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VARIATIONS SUR LE CONCEPT DE " TRAUMATISME " : TRAUMATISME, TRAUMATIQUE, TRAUMA

Thierry Bokanowski [Intervention au Congrès de l'I.P.A., Rio de Janeiro, juillet 2005]

Comme tout grand concept psychanalytique, le concept de traumatisme unifie plusieurs modalités psychiques et métapsychologiques dont les conséquences entraînent des différences fondamentales, tant dans l'organisation que dans le fonctionnement mental du sujet. De manière générale, le terme de traumatisme est employé lorsque l'on cherche à désigner l'impact psychique d'un événement (une séparation, un deuil, un accident, une maladie, etc.) qui a marqué douloureusement l'existence d'une personne.

Cependant, même si ce terme désigne des conjonctures psychiques qui présentent des aspects cliniques bien différents et dont les effets peuvent être cernés sur le plan métapsychologique, il convient de se rappeler que le traumatisme n'existe pas " en soi ". Ce qui existe, ce sont les théories, les conceptions, les modèles de pensée qui permettent de rendre compte des modalités cliniques, ainsi que des processus psychiques, en rapport aux événements traumatiques, internes comme externes.

La notion de traumatisme peut tout autant servir à indiquer ce qui relève de la potentialité traumatique à la base de tout fonctionnement psychique et qui, de ce fait, participe à la genèse, comme à l'organisation, de l'infantile, de la pulsion et du désir, comme elle peut désigner les défaillances des modalités de gestion du psychisme du sujet, face à un événement à valence désorganisatrice. Du fait que les désorganisations engendrées ne sont pas toujours de même nature, parler de traumatisme dans un sens uniquement générique ne permet pas toujours de savoir à quel niveau du psychisme opère l'action traumatique. En effet, on peut envisager une différence qualitative entre le traumatisme qui désorganise le fonctionnement psychique au niveau des investissements des relations objectales et le traumatisme qui désorganise la psyché au niveau de la constitution du narcissisme, désorganisation qui se traduit alors par une souffrance identitaire et des troubles de la subjectivité.

Je proposerai que l'on réserve le mot de traumatisme pour désigner un niveau de désorganisation plutôt secondarisé qui n'entame pas la relation d'objet ni l'intrication pulsionnelle et qui se réfère au traumatisme sexuel de la théorie freudienne de la " séduction ". En revanche, la notion de trauma paraît plus appropriée pour désigner la logique traumatique à un niveau plus précoce, plus archaïque, qui compromet les investissements narcissiques et par conséquent la constitution du Moi. Cette différence sémantique que j'avance paraît être d'un emploi relativement facile dans la langue française qui accepte les deux variantes. A celle-là, j'en ajouterai une troisième, celle du traumatique, par laquelle je propose de décrire un type de fonctionnement psychique commun aux deux variétés traumatiques, lié à ce qui, de l'empreinte traumatique, contraint à la compulsion de répétition (T.Bokanowski, 2002) [6].

Ces trois termes, traumatisme, traumatique, trauma, correspondent très précisément aux trois " tournants " (1895-1897, 1920 et 1938) de la théorie freudienne, tournants qui sont autant de moments mutatifs de la métapsychologie.

Évoquer le traumatisme en psychanalyse conduit en effet, non seulement à évoquer l'histoire et le développement de ce concept clef qui parcourt la théorie freudienne de bout en bout (des Études sur l'hystérie [10] et de l'Esquisse [11] , 1895, à l'Abrégé de psychanalyse, (1940 [1938]) [15]), mais encore à examiner comment ce concept s'articule avec ceux de traumatique et de trauma. Cet acheminement conceptuel conduit S.Freud à exposer une " vue d'ensemble " de ses théories concernant le traumatisme dans son œuvre testamentaire, L'homme Moïse et la religion monothéiste (1939) [14]. De ce magistral tableau, il ressort que les nouvelles propositions freudiennes reprennent implicitement certaines conceptions concernant le trauma, que S.Ferenczi avait élaborées quelques années plus tôt (entre 1928 et 1933).
Mais avant de nous arrêter à ces dernières, qui ouvrent la voie à de nombreuses réponses aux questions soulevées depuis par la psychanalyse dite " contemporaine ", je propose de rappeler brièvement le développement du concept de traumatisme chez S.Freud.

Le traumatisme, concept central : bref rappel du développement des conceptions freudiennes

La psychanalyse est née de la théorie de la séduction, réduite à l'époque au traumatisme sexuel dû à un objet séducteur. Cette scène fonde un événement externe cernable, et datable, constitutif du noyau du Moi en raison des affects qu'il déclenche. Cette hypothèse étant posée, S.Freud va être conduit, au gré de ses élaborations théoriques, le plus souvent liées à l'expérience de la cure, à devoir opérer des changements conceptuels notables concernant la nature, la qualité et la finalité du traumatisme au regard du fonctionnement psychique.

Ainsi trois grands moments d'élaboration théorique peuvent être dégagés.

