enfant.

– Ensuite, par la discussion théorique de cette question.

I Cas cliniques

Je me heurte presque dans le couloir à Monsieur X. qui arrive très en retard à ma consultation, après un premier rendez-vous annulé " in extremis ". L'indication de psychothérapie psychanalytique vient d'être posée après une consultation de secteur, pour son fils, que nous appellerons Ladislas, âgé de 8 ans. Ladislas est décrit à l'école comme agressif et cherchant à attirer l'attention, à la maison comme anxieux, ne supportant pas d'être seul, " faisant de grosses bêtises comme mettre le feu ". Ladislas est l'aboutissement d'une histoire familiale complexe avec répétition et confusions transgénérationnelles dans la lignée paternelle, alors qu'il avait toujours été rejeté par la mère qui l'a finalement tout à fait abandonné. Il est le fils unique de Monsieur M . . ., homme psycho-rigide et maternant, lui-même abandonné par ses parents dans sa prime enfance, repris après le remariage de sa mère, puis placé dans un établissement spécialisé. Monsieur M .. . a donc, de ce fait, " rompu avec le couple parental reformé pour retrouver son père naturel: recherche aux retrouvailles décevantes et aussitôt rompues. De cette quête, Monsieur M ... avait découvert ses deux frères dont l'un était presque aussitôt mort du sida et resta idéalisé, marquant de son prénom le fils qui nous est adressé.

Au cours de cet entretien, Monsieur M ... me fait comprendre clairement qu'il m'identifie en fait au premier consultant de Ladislas, consultant auquel il s'adresse en fait, pour lu emander un établissement spécialisé, plus adapté selon lui aux difficultés de son enfant qu'une psychothérapie ambulatoire.

Cette consultation restera pour moi sans lendemain.

Toute autre, bien qu'apparemment un peu symétrique, est la situation de Xavier, garçon hémophile de 13 ans, actuellement confié àsa mère, elle-même enseignante spécialisée. L'enfant m'est adressé après un bilan psychologique et neuro-cognitif. Son opposition violente vis-à-vis de sa mère et son désinvestissement scolaire l'ont amené (après plusieurs tentatives apparemment infructueuses de psychothérapie et une proposition de thérapie familiale) à être admis dans un internat de lycée privé où il a récemment été agressé sexuellement. Xavier est déscolarisé à la suite de cet incident sur décision unilatérale du père qui intervient à ce moment-là.

Revendicatif, exigeant et dans une relation quasi incestueuse devant moi vis-à-vis de sa mère, Xavier ne se calme que lorsque sa mère lui promet de réfléchir à l'achat d'un poney, ce qu'il associe lui-même au métier de son père qui travaille dans une écurie.

L'intervention du juge pour enfant a été récemment conseillée par le psychologue consultant. Au terme de l'entretien, la mère me précise que Xavier doit être en fait admis dans les jours qui viennent dans un internat plus spécialisé où (comme je le vérifierai ultérieurement) la présence d'un psychologue assurant des entretiens, permet peut-être de surseoir à une éventuelle indication de psychothérapie de l'enfant (que celui-ci semble actuellement refuser sthéniquement ... ).

Au terme de cet entretien, Madame X ... me demande pour elle-même un rendezvous de consultation qui aura lieu. Au cours de cette consultation, elle me présentera une demande d'analyse - demande qu'elle invalidera d'emblée d'elle-même en mettant en avant d'insurmontables difficultés au niveau de son emploi du temps

Toujours apparemment symétrique est la situation de Madame L . . ., qui est en analyse avec moi depuis plusieurs mois. Cette patiente m'annonce en début de séance qu'elle avait failli ne pas venir. Puis elle me dit qu'elle souhaiterait m'adresser la fille d'une de ses amies. Cette fillette, âgée de 8 ans, présente un problème d'obésité. La mère est une amie avec laquelle elle hésite à se lier d'amitié. Ceci se rattache pour la patiente à une difficulté de sa part à maintenir sans encombre une amitié féminine. Sa seule amie d'enfance, avec qui elle avait juré de " ne rien laisser les séparer ", s'est brouillée avec elle après que Madame L ... ait refusé énergiquement une proposition de ménage à trois, proposition de l'amant de cette dernière.