A / Une première période qui s'étend de 1895 à 1920, période où le traumatisme se réfère à une action séductrice sexuelle exercée par un objet externe et qui sera déterminant pour l'organisation névrotique.
À l'intérieur de cette première période, deux moments doivent être distingués :

- un premier moment (de 1895 à 1900 / 1905), pendant lequel S.Freud établit que le modèle de l'action séductrice traumatique comporte deux temps : c'est le modèle de l'" après-coup " décrit dans l'Esquisse et les Études sur l'hystérie. La théorie de l'action traumatique externe disparaît en 1897 avec l'abandon de la " neurotica " pour céder sa place à l'action " séductrice interne " du fantasme.

- un second moment (de 1905 à 1920), qui correspond à la découverte et au développement des théories sexuelle infantiles. Tous les traumatismes, ainsi que tous les conflits psychiques sont alors envisagés en référence aux fantasmes inconscients, ainsi qu'aux fantasmes originaires et aux angoisses afférentes qui vont tisser la réalité psychique interne.

B / À partir de 1920, le traumatisme sera lié aux apories économiques de l'appareil psychique, ce qui conduit à un changement de paradigme. Contrairement à un excès de séduction externe ou interne qui caractérisait la période précédente, le traumatisme sera dorénavant lié à un défaut du pare-excitation (S.Freud, 1920) [12]. L'angoisse de castration, angoisse signal à visée protectrice sera remplacée dans le nouveau paradigme par l'Hilflosigkeit - la détresse du nourrisson qui désigne la paralysie du sujet face à une effraction quantitative, véritable " effroi " d'origine externe ou interne. La traduction clinique de ce modèle est la " névrose traumatique " dont le moteur est la compulsion de répétition.

Dans les années qui suivent, dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926) [13], S.Freud propose une nouvelle théorie de l'angoisse et met l'accent sur le lien entre le traumatisme et la perte d'objet (introduisant dès lors la question, qui deviendra ultérieurement centrale en psychanalyse, des liens à l'objet). À partir de 1920, au terme de traumatisme, s'adjoint celui de traumatique.

C / À la fin de son œuvre, dans L'Homme Moïse (1939), S.Freud évoque la conception du traumatisme dans ses liens au narcissisme : une blessure narcissique, qui entraîne un trauma.

Dans ce texte, S.Freud souligne que les expériences traumatiques, qui sont originairement constitutives du fonctionnement psychique comme de son organisation (1), peuvent entraîner des atteintes précoces du Moi et créer des blessures d'ordre narcissique (2).

Il envisage deux destins possibles du traumatisme :
positif et organisateur, le traumatisme permet par à coups successifs " répétition, remémoration, élaboration " ; négatif et désorganisateur, il crée une enclave dans le psychisme (" un État dans l'État ", écrit S.Freud), véritable clivage qui empêche toute transformation processuelle ; il accomplit alors son œuvre destructrice.

L'ensemble de cette description (atteinte précoce du Moi, blessure narcissique, clivage, etc.) permet de proposer le terme de trauma.

Les avancées conceptuelles de S.Ferenczi : le " trauma "

S'il est incontestable que S.Freud a bien établi le concept de traumatisme et l'a développé de manière exhaustive, c'est cependant à S.Ferenczi que l'on doit d'avoir approfondi la question des conséquences, cliniques et théoriques, du trauma qui, comme S.Freud le rappelle dans son texte de 1939, entraîne un endommagement narcissique et une déchirure du Moi.

S.Ferenczi considère que le trauma n'est pas seulement lié aux conséquences d'un fantasme de séduction mais trouve son origine dans les avatars d'un certain type de destin libidinal dont l'action survenue de manière très précoce, parfois même avant l'acquisition du langage, devient pour le sujet analogue à celle d'une excitation sexuelle prématurée. Plus que d'une séduction sexuelle exercée par un adulte, il s'agit d'un empiètement sur le psychisme naissant de l'infans qui compromet la constitution de sa psyché. Que l'objet soit " trop présent " ou " trop absent " il reste de toute façon un objet " en trop " qui marque d'une empreinte quantitative la constitution de l'objet primaire interne.

Il s'agit d'une configuration particulière où les besoins de l'adulte prévalent sur ceux de l'enfant qui se trouve ainsi méconnu voire dénié. Le déni porte essentiellement sur les éprouvés affectifs ainsi que sur le processus de pensée. La disqualification de la part de l'objet (la mère ou l'environnement) prend alors valeur d'un véritable viol psychique qui entraîne la sidération du Moi ou l'agonie de la vie psychique.

Dès lors, pour S.Ferenczi, le trauma est lié à la confusion de langue (une " séduction " de l'enfant par l'adulte, du fait de la confusion du " langage de la tendresse " avec le " langage de la passion ") (S.Ferenczi, 1933) [8], c'est-à-dire tout autant lié aux réponses inadéquates de l'objet face à la détresse de l'enfant, qu'à celles qui ont été données pour satisfaire les désirs de l'adulte. Le trauma traduit ainsi une absence de réponse adéquate de l'objet face à une situation de détresse, absence qui mutile à jamais le Moi, maintenant un état traumatique permanent et une sensation de détresse primaire (Hilflosigkeit) qui, toute la vie durant, se réactive à la moindre occasion, y compris celle provoquée par la situation analytique.