Madame L ... a présenté au décours de son adolescence une anorexie mentale. Elle est venue en analyse en raison de tendances suicidaires importantes. Une figure masculine incestueuse est au premier plan de cette analyse. Madame L ... m'a dit récemment qu'elle " venait pour la première fois de réaliser avec moi, qu'elle pouvait aimer un homme sans avoir de relation sexuelle avec lui ". A ma première interprétation selon laquelle elle cherche de ma part, en l'occurence, ma bénédiction (abstinente) vis-à-vis d'une tentative de sa part de nouer une amitié féminine, elle répond qu'il ne s'agit pas de cela: elle souhaite authentiquement sauver l'enfant de son obéité, L'analyse d'un rêve concomittant montrera ultérieurement le fantasme d'une scène incestueuse sanglante " de ménage à trois " où l'un des personnages se trouve écrasé par un gros camion cette obésité qui menace l'enfant qu'elle veut m'adresser à sa place ...

Julie m'est adressée par son médecin de famille pour un geste de nature suicidaire. Cette fillette de 7 ans, cadette d'une famille de deux enfants, a présenté un développement harmonieux. Elle manifeste depuis l'année qui précède des épisodes de tristesse, une perte d'estime de soi (" j'ai mal commencé ma vie ") et a tenté de se stranguler pendant les vacances d'été dans la maison familiale, après une altercation avec d'autres enfants.

L'entretien avec l'enfant ne confirme pas l'impression de syndrome dépressif de l'enfant qui était évoqué. Julie me dit qu'elle en a ras-le-bol de ne pas être prise au sérieux et m'explique qu'elle avait essayé de se serrer le coup avec son écharpe " comme ça (dit-elle en me parlant de sa soeur ainée) tu verras que t'as pas à embêter ta soeur ". Julie a depuis lors trouvé un moyen moins dramatique de mettre en scène la rivalité fraternelle, moyen qui consiste à enfermer cette soeur ainée aux cabinets. Le désinvestissement scolaire paraît beaucoup moins évident peut-être depuis que Julie rencontre le médecin de famille " pour dessiner ". Elle accepte également de dessiner avec moi et représente une scène d'enterrement de la petite fille qui s'est " vengée en se suicidant ". Sur le dessin, l'attitude de la famille éplorée contraste avec le sourire de l'enfant décédé, au-dessus duquel une auréole semble se dessiner il s'agit en fait d'un ballon sauteur qui a rebondi entre papa et maman.

Les entretiens avec les parents feront apparaître une grave dépression maternelle avec un lien associatif avec la scène de strangulation et un souvenir d'enfance de la mère que celle-ci doit se remémorer dans sa langue d'origine.

Je conseillerai la poursuite de la psychothérapie, ce soutien par le médecin de famille qui essaie depuis lors d'orienter la mère vers une démarche personnelle ...

J'avais été frappé par le caractère adultomorphique des propos dépressifs tenus par l'enfant, ces propos contrastant avec le caractère relativement harmonieux de sa personnalité et de son langage. L'hypothèse d'une dépression maternelle introjectée par l'enfant, y compris dans ses défenses maniaques (le ballon sauteur m'évoque cette mère qui garde une façade hyperactive), me paraît à retenir.

Stéphanie est une pré-adolescente qui s'arrache les sourcils depuis le divorce de ses parents survenu quand elle avait 6 ans. C'est la conseillère d'orientation qui a conseillé la consultation. Le seul antécédent connu est un syndrome asthmatique bien stabilisé. Elle associe dès le premier entretien individuel avec moi son geste d'épilation à la colère qu'elle ressentait de voir sa mère prendre de nombreux amants " alors que son père n'avait pas de maîtresse ". La proximité de fantaisies masturbatoires me paraît confirmée par une certaine irritation qu'elle manifeste de me voir essayer de " couper les cheveux en quatre ".

Cette consultation, manifestement imposée par la mère au moment de la puberté de sa fille et pour un tel symptôme, m'incite à une certaine prudence quant à l'indication de psychothérapie: s'agit-il d'une attitude contre-transférentielle trop défensive de ma part en présence du maquillage, certes provoquant chez la mère, contrastant avec le faciès lunaire de l'adolescente aux sourcils épilés- Une semaine après l'entretien, au retour d'un week-end chez le père, Stéphanie présente une crise d'asthme sévère avec hospitalisation. En ce qui me concerne, je propose des entretiens " à la demande " ...