Dès lors, le trauma change de vertex, car, s'il peut apparemment se présenter comme étant de type sexuel, il s'inscrit, en fait, dans une expérience avec l'objet, non pas au regard de ce qui a eu lieu, mais au regard de ce qui n'a pas pu avoir lieu : une expérience douloureuse négativante qui entraîne une " auto-déchirure " (un clivage), ce qui transforme brutalement " la relation d'objet, devenue impossible, en une relation narcissique " (S.Ferenczi, 1934) [9].

Une des traductions cliniques de ce paradigme est celle du " wise baby " (un enfant intellectuellement hypermature, mais affectivement immature) qui pour faire face au débordement des défenses, se retire de la sphère psychique et devient observateur savant de l'événement traumatique au moyen d'un clivage auto-narcissique (T.Bokanowski, 2001) [5]. Ce clivage entraîne une évacuation / expulsion / extrojection d'une partie du Moi ; la partie du Moi laissée vide est remplacée par une identification à l'agresseur, avec ses affects de type " terrorisme de la souffrance " ; la partie expulsée / extrojectée du Moi devient alors omnisciente, omnipotente et désaffectivée. Comme l'écrit S.Ferenczi, le sujet clive sa " propre personne en une partie endolorie et brutalement destructrice, et en une autre partie omnisciente aussi bien qu'insensible. "

Le clivage narcissique, à l'origine des " effets négatifs " du trauma que S.Freud évoque dans L'Homme Moïse (1939), a donc pour conséquences :

  • d'entraver le processus de la liaison pulsionnelle, de créer une défaillance dans la constitution du narcissisme et d'entraîner d'importantes carences représentatives qui mutilent à jamais le Moi ;
  • d'engendrer une " paralysie psychique ", ou une sidération, tout en maintenant un " terrorisme de la souffrance " et une douleur pouvant confiner au désespoir, en relation à l'intériorisation d'un objet primaire " défaillant " ;
  • d'entraîner, enfin, une sensation de détresse primaire qui, la vie durant, se réactive à la moindre occasion et donne lieu à des transferts passionnels, des dépressions de transfert ou des réactions thérapeutiques négatives, etc., qui témoignent toutes de l'importance de la destructivité psychique à l'œuvre.

Véritable précurseur dans l'étude des " cas limites ", S.Ferenczi a été conduit à découvrir l'importance du trauma comme conséquence traumatique des traumatismes primaires. Nous savons que par la suite d'autres auteurs ont développé cette ligne de pensée dont, plus particulièrement, D.W.Winnicott (3).

Trois déclinaisons métapsychologiques du concept de traumatisme

En m'appuyant sur l'évolution du concept de traumatisme chez S.Freud, ainsi qu'aux apports de S.Ferenczi concernant le trauma, je propose donc de différencier les trois termes traumatisme, traumatique et trauma, en leur attribuant des valences différentes au regard de l'organisation psychique et des paramètres auxquels nous confrontent ceux-ci, notamment lors de la cure psychanalytique.

1 / Le traumatisme se réfère à la conception générique du traumatisme, qui renvoie à la théorie de la séduction et au sexuel.

Son aspect essentiel concerne la capacité " attractrice " de la force pulsionnelle qui organise la vie fantasmatique du sujet et qui, de ce fait, articule la représentation de l'événement traumatique à la structuration des fantasmes originaires : fantasme de séduction, de castration et de scène primitive.

En ce sens, il représente un pivot organisateur de l'objet interne, des fantasmes inconscients et des processus de symbolisation.

La dimension désorganisatrice du traumatisme provient de la rencontre brutale entre le fantasme inconscient et la réalité externe (l'événement traumatique).

L'abolition des barrières entre le dedans et le dehors provoque alors un " collapsus topique " (C.Janin, 1996) [17], c'est-à-dire une désorganisation de " l'épreuve de réalité ", de la " fonction de censure " (refoulement) et de la " transitionnalité ".

Le " collapsus " est lié au télescopage entre la réalisation interne des fantasmes inconscients et la réalisation externe du désir : l'action désorganisatrice du traumatisme ne porte pas sur le primat du principe de plaisir / déplaisir, mais sur la motion pulsionnelle dont le libre cours vers les formations préconscientes et conscientes se trouve ainsi barré. C'est ce barrage qui est potentiellement traumatique.

Ce type de traumatisme préside à l'organisation d'un fonctionnement psycho-névrotique, régi essentiellement par " l'après-coup ". Lors de la cure, ce noyau traumatique de la névrose infantile devient le moteur du conflit psychique et du déploiement de la " névrose de transfert ".

2 / Le traumatique vient désigner l'aspect plus spécifiquement économique du traumatisme, en relation à l'impréparation, ainsi qu'à un défaut de pare-excitant. Ce principe économique - lequel, chez S.Freud, s'inscrit à partir de l'Au delà du principe de plaisir (1920) dans la seconde théorie des pulsions (seconde topique) -, entraîne un type de fonctionnement psychique à propos duquel on pourrait parler de fonctionnement à empreinte traumatique ou en traumatique propre à la névrose traumatique, entité clinique qui devient le paradigme de l'Hilflosigkeit.

On retrouve le traumatique dans l'immense champ qui va des " névroses de guerre " aux pathologies consécutives aux catastrophes sociales, ou naturelles, survenues au cours de la vie du sujet, ou de ses ascendants.

Le fonctionnement en traumatique a comme caractéristique une visée anti-traumatique, tout en répétant le traumatisme : une lutte contre " l'effroi " (Schreck) en répétant " l'effroi ", " effroi " dont le psychisme garde toujours un reste non abréagi et non élaboré, quelles que soient les capacités de liaison et de figurabilité.

3 / Le trauma vient désigner essentiellement l'action négative et désorganisatrice de l'action traumatique. Cette action attaque le processus de la liaison pulsionnelle, négativant ainsi l'ensemble des formations psychiques.

Pour S.Freud, le trauma est une " atteinte précoce " du Moi, " blessure d'ordre narcissique " qui peut donner lieu à des " zones psychiques mortes " à l'intérieur du Moi, un " État dans l'État ".

Il engage cruellement le rôle de l'objet, ou de l'environnement, dès un âge très précoce, parfois avant l'acquisition du langage, pouvant être lié autant à des situations de détresse qu'à des situations d'agonie.

Du fait des réponses inadéquates et disqualifiantes de l'objet qui ne peut ni " contenir ", ni " métaboliser ", ni " lier " la décharge pulsionnelle par une action fantasmatique, l'infans se voit en proie à un état de " terreur " et " d'effroi ", faute de capacité à introjecter la poussée pulsionnelle.

L'intensité du trauma court-circuite alors les mécanismes du refoulement, et renforce les mécanismes de déni et de clivage, d'identification projective pathologique, de fragmentation, etc.

Ce qui est ainsi désigné par le trauma, intéresse la nature de l'identification primaire et le destin des relations préobjectales, en articulation avec les catégories de l'organisation œdipienne.
Les modalités, les apories, voire les échecs de cette articulation situent le concept de trauma au centre de la clinique analytique contemporaine.

La question du " trauma " dans la clinique " d'aujourd'hui "

Depuis que W.R.D.Fairbairn, il y a plus d'un demi-siècle, a posé la question de savoir si la libido est en quête de plaisir ou en quête d'objet (" pleasure seeking or object seeking ? ") (W.R.D.Fairbairn, 1944) [7], les analystes ont tenté d'approfondir la question de la destructivité en rapport à la permanente mise en tension du " couple pulsion / objet ", associée à celles des autres couples " pulsion érotique / pulsion destructrice ", " investissement objectal / investissement narcissique ".

Ainsi, la modification de la compréhension de certaines structures cliniques (les " cas limites ", les cas " non-névrotiques ", etc.), comme leur abord sur le plan analytique, a conduit à prendre en considération le rôle de l'objet dans la constitution du Moi et de ses dysfonctionnements.

À la suite des avancées de S.Ferenczi, de M.Klein et de D.W.Winnicott, la clinique analytique s'est ainsi de plus en plus intéressée aux effets des trauma primaires, engendrés par les " échecs ", ou les " faillites ", dans l'établissement des premiers liens avec l'objet maternel. La " non-réponse ", ou une réponse " inadéquate ", de la part de l'objet empêche l'infans d'être au contact avec ses pulsions libidinales, comme destructrices, et de se constituer ainsi un espace psychique pour pouvoir les " rêver " et les " transformer ". Ce " défaut fondamental " de l'installation de la relation de base (M.Balint, 1968) [2] conduit à une disqualification des vécus psychiques, notamment des affects.

Faute d'avoir pu introjecter un objet interne fiable et contenant, le sujet est en proie à des motions persécutrices qu'il est, dès lors, condamné à retourner contre lui, à projeter ou à évacuer à l'extérieur de manière répétitive et, de ce fait, traumatique. Lorsque l'infans se trouve face à un objet maternel excessivement pathogène (" folie maternelle "), il n'a alors comme solution, afin de survivre narcissiquement, que de se couper de l'introjection pulsionnelle en cours et de se retirer de son expérience subjective. En d'autres termes, de se cliver lui-même afin de séparer la partie atteinte par le traumatisme de la partie survivante. Ce clivage passif, ou statique d'après W.R.Bion (W.R.Bion, 1963) [4], entrave le clivage dynamique, structurant pour le psychisme et maintient des confusions, aussi bien au niveau libidinal qu'au niveau identitaire.

Ces atteintes précoces du Moi et de l'appareil psychique, sont à la source d'états de " détresse psychique ", dont les formes les plus extrêmes peuvent être inconscientes. Elles se traduisent alors par une expérience psychique destructrice dont le vécu est décrit comme " agonie primitive " (S.Ferenczi), comme " menace d'effondrement " ou " désastre psychique " (D.W.Winnicott), voire " catastrophe interne " (W.R.Bion). Il s'agit d'une attaque destructrice contre l'objet (interne ou externe), comme contre l'appareil de pensée du sujet (W.R.Bion, 1962) [3], qui se traduit par des " troubles de la pensée ", des états de " blanc ", de " vide ", de sentiments de " non-existence ", voire " d'angoisse de mort imminente ", etc.