Raoul est un enfant de 9 ans d'origine chilienne, adopté dans des conditions dramatiques. Le père adoptif est décédé accidentellement il y a quelques années. La mère adoptive s'inquiète d'une difficulté d'adaptation scolaire et d'un comportement parfois violent. Elle met en avant l'absence de référent masculin absence partiellement compensée par les nombreux pédiatreshommes qui se succèdent pour soigner un syndrome néphrotique. Je propose des entretiens mensuels pendant lesquels Raoul manifeste son talent de dessinateur. A la fin de l'un de ces entretiens, Madame X ... évoque une recrudescence du comportement violent de l'enfant. Elle fera pour la première fois avec moi le lien entre cette violence et la mise en place de deux séances hebdomadaires de boxe taï qu'elle vient de faire entreprendre à Raoul sur les conseils d'un des pédiatres. Je me contente de faire observer que la différence des rythmes entre les séances de boxe et mes entretiens joue en ma défaveur et nous décidons de passer àun entretien bimensuel, très bien accepté par l'enfant.

II Commentaires

Cette énumération de vignettes cliniques qui ont en commun de ne pas avoir débouché à proprement parler sur la mise en place d'une psychothérapie psychanalytique de l'enfant pourrait laisser croire à un certain nihilisme de ma part vis-à-vis des indications. Certes, dans le cas de Ladislas, le déni de la souffrance psychique de la part d'un père trop identifié à l'enfant interdit apparemment toute tentative. De même, en ce qui concerne le cas de Madame L ... il serait bien peu classique de demander à Fanalysante de bien vouloir m' adresser sans tarder la fille de son amie en consultation. Mais Xavier, Stéphanie, Raoul, ne pourraient-ils être proposés authentiquement comme candidats à une psychothérapie psychanalytique?

Rappelons les critères si bien définis par D. HOUZEL (8): reconnaissance de la souffrance psychique, localisation de la conflictualité, alliance thérapeutique. " Le psychothérapeute qui se laisse aller à répondre à une demande systématique se trouve dans la position très inconfortable d'avoir à travailler sous mandat ". Il semble bien que, s'agissant de Stéphanie, nous soyons dans un tel cas. Certes, aucun psychothérapeute psychanalytique normalement constitué ne se risquera à laisser sa fonction mise en comparaison avec une hypothétique " crème anti-épilatoire " ... Mais la question n'est-elle pas de pouvoir permettre à cette mère d'accepter de mettre dans la balance son aveuglement ancien vis-à-vis de la souffrance de sa fille jusqu'au moment où cet aveuglement cède la place au désir scoptophilique d'assister à la restauration de sa pilosité? Et ceci sans blesser trop brutalement le narcissisme de cette mère en même temps que celui de la fille? Comme le remarquent Marie? Cécile et Edmond ORTIGUES (14) pour que les consultants arrivent àprendre une décision qui soit leur décision, il leur faut généralement beaucoup plus de temps que les deux, trois ou quatre rendezvous habituels. Toute demande, qu'elle soit faite ou non dans l'urgence mobilise les positions libidinales et identificatoires, les défenses des uns et des autres ainsi que la dynamique propre au groupe familial. Dans le cas de Stéphanie, il semble illusoire de vouloir actuellement convoquer le père, afin d'essayer de faire " s'amorcer dans les propos des parents, un mouvement de va-et-vient entre la détresse de l'enfant et la leur ".

Plus discutable encore est le cas de Raoul. En ne proposant que des entretiens mensuels à sa mère adoptive, visiblement mobilisée pour une véritable demande thérapeutique, il me semble avoir pris une décision purement intuitive. Je n'ai pris connaissance qu'ultérieurement de l'excellent article de R. PUYUELO (15) qui décrit une situation un peu comparable. " Je leur propose (nous ditil, en parlant des parents) une séance par semaine puis deux dès que j'en aurai la disponibilité. Cet acte posé d'instauration du cadre me permet à cet instant une violence bonne à symboliser. Je faisais là aussi le deuil d'une cure analytique pour cet enfant. Deuil ou renoncement apparent? Autant la décision allait de soi, autant elle entraînait dans un même mouvement une insatisfaction ".

Mais c'est le cas de Julie qui retiendra plus particulièrement, à mon avis, la discussion.

En ce qui concerne Julie, c'est sans doute la gravité de la dépression maternelle sousjacente qui m'a peut-être incité à entreprendre d'emblée une psychothérapie de l'enfant sachant tout ce qu'il peut y avoir de discutable dans une telle position. Mais peutêtre n'est-il pas inutile de resituer dans leurs divergences théoriques certains points de vue concernant la psychothérapie psychanalytique de l'enfant, et ceci non seulement eu égard à la place qu'elle occupe par rapport à la psychanalyse de l'enfant, mais aussi quant à la définition non univoque de la psychanalyse de l'enfant.