Comme l'a décrit D.W.Winnicott dans La crainte de l'effondrement (D.W.Winnicott, 1974) [18], le sujet garde et répète les traces d'un vécu de nature traumatique, non pas à cause des affects douloureux qu'il avait jadis éprouvés, mais en raison de ce qu'il n'a pas pu éprouver au moment où l'événement traumatique a eu lieu. Contrairement au traumatisme, cette situation de trauma est caractérisée par la non inscription psychique d'un événement potentiellement représentable (figurable) et symbolisable. Du fait qu'il s'agit de traces conservées mais non investies en tant qu'expérience psychique appartenant au passé, tout investissement vers de nouveaux objets va être soumis à une compulsion d'effacement, ou de négativation, des liens. Cet " attachement au négatif " (D.Anzieu, 1990) [1] lié à la haine, réactive, lors de la cure, les douleurs agoniques, comme les fixations masochiques et mortifères et devient le moteur des transferts négativants ou des situations aux " limites " de l'analysable qui mettent alors à l'épreuve le travail de l'analyste, ainsi que son contre-transfert.

Un exemple clinique

Afin d'illustrer mes propos j'évoquerai à présent un moment de la cure d'une patiente dont la pathologie traumatique rendait le travail analytique particulièrement complexe et douloureux.
Delphine est une jeune femme d'une trentaine d'années, médecin, qui avait autrefois entrepris un premier travail analytique avec un collègue, en province, pour une anorexie sévère. Ayant quitté la province quelques années après la fin de cette première cure, elle est venue me trouver dans le souhait de poursuivre son travail.

Dès le début, les séances d'analyse devinrent rapidement éprouvantes, tant pour elle que pour moi, du fait qu'elle revivait pendant celles-ci le cauchemar répétitif qu'elle faisait régulièrement pendant les années précédentes et qui revenait, par ailleurs, fréquemment depuis la reprise de sa cure : " Elle est dans une pièce fermée dont elle cherche à sortir ; il n'y a aucune issue… " Ce vécu d'enfermement la conduisait à interrompre brusquement la séance, sans qu'aucun signe ne le laisse prévoir, en dehors, parfois, d'une agitation motrice des extrémités, telle que se tordre les mains ou marquer des signes d'impatience avec ses pieds. Cela s'est poursuivi pendant plusieurs mois, sans qu'aucune de mes interventions ne puisse modifier quoique ce soit à cet état de choses.

Nous avons pu comprendre par la suite que ces moments de ruptures (la nécessité de " vider les lieux ") étaient aussi liés à la crainte de se " vider " en ma présence : dans ces moments, elle pouvait même craindre, sur un mode " hallucinatoire ", de se vider de son sang, par ses mains.

Les mains semblaient par ailleurs représenter un investissement corporel d'autant plus intense qu'elles renvoyaient à ses évocations concernant sa mère et l'image qu'elle cherchait à m'en donner. Quand Delphine évoque sa mère, ce sont des souvenirs traumatiques (et excitants) qu'elle met en avant : la mère aurait eu, autrefois, des moments de " rage blanche " contre Delphine, moments qui se traduisaient par des gifles données sans raison apparente. Il lui arrivait même de la frapper (donner des coups sur la poitrine), le soir une fois que Delphine était dans son lit… À la fin de ces scènes la mère finissait toujours par s'effondrer en larmes, se mettant à genoux au pied du lit de sa fille et lui demandant de lui pardonner : le " paradoxe " aurait voulu que dans ces moments ce soit alors la fille qui soit conduite à consoler la mère…

Pendant ces scènes, le père, qui est un homme de bibliothèque, restait à l'abri en faisant semblant de ne rien voir, de ne rien entendre. Ne cherchant pas à protéger sa fille, il renvoyait de lui une image de lâcheté qui la faisait beaucoup souffrir.

Il ressortait de tout ceci qu'elle retenait de l'image de sa mère, celle d'une mère " folle ", " affolante ", " imprévisible " et qui, de plus, aurait une phobie du toucher corporel - une " phobie du contact " - plus particulièrement avec sa fille qu'elle ne " touchait jamais " en dehors des gifles et des coups.

Par ailleurs, la patiente présente sa mère comme une femme hyperactive qui chercherait constamment à s'occuper des autres, ne pourrait rester un instant en place : elle serait, d'après Delphine, " tout le temps en mouvement ".

On peut remarquer que Delphine décrit les agissements de la mère d'une manière qui ressemble de près à ses propres comportements, répétitifs et traumatiques, pendant les séances : lors de ses interruptions intempestives, elle devient avec moi tout aussi " traumatique ", " imprévisible ", " hyperactive ", " agitée " et " brutale " que sa mère, évitant tout autant la " contact " psychique que sa mère évitait le " rapprochement " physique. Pendant la cure, j'ai pu rapprocher ses agirs du fait qu'elle " ne supportait pas d'être cernée, saisie et tenue psychiquement par moi ", idée trop excitante qui la renvoyait " aux mains " de sa mère ".