En ce qui concerne le premier point, je rappellerai le propos de Pierre GEISSMANN (6): " C'est néanmoins toujours un problème très irritant de savoir dans quelle mesure une psychothérapie psychanalytique d'un enfant peut être considérée comme une psychanalyse. Peut-être pourrait-on parler d'asymptote: on va vers une " psychanalyse idéale ", en sachant que par définition cet état est impossible atteindre".

En ce qui concerne le deuxième point (à savoir la nature même du processus psychanalytique), force est de constater que, même si l'opposition entre les positions kleiniennes et annafreudiennes s'est nuancée depuis " les grandes controverses ", des différences théoriques entraînent des réponses pratiques différentes. Selon que l'on met l'accent davantage sur les fantasmes (théorisations kleiniennes) ou les mécanismes de défense (théorisations annafreudiennes), ces réponses pourront être différentes. Selon la place qu'occupe dans la dynamique familiale cet " enfant merveilleux " décrit par S. LECLAIRE (11), selon la place que l'on accorde à la théorisation de l'après-coup du transfert et de la séduction (11) (en allant pour certains jusqu'à la notion de " transfert originaire "décrit par J. LAPLANCHE (9), ou encore à l'interaction fantasmatique décrite par S. LEBOVICI (10) selon tous les " a priori " de l'entendement du psychothérapeute, les réponses seront différentes. Notons par ailleurs que si la demande est presque toujours (sous sa forme consciente) formulée par les parents comme Pierre GEISSMANN parmi d'autres l'a bien fait remarquer, l'enfant se débrouille par lui-même bien plus souvent qu'on ne le croit, pour accéder à un travail analytique par l'utilisation remarquable qu'il sait parfois faire de ses symptômes. Je n'ai pas la prétention d'ouvrir même succintement un tel débat théorique mais je souhaite simplement insister sur ceci: C'est la théorisation à laquelle se réfère le psychothérapeute psychanalytique qui sert de contexte àla réponse qu'il fera à une telle demande de psychothérapie. Ceci me paraît valable même et surtout si (comme le faisait récemment remarquer Claudine GEISSMANN (5) c'est souvent le matériel du patient lui-même (par la mobilisation qu'il fait dans notre contretransfert) qui appelle à une certaine théorisation plus que d'autres parmi celles qui nous sont familières (ces " contraintes théoriques "qu'évoquait ce matin Jean-Claude GUILLAUME (11)). Eon voit par là que la réponse à cette question de la demande ne peut en aucun cas se formuler sous la forme d'un impératif catégorique au sens Kantien du terme (" Agis de telle sorte que ton action puisse prendre valeur de maxime universelle "). Cette réflexion quelque évidente qu'elle puisse paraître nous paraissait un préalable indispensable : il s'agit d'une mise en perspective de " l'appareil à penser " du psychothérapeute psychanalytique. Cet appareil à penser contient déjà la forme de la réponse qui sera avant même l'interprétation dans le cadre de la séance cette décision d'ouvrir un " espace où interpréter " ce " baquet " métaphore de l'espace analytique que son célèbre auteur va jusqu'à compléter par celle de " cyclotron ".

Décider de faire entrer un enfant dans ce cyclotron décision éthique, certes difficile, n'est-ce pas une décision tout aussi difficile que celle qui consiste à priver un enfant de la possibilité d'un tel espace? ...

Dans le souci de rééquilibrer l'impression que j'ai pu donner jusqu'à présent d'être très restrictif vis-à-vis des demandes de psychothérapie de l'enfant, je souhaiterais succintement présenter deux cas d'enfants dont j'ai accepté d'entreprendre la psychothérapie malgré des inconvénients certains et prévisibles à accéder à cette demande.

III Le premier correspond au cas de figure classique de l'enfant adressé après une consultation de secteur à la demande des services sociaux. Il s'agit d'une petite fille de 4 ans et demi, dont le diagnostic de dysharmonie évolutive semble regrouper les symptômes. Elle a inquiété un moment les consultants par des brefs moments qui avaient évoqué un retrait autistique mais semblaient en fait plutôt oppositionnels. Tina est placée chez une assistante maternelle qu'elle tyrannise, en pleine synergie avec son frère ainé qui est présenté comme une dysharmonie à versant déficitaire, en attente d'admission en établissement spécialisé. Derrière une façade d'hystérisation se retrouve un besoin absolu d'emprise qui rend la vie à son entourage plutôt insupportable. Je dirai simplement du couple parental qu'il est séparé, et que la mère (que je rencontrerai) accepte apparemment la psychothérapie de sa fille.