Sa " phobie de contact psychique " renforce le recours excessif aux mécanismes d'identification projective afin de se protéger de toute mise en lien, vécue alors comme une intrusion analogue aux intrusions maternelles. Par ailleurs, lorsqu'une partie d'elle demande de l'aide (partie qui correspond à un fonctionnement de type névrotique), dans le même moment une autre partie (projective, clivée et destructrice) " gifle ", " bat ", " déchire ", " mord ", " détruit " la personne auprès de laquelle elle cherche un soutien et une protection.

Je vais à présent rapporter une séance qui illustre les difficultés processuelles auxquelles Delphine et moi sommes confrontés.

Delphine commence sa séance en évoquant une patiente " mélancolique " qui voulait, l'après-midi même, se suicider en se mettant la tête dans un sac en plastique. Une infirmière lui avait signalé que la patiente voulait rester seule dans sa chambre, allongée, avec le sac en plastique à côté d'elle. Apprenant cela, elle s'est précipitée dans la chambre de la patiente et l'a " sauvée de justesse ", me dit-elle.
Sans chercher à rapprocher ce récit de sauvetage de ce qu'elle pouvait attendre de moi, à savoir que je la sauve du " cauchemar enfermement ", je lui dis, sur le mode d'un constat, quelque chose comme : " Vous avez sauvé cette patiente… "

Elle me répond alors " qu'elle ne veut jamais me parler de ses patients… "

Je lui dis que c'est peut-être en raison des " émotions violentes " que soulèvent en elle leurs problèmes et leurs " actes ".

Elle acquiesce et elle me répond que c'est aussi en raison du fait qu'elle craint de " se sentir jugée " par moi, ce qui la renvoie " au jugement de ses parents, devant lesquels elle s'abstient de fumer et de boire... "
Elle se tait alors longuement.

Pendant qu'elle reste silencieuse (ce qui est habituel chez elle), un appel téléphonique interrompt le silence : je réponds que je rappellerai l'interlocuteur ultérieurement et je griffonne une note sur un morceau de papier, ce qu'elle m'entend certainement faire.

Je perçois, après un long moment de silence, que Delphine est en larmes.

Je lui pose alors la question : " Ses pleurs peuvent-ils être rattachés au fait que j'ai répondu au téléphone ? " Elle me répond " non ".

Je poursuis : " Sont-ils liés au fait qu'elle m'a entendu écrire ? "

" Oui, me dit-elle. Cela me rappelait l'analyse précédente, où je m'enfermais dans un silence dont je n'arrivais pas à sortir, ce qui me mettait alors dans une grande détresse : je n'arrivais pas à penser. C'était la même chose à l'instant : je n'arrivais pas à penser. "

Je lui dis : " Peut-être qu'en m'entendant répondre au téléphone, puis écrire, vous avez eu le sentiment que je saisissais là une occasion pour me mettre en communication avec quelqu'un afin de me sortir d'un silence cruel qui nous enferme. "

Elle acquiesce. Silence.

J'interviens à nouveau pour lui dire : " Ceci s'est passé à la suite du moment où vous me parliez du fait que vous vous absteniez de fumer et de boire en présence de vos parents. "

Elle me demande ce que je veux dire.

Je précise : " Au moment où il était question de votre difficulté à vous laisser aller en présence de vos parents, vous avez pensé que moi qui suis placé par vous dans une fonction de jugement (donc à la même place que vos parents pour vous), je me permettais de me laisser aller, en répondant au téléphone et en griffonnant. Vous m'en avez alors peut-être beaucoup voulu, sans pouvoir l'exprimer. "

Elle acquiesce. Nouveau silence.

Pensant à la cruauté des coups de la mère et au fantasme des mains hémorragiques, je lui dis alors :

" Il vous est difficile de me tenir des propos que vous jugeriez cruels, dans la mesure où vous ne savez pas comment je les accueillerais, ni ce que j'en ferais. Je pense aux propos que vous m'avez tenus en début de séance, concernant la patiente qui projetais de se suicider en s'asphyxiant dans le sac en plastique. "

Elle répond : " Je pensais tout à l'heure que je devrais faire comme elle ; cela nous débarrasserait de moi. "

J'interviens : " En me disant cela, vous me tenez des propos cruels, cruauté comparable à ce que la patiente a exercée, tant à l'égard d'elle-même qu'à votre égard en cherchant à se suicider. "

Après cette intervention, elle se détend.

Elle associe en me disant :
" Je pense à mon ami, et aux dernières semaines avec lui. " [Elle a noué une relation depuis quelques mois avec un homme qui semble beaucoup tenir à elle.]