Assez désemparée devant ces deux enfants difficiles, l'assistante maternelle demande un soutien que les services sociaux, l'équipe de secteur (et accessoirement moimême) ne seront pas toujours en mesure de lui apporter.

Les premières séances sont marquées par le refus déterminé de Tina de quitter le bureau où je l'ai reçue avec son assistante maternelle. Elle ne veut pas aller dans la salle de jeux où je réalise habituellement les psychothérapies de jeunes enfants. Je dois donc composer et accepter de la recevoir dans mon bureau, ce qui n'arrange pas la situation: chaque fois que l'assistante maternelle fait mine de quitter la pièce, et malgré mes tentatives d'interprétation, (ainsi que la bonne volonté apparemment sincère de l'assistante maternelle), Tina refuse obstinément de rester seule avec moi. Renonçant pour un certain temps à la respectabilité vis-à-vis de mon voisinage immédiat, je décidé d'essayer de sortir de l'impasse en imposant la séparation, toujours avec le concours de l'assistante maternelle.

Après un ultime bisou, bardée de très nombreuses peluches très interchangeables que l'assistante maternelle lui offre (sur un mode qui à mon avis n'est pas exempt de culpabilité), Tina doit donc rester dans mon bureau alors que j'ai pris le parti de m'asseoir sur une chaise en travers de la porte. Certains ont décrit l'angoisse du gardien de but avant le pénalty; il y aurait sans doute beaucoup à écrire sur l'angoisse du psychothérapeute essayant de s'imposer à un enfant qui ne veut pas de lui. J'épargnerai à l'auditoire mes pénibles tentatives d'interpréter le transfert négatif de l'enfant et la réactivation de ses séparations dans " l'ici et maintenant ", tentatives auxquelles la seule et unique réponse de Tina reste toujours: " J'veux retourner chez Tatie ". Quelques séances de cet ordre me permettent de remarquer, parmi les peluches qui n'arrivent pas à calmer les cris intarissables, un certain cochon qui me paraît assurer une certaine permanence sinon une certain transitionnalité et à qui, dans les moments difficiles, je m'adresse de temps en temps. Tina accepte même de me le confier parfois quelques minutes. Mais elle comprend très bien mon intention de l'utiliser comme intermédiaire entre elle et moi et déjoue immédiatement toutes mes tentatives par des hurlements plus accentués. Après cinq ou six séances de ce genre, et alors que je suis encore plus mal à l'aise que d'habitude dans cette situation que (fort d'expériences antérieures qui s'étaient mieux passées), j'avais cru pouvoir résoudre dans un moment donc de malaise particulièrement intense de ma part, je remarque l'absence du dénommé cochon. Je le signifie. Mon intervention a pour effet de faire redoubler les sanglots de Tina dans une onomatopée répétée d'où émerge à un moment un lambeau de phrase qui ressemble vaguement à un " j' l'ai oublié ".

Je prends alors un parti extrême, motivé à mon avis par l'impasse de la situation et - peut-être aussi l'idée que je n'ai plus grand chose à perdre quant à la respectabilité de mes voisins. Je sanglote plus fort que Tina: " C'est pas vrai! T'as pas pu l'oublier! Le cochon!. Où il est le cochon?... et je mime un enfant qui trépigne et se lamente. Un peu décontenancée et peut-être même légèrement amusée, Tina finit par me dire que " Ça ne fait rien, il est chez maman, mais il viendra la prochaine fois ".

Depuis lors, Tina et moi sommes devenus très bons amis, ce qui ne veut pas dire que la psychothérapie a beaucoup avancé. En un an et demi nous avons dû traverser des périodes très difficiles (hospitalisation de la mère en psychiatrie, décès du mari de l'assistante maternelle). Tina a pu être maintenue de justesse en milieu scolaire. La relation de transfert reste marquée par un besoin d'emprise qui m'oblige à composer sur les petites règles non écrites de la psychothérapie (ne pas emporter les dessins à la maison) pour m'en tenir aux interdits fondamentaux.

Je ne prétends nullement présenter ce cas comme un exemple de psychothérapie bien conduite je pense même à postériori avoir commis pas mal d'erreurs. L'intérêt de ce cas me paraît ailleurs. Mise à part la question du quitte ou double dans le choix d'accepter de prendre un enfant en psychothérapie (ou de ne pas renoncer après
quelques séances, ce qui revient au même), ce cas illustre pour moi le recours à certains moyens techniques inhabituels (j'utilise rarement le psychodrame d'une telle manière) et des théorisations qui ne sont pas forcément notre outil habituel (les théorisations de WINNICOTT et notamment la référence à la Piggle en l'occurence ces théorisations n'étant pas celles que je crois utiliser consciemment le plus couramment. Je pense notamment parmi celles-ci à la notion d'empiètement (ces peluches trop nombreuses fournies à l'enfant). Je pense aussi à l'analyse de la haine dans mon contre -transfert, cette haine me poussant à en interchanger, comme une peluche ? Tina contre d'autres enfants plus gratifiants en apparence qui ne manqueraient pas, je pense, de m'être proposés. Je pense enfin à ce qui se joue lorsque je prends le parti de réagir - de manière apparemment infantile et disproportionnée àl'absence du cochon qui évidemment représente l'objet maternel - qui le représente en tant qu' " Objet subjectif " au sens où l'entend WINNICOTT (18), et non d'objet transitionnel ce qui fait qu'elle ne supporte pas que je m'adresse à elle, à travers lui, au début, quand il est présent.

Les limites de cette théorisation et du cadre qui lui correspond sont peut-être à retrouver dans la difficulté avec laquelle je peux, dans le cas de Tina et encore à l'heure actuelle, avancer des interprétations en quittant le domaine plus proprement ludique. Sans être àproprement parler rangé en tant que fétiche au magasin des accessoires, le psychothérapeute dans un tel cas, par le genre de réponses sur lesquelles il a bâti la trame des échanges transféro-contre-transférentiels, se trouve alors dans un certain registre qui l'oblige sans doute en partie à laisser ses interprétations dans l'allusivité. Un changement trop important de registre serait sans doute perçu alors par l'enfant comme une faute de goût le passage par exemple de la partition dans " Carmina Burana " à celle de " La Vie Parisienne ", sans transition.

J'illustrerai maintenant une toute autre situation de réponse à une demande de psychothérapie. Il s'agit d'un cas également fréquent où un enfant nous est adressé après une tentative de quelques séances auprès d'un autre collègue. Les parents de ce garçon de 7 ans qui présente une dysharmonie psychotique indiscutable et pour lequel l'indication de psychothérapie avait là aussi été posée par la consultation de secteur me disent qu'ils viennent me voir parce qu'ils n'ont pas réussi à s'entendre avec mon collègue sur les horaires de séances. Ils m'expliquent que cette discussion a pris un tour un peu conflictuel et qu'ils se sont finalement entendus avec ce collègue pour ne plus le revoir. Je précise que mon attitude habituelle dans ce genre de situation est évidemment de contacter le collègue en question. En l'occurence il se trouve que celui-ci est en vacances (nous sommes au début de la période d'été). Je me contente donc d'un courrier à son intention, où je le remercie d'autant plus de sa compréhension qu'il a rédigé lui-même les formulaires de prise en charge auprès de la Sécurité Sociale pour affection de longue durée. Cet élément sera abordé par moi avec les parents.

L'attitude qui consiste à réadresser un enfant à son psychothérapeute est certainement la plupart du temps préférable et toute autre attitude n'est-elle pas à mettre sur le compte d'un passage à l'acte? Je ne répondrai pas à cette question, mon propos n'étant pas d'ouvrir un débat sur l'éthique professionnelle, mais de réfléchir maintenant sur ce qui, dès le début d'une psychothérapie psychanalytique de l'enfant prédétermine les éléments du transfert.

Le fantasme de rapt est ici évident. Je soutiendrai cependant que, quelles que soient les précautions que nous prendrons (et elles doivent à mon avis être prises) nous n'éviterons jamais, dans cette situation somme toute assez courante, où nous devenons le " thérapeute substitutif ", que ce fantasme soit l'organisateur de la nouvelle relation de transfert qui va s'établir.

" Quand nous proposons une analyse à un patient, nous entreprenons d'en offrir les conditions nécessaires à sa conduite ", dit Hanna SEGAL (17).

En transposant cette définition au passage d'un psychothérapeute psychanalytique à un autre, nous pouvons dire que les conditions nécessaires à la conduite de cette psychothérapie sont sans doute en grande partie liées à une élaboration suffisante du contre-transfert dans une situation qui n'est à vrai dire que la répétition de ce fantasme de rapter l'enfant à ses propres parents, fantasme dont Pierre GEISSMANN rappelle avec Arminda ABERASTURY (1) le caractère paralysant sur l'activité élaborative de l'analyste.