Elle poursuit : " Cela se passe bien, très bien même. Je n'ai pas l'habitude. C'est cela qui me fait peur : être heureuse. Je ne savais pas ce que c'était que le bonheur. On est inséparables, mais c'est trop beau. J'ai peur que cela se termine " Silence. Elle ajoute : " J'ai vraiment peur que ce bonheur se termine. "

Je lui dis, pensant à son cauchemar d'enfermement, " ce serait comme si vous aviez peur de vous réveiller d'un rêve agréable, en vous disant : "mais ce n'était donc qu'un rêve"? "

Elle : " Je n'ai pas l'habitude d'être heureuse et je sens bien que cela me fait très peur. En ce moment je le vois un peu moins car sa mère est à Paris et il s'occupe d'elle. Cela ne nous éloigne pas cependant… Ce serait même le contraire : cela nous rapproche ! "

Commentaire

Dans le mouvement de cette séance on peut voir l'intrication entre traumatisme et trauma.

Le traumatisme peut être évoqué dans le contenu manifeste du début de la séance. Le récit de la tentative de suicide de la patiente réactive chez Delphine une scène infantile où, petite fille, elle se trouve en danger face à l'irruption violente de sa mère. S'identifiant à la patiente suicidaire, elle devient son " sauveur ", " sauveur " qu'elle avait elle-même espérée pour l'arracher aux " mains " de sa mère.

On peut supposer que derrière ce récit il y a un scénario fantasmatique selon lequel Delphine s'identifie à un tiers paternel, longtemps attendu, qui viendrait la sortir de l'enfermement cauchemardesque de la relation passionnelle à sa mère. L'irruption du tiers pendant la séance sous forme de l'appel téléphonique auquel je réponds, ainsi que le fait que je suis en train de penser à autre chose en griffonnant, rappelle la déception de Delphine dans l'attente d'un père qui restait toujours retiré dans ses pensées et silencieux face à la douleur de sa fille.

Delphine, à son tour, se retire, voire se réfugie dans le silence, ce qui n'est pas sans rappeler une identification à l'attitude paternelle d'alors. Cette identification paternelle n'est pas pour autant structurante, ni organisée autour d'un Surmoi protecteur, mais elle se résume en une attitude de docilité et de soumission, qui peuvent aussi rappeler sa sidération de petite fille face à la " folie " maternelle.

En ce qui concerne le trauma, l'action de celui-ci apparaît lorsqu'il devient impératif, pour Delphine, de " couper le lien ", ainsi que d'interrompre le processus associatif, dès qu'il s'agit d'exprimer des éprouvés et des affects, quelles que soient leur teneur, et de se rapprocher ainsi de l'objet, en l'occurrence de l'objet transférentiel.

C'est au moment où je lui ai fait remarquer sa méfiance quant à ma capacité à pouvoir supporter sa " cruauté " que Delphine explicite son fantasme de se suicider pour " nous débarrasser " d'elle. Ce fantasme, annulant ainsi l'identification au père " sauveur ", met en jeu le désir de se débarrasser de sa partie identifiée à la cruauté de la mère, manière, pour elle, de pouvoir ainsi sortir du contact asphyxiant à sa mère. Pour ce faire elle opère un clivage entre sa partie petite fille en détresse, qui demande de l'aide, et celle qui, dans une identification à l'agresseur, vient rappeler la " cruauté " du lien.

On peut faire l'hypothèse que ce clivage est sous-tendu par l'obligation de consoler, voire de soigner la mère, au détriment de sa propre vie psychique infantile, compromettant ainsi toute triangulation. Delphine, à la fois désire et s'empêche de se " débarrasser " de la mère pour rester seule avec le père, car il ne s'agit pas d'une relation objectale à une mère œdipienne, mais d'une identification narcissique traumatique à un objet primaire, sous-tendue par la haine, ce qui fait de cette mère un objet dont on ne peut se " défaire ". Il en est de même, lorsqu'elle évoque, en fin de séance, la mère de son ami, qui est décrite non pas comme une rivale, mais comme celle qui sépare tout en rapprochant, restant ainsi indispensable pour le maintient du lien du couple.

Conclusion

Aujourd'hui, nous sommes fréquemment conduits à prendre en traitement des organisations psychiques dont la dimension traumatique liée à des traumatismes primaires, des trauma, nous confronte à des souffrances identitaires en rapport à des zones psychiques de fragilité structurelle extrêmement douloureuses qui soumettent le fonctionnement psychique à d'importants clivages.

La situation analytique entraîne chez ces patients des régressions désorganisantes qui peuvent déboucher sur des " angoisses de mort psychique " suscitant des souffrances si douloureuses que la symbolisation s'en voit profondément destructurée. Ces régressions témoignent alors d'une dispersion des repères identitaires, d'une disparition immédiate des contenants psychiques et, avec eux, des liens porteurs de sens. On est alors confronté à une expression particulièrement intense de l'aspect destructeur du " travail du négatif " (A.Green, 1993) [16] qui conduit l'échange analytique à être dominé par des modes de relation qui vont de la persécution au désespoir. Dans de tels moments, l'intensité de la pulsion de destruction entraîne chez le sujet une douleur tellement insupportable d'exister, comme d'être en lien, que l'ensemble de l'économie pulsionnelle en est infléchie. L'objet, en raison de son altérité, comme le lien à l'objet, en raison du sentiment de dépendance, deviennent un facteur de danger pour le narcissisme. Dès lors, le processus interprétatif ne peut plus s'occuper du contenu fantasmatique porteur de sens et moteur des processus associatifs, mais doit, avant toute chose, rétablir un objet contenant et pare-excitant, sinon s'appliquer à l'établir pour la première fois.