Inutile de dire que, dans le cas de cet enfant, cette élaboration fut mouvementée, du fait à la fois des conditions de départ et de la prédominance de l'archaïque dans son matériel psychique. Le tapis mousse de la salle de jeux fut utilisé par lui comme un plongeoir par l'utilisation habile d'un certain nombre de chaises et cette scène se prêta longtemps assez peu à l'interprétation. Ceci jusqu'au moment où l'enfant alterna les moments où il sautait sur le plongeoir et de brefs moments où il fit mine de rester sous l'eau dans ce qui devint alors un tunnel puis une cabane sub-aquatique. Ce qui se passa dans cette cabane, ceux qui eurent ou n'eurent pas le droit d'y entrer, la place qu'il m'accorda dans tout cela je ne l'aborderai qu'à partir d'un seul élément. Lorsque je lui fis remarquer, en effet, àpropos d'une remarque de sa part sur les autres enfants que je suivais en psychothérapie, que lui aussi avant moi avait eu un autre psychothérapeute, il me dit du tac au tac (en joignant le geste à la parole): " Oh, celui-là, il était Toc-Toc, c'était le Docteur Toc-Toc ". Je lui fis alors remarquer qu'il me disait cela alors qu'il m'invitait moi-même à entrer dans sa cabane (selon un jeu qui était devenu habituel et où je me faisais représenter par un personnage légo). Je lui dis alors qu'il y avait pour lui un premier Drossart qu'il voulait faire entrer dans sa cabane, mais aussi un autre qu'il laissait de temps en temps sur le pas de la porte et que cet autre-là était lui aussi un " Docteur Toc-Toc " (Je ne compris qu'en le disant le double sens du mot " toc-toc ") et je lui servis en conséquence une interprétation kleinienne classique du clivage de l'objet dans le transfert, ledit clivage renvoyant bien entendu au clivage de l'enfant entre ses parties saines et ses parties malades, ses parties " toc-toc "... Ces parties-là étaient elles aussi venu frapper à ma porte, et je ne les avais pas rejetées ...

Cette utilisation, peut-être opportuniste des circonstances de la demande de psychothérapie, à des fins d'interprétation kleinienne, me paraît somme toute assez recommandable.

En conclusion

Je reprendrai la célèbre métaphore de FREUD (4) sur l'archéologie

" Admettez qu'un chercheur en voyage arrive dans une région peu connue dans laquelle un champ de ruines avec des restes de murs, des fragments de colonnes, des tablettes aux signes graphiques estompés et illisibles, éveilleraient son intérêt. Il peut se contenter de regarder ce qui est étalé en plein jour, puis de questionner les habitants, peut-être à demi barbares, demeurant dans les environs, sur ce que la tradition leur a fait savoir de l'histoire et de la signification de ces restes monumentaux, de consigner leurs informations et de continuer son voyage. Mais il peut aussi procéder autrement: il peut avoir apporté avec lui pioches, pelles et bêches, il peut déterminer les habitants à travailler avec ces outils, s'attaquer avec eux au champ de ruines, déblayer les gravois et à partir des restes visibles mettre à découvert l'enseveli. Si le succès récompense son travail, ses trouvailles se commentent d'elles-mêmes; les restes de murs appartiennent à l'enceinte d'un palais ou d'une trésorerie, à partir des ruines de colonnes un temple se complète, les inscriptions trouvées en grand nombre, bilingues dans les cas heureux, dévoilent un alphabet et une langue, et le déchiffrement et la traduction de ceux-ci donnent des renseignements insoupçonnés sur les événéments des premiers âges, à la mémoire desquels ces monuments ont été édifiés. Saxa loquuntur! "

Je noterai au passage que Lore SCHACHT (16) reprend ce thème de la " pierre qui parle " dans un très bel article paru dans le Journal de la Psychanalyse de l'Enfant.

Mais un siècle plus tard, si la démarche inaugurée par Freud reste envisageable, le paysage s'est considérablement modifié. La constatation désabusée de Claude LEVISTRAUSS (12), il y a quelques décennies dans Tristes tropiques ne peut qu'être reprise de manière aggravée. Les habitants du champ de ruines ont fui vers la métropole, ou se sont reconvertis dans le fast-food local. Si le chercheur arrive à faire passer ses pioches et ses bêches au contrôle de l'aéroport, il aura beaucoup de peine à déterminer les habitants à travailler avec ces outils. Il lui sera par contre proposé un circuit organisé où les portiques du temple serviront de fairevaloir à un quatre étoiles pour Club Méditerranée, surmonté d'une enseigne lumineuse fellinienne dans le meilleur des cas. Si nous transposons à la démarche psychanalytique cette triste désillusion, nous exagérerons à peine en disant que la plupart de nos patients ont été l'objet d'autres propositions thérapeutiques avant la nôtre; ils viennent désormais nous voir en deuxième ou troisième main, après bien souvent des tentatives dites psychothérapiques diverses et variées, leur " inscription " ayant déjà été recouverte d'interprétations parfois sauvages, de prescriptions souvent comportementales quand il ne s'agit pas de chimiothérapie psychostimulante, dans un vaste chantier où il devient apparemment de plus en plus difficile de passer du pictogramme à l'énoncé et où l'utilisation du transfert se trouve largement galvaudée.

Le travail sera dès lors différent et nous devrons nous frayer un chemin à travers la diffraction des démarches successives et des transferts latéraux. C'est alors que plus que jamais il nous sera parfois utile de nous référer à la première définition du Littré que nous avions évoquée à propos de la demande:

En philosophie: point que l'on prie l'adversaire de reconnaître, préalablement à une discussion.

Bibliographie

(1) ABERASTURY A., Quelques considérations sur le transfert et le contre-transfert dans la psychanalyse des enfants, Journal de la psychanalyse de l'enfant, 1986, no 6, pp 228-255.
(2) AULAGNIER P., Comment peut-on ne pas être persan, 1969, Paris, Conférence Sorbonne.
(3) DIATKINE R., Eapplication de la psychanalyse aux enfants, Nouveau traité de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, IV, Paris, PUF, 1997, pp 2939-2972.
(4) FREUD S., Sur l'étiologie de l'hystérie (1896), trad. fr. in: 0. C., Ill, Paris, PUF, 1989, p. 150.
(5) GEISSMANN C., Interprétation et séduction: à qui parle-t-on ?, Journal de la psychanalyse de l'enfant, 1986, no 1, pp 61-69.
(6) GEISSMANN P., Les particularités du travail psychothérapique avec les enfants, Journal de la psychanalyse de l'enfant, 1996, no 19, pp 91-104.
(7) GUILLAUME J.C., Les contraintes théoriques et la réalité psychique, communication à la réunion sous l'égide de l'EFPP: A propos des psychothérapies d'enfants, les indications, Paris, 11 déc. 98. (voir ce numéro)
(8) HOUZEL D., Les indications de psychothérapie psychanalytique chez l'enfant et l'adolescent, Journal de la psychanalyse de l'enfant, 1998, no 22, pp 64-81.
(9) LAPLANCHE J., Problématique V, Paris, PUF, 1987.
(10) LEBOVICI S., La psychiatrie du nourrisson et la pathologie des interactions précoces, Psychopathologie du bébé, Paris, PUF, 1989.
(11) LECLAIRE G., On tue un enfant, Paris, Seuil, 1975.
(12) LEVI-STRAUSS C. Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955.
(13) LITTRÉ P.E.,Dictionnaire de la languefrançaise, nouvelle édition, Monte-Carlo, Ed. du Cap, 1974.
(14) ORTIGUES M.C. et E., Comment se décide une psychothérapie d'enfant, Paris, Denoël, 1986.
(15) PUYUELO R., L'enfant, sa famille et le psychanalyste : un deux, trois, commencez !, Revue française de psychanalyse, LXII, 1, 1998, pp 135-142.
(16) SCHACHT L., A propos de la signification de la confiance en analyse d'enfant, Journal de la psychanalyse de l'enfant, 22, 1998, pp 39-63.
(17) SEGAL H, Délire et créativité (1981), trad. fr. Paris, éd. des Femmes, 1987.
(18) WINNICOTT D.W, Intégration du moi au cours du développement de l'enfant, 1962, trad. fr. in Processus de maturation chez l'enfant, Paris, Payot, pp 9-18.

L'exposé de ce texte a été publié dans AGORA, Bulletin de la Société Luxembourgeoise de Psychiatrie, Neurologie et Psychothérapie, numéro IV, automne 99, pp.53-63.
Nous remercion de la Société Luxembourgeoise de Psychiatrie, Neurologie et Psychothérapie de nous autoriser la reprise de cet article sur le site du GERCPEA.

 

 
 


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last modified: 2004-05-02