Conduit à porter toute son attention sur la dimension narcissique du transfert et de ses aléas, le psychanalyste, dans son travail de contre-transfert, se devra d'être particulièrement vigilant à maintenir une certaine continuité psychique, garante d'une contenance qui a, autrefois, fait cruellement défaut.

Paris, septembre 2004

Thierry Bokanowski
48, rue des Francs-Bourgeois
75003 Paris France
tbokanow@aol.com

BIBLIOGRAPHIE

[1] Anzieu D. (1990), L'attachement au négatif, in Créer, détruire, Paris, Dunod, 1996.
[2] Balint M. (1968), Le défaut fondamental, Paris, Payot, 1991.

[3] Bion W.R. (1962), Une théorie de l'activité de pensée, in Réflexion faite, Paris, P.U.F., 1983.
[4] Bion W.R. (1963), Éléments de la psychanalyse, Paris, P.U.F., 1979.
[5] Bokanowski T. (2001), Le concept de " nourrisson savant ", in Le nourrisson savant Une figure de l'infantile, sous la dir. de D.Arnoux et T.Bokanowski, Collection de la SEPEA, Paris, Éditions In Press, p.13-32.
[6] Bokanowski T. (2002), Traumatisme, traumatique, trauma, Revue française de Psychanalyse, 66, 3, p.743-755.
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[8] Ferenczi S. (1933), Confusion de langue entre les adultes et l'enfant, in Œuvres Complètes, IV (1927-1933), Paris, Payot, 1982, p.125-138.

[9] Ferenczi S. (1934), Réflexions sur le traumatisme, Œuvres Complètes, IV (1927-1933), Paris, Payot, 1982, p.139-147.
[10] Freud S. et Breuer J. (1895), Études sur l'hystérie, Paris, P.U.F., 1965.
[11] Freud S. (1895), Esquisse d'une psychologie scientifique, in La naissance de la psychanalyse, Paris, P.U.F., 1969.
[12] Freud S. (1920), Au delà du principe de plaisir, OCF.P, XV, Paris, P.U.F., p.273-338.
[13] Freud S. (1926), Inhibition, symptôme et angoisse, OCF.P, XVII, Paris, P.U.F., p.203-286.
[14] Freud S. (1939), L'Homme Moïse et la religion monothéiste, Paris, Gallimard, 1986.
[15] Freud S. (1940 [1938]), Abrégé de psychanalyse, Paris, P.U.F., 1975.
[16] Green A. (1993), Le travail du négatif, Paris, Les Éditions de Minuit.
[17] Janin C. (1996), Figures et destins du traumatisme, Le fait psychanalytique, Paris, P.U.F.
[18] Winnicott D.W. (1974), La crainte de l'effondrement, in La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques, Gallimard, 2000, p.205-216.

ARGUMENT [RÉSUMÉ]

Variations sur le concept de " Traumatisme " : Traumatisme, Traumatique, Trauma

Après avoir rappelé les propositions essentielles de S.Freud concernant le concept de traumatisme, l'auteur, partant de la langue française qui en permet l'usage, se propose de distinguer les termes de traumatisme, de traumatique et de trauma, termes qui renvoient aux trois " tournants " de la théorie freudienne concernant le concept de traumatisme (1895-1897, 1920 et 1938). S'appuyant aussi sur les apports de S.Ferenczi qui, dans la dernière partie de son œuvre (1928-1933), abordent et cernent la question du trauma dans la " clinique d'aujourd'hui ", l'auteur envisage les différentes " variations " du concept au regard du fonctionnement psychique. Ceci le conduit à spécifier, d'un point de vue métapsychologique, ce qui différencie les traumatismes secondarisés, qui s'organisent sous la prévalence du principe de plaisir / déplaisir (le traumatisme), des traumatismes précoces et primaires, qui entravent les processus de liaison pulsionnelle (le trauma), le fonctionnement à empreinte traumatique (le traumatique) étant considéré commun aux deux variétés de traumatisme avancées. L'auteur s'appuie sur un exemple clinique afin d'illustrer ses propositions.

MOTS CLÉS

Clivage auto-narcissique, Destructivité, Déliaison pulsionnelle, Désespoir, Détresse primaire, Douleur psychique, Hilflosigkeit, Principe de plaisir / déplaisir.

Notes:

(1) S.Freud écrit : " Nous appelons traumatismes les impressions éprouvées dans la petite enfance, puis oubliées, ces impressions auxquelles nous attribuons une grande importance dans l'étiologie des névroses. "
(2) Situées dans la " période de l'amnésie infantile ", précise S.Freud, les expériences traumatiques " se rattachent à des impressions de nature sexuelle et agressive, certainement aussi à des atteintes précoces du moi (blessures narcissiques). "
(3) Je rappelle que M.Klein, pour sa part, a moins mis l'accent sur les effets de la réponse maternelle que sur les sources endogènes du psychisme.


 
 


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last modified: 2007-05-02