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Vita sexualis

Jacques André

C'est en 1898 que Freud écrit : " Celui qui veut se convaincre auprès de ses malades et savoir si leurs névroses sont effectivement en corrélation avec leur vie sexuelle ne peut éviter de s'informer auprès d'eux de leur vie sexuelle et d'insister pour obtenir sur elle des éclaircissements conformes à la vérité (…) Ce faisant, on apprend toutes sortes de choses de la vie sexuelle des êtres humains, de quoi remplir un livre utile et instructif, on se prend aussi à regretter à tous égards que la science sexuelle passe encore de nos jours pour déshonnête. " (OCF, III, 222-224)

La phrase n'a pas simplement plus d'un siècle d'existence, elle a aussi un petit parfum désuet. A l'heure du reality-show, la déshonnêteté n'est plus qu'un lointain souvenir. La psychanalyse est fille d'une époque qui hystérisa la sexualité, nous sommes contemporains d'un temps qui l'exhibe. Que reste-t-il des bases sur lesquelles sont fondées notre pratique et nos théories ?

Laura, la jeune femme que je reçois, appartient au monde médiatique, elle en partage la vie noctambule. Elle évoque sans difficulté sa fréquentation des clubs échangistes - même si elle en apprécie plus l'ambiance que l'espace glauque de la backroom.. Le tout est très " tendance ", voire un peu au-delà. La nouveauté des comportements sexuels, ce qui les oppose à ceux des années 1900, est aisément observable, même si " Belle de jour ", ou celle que Freud nommait "artiste de l'amour ", n'est pas une figure vraiment nouvelle. Laura n'est pas Marie Bonaparte, la frigidité ne motive en rien sa démarche, ni sa vie sexuelle, tout au moins au sens courant du terme. Ce qui les rapproche n'est-il pourtant pas plus fort que ce qui les sépare ? Toute " libérée " que sexuellement elle puisse paraître, Laura n'en est pas moins soumise au conflit psychique, à ses répétitions et ses entraves. Elle est la fille non reconnue d'un homme connu, et sa mère fut celle que régulièrement on visite, que jamais on épouse. Ce qui l'amène vers l'analyse aujourd'hui est de s'apercevoir que ce statut de " maîtresse " la menace à son tour, que l'homme qu'elle aime, quel qu'il soit, est toujours déjà pris ailleurs. Elle n'arrive jamais qu'en second.

Comment faire la part entre la vie sexuelle d'aujourd'hui et la sexualité de toujours ? J'aimerais suivre cette double piste : celle, temporelle, des variations historiques et culturelles ; l'autre, atemporelle, des enjeux inconscients. Le choix de faire ce parcours en interrogeant la sexualité féminine, la vie sexuelle des femmes, est à la fois circonstancié - il s'inscrit plus précisément dans le programme annuel de vos interventions -, et légitimé par l'histoire : parce que le pouvoir, dans toutes les sociétés connues, passées ou présentes, est marqué comme phallique, la femme occupe une position sexuelle à la fois plus soumise et plus évolutive que celle de l'homme. Un tel énoncé reste cependant plus anthropologique qu'analytique : on sait que de la liberté sexuelle sociale de l'homme à sa liberté psychique, il y a plus qu'un pas à franchir. Par ailleurs, les évolutions historiques n'épargnent évidemment pas la sexualité masculine : la question de l'homosexualité aujourd'hui, jusqu'au mouvement qeer, mériterait certainement une attention particulière.

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L'épopée de Gilgames est la plus ancienne œuvre littéraire connue, 35 siècles nous séparent de ce long poème babylonien. L'un des personnages, la déesse Inanna s'interroge: "Ma vulve, mon tertre rebondi / Qui donc me le labourera? Ma vulve à moi, la Reine, ma glèbe tout humide,/ Qui y passera la charrue?"

Autre texte… Tardivement intégré à la Bible, l'Ecclésiaste n'en est pas moins lui-même un écrit fort ancien et appartenant à la même aire culturelle que l'épopée de Gilgames: la Méditérranée orientale. On peut y lire ceci:

"Et je trouve plus amère que la mort la femme,
parce qu'elle est un traquenard
que son cœur est un piège
et que ses bras sont des liens.
Celui qui est bon devant Dieu lui échappera,
Mais le pécheur sera agrippé par elle.
(VII, 26)

Tout semble opposer à la première lecture la joyeuse liberté du poème babylonien et l'accent sombre du texte sémite. Pourtant quelque chose les unit profondément: une même idée de la démesure quand il s'agit d'évoquer la sexualité féminine. Démesure exaltée dans un cas, vouée aux gémonies dans l'autre, mais démesure toujours.

De façon relativement récente, l'anthropologue Maurice Godelier a développé une thèse articulant la fondation du corps social (et sa reproduction) avec ce qu'il appelle le "sacrifice de la sexualité". L'idée, largement inspirée de Freud, est que quelque chose de la sexualité humaine s'est révélé incompatible avec la reproduction de l'être social, entraînant sa mise à l'écart, son refoulement.

" Reproduction " est ici le mot essentiel. A l'article " reproduction " de l'Encyclopaedia universalis on peut lire ceci : chez tous les mammifères "l'activité sexuelle de la femelle est rigoureusement liée à un équilibre endocrinien très précis. En dehors de cet état physiologique, désigné sous le nom d'oestrus, on n'observe chez la femelle aucun comportement sexuel." (vol.14, p.932). Il faut ajouter : chez toutes les femelles mammifères, sauf bien sûr chez la femme. Pas plus que chez l'homme, l'excitation sexuelle chez la femme n'est liée à un rythme périodique naturel.

La caractéristique première de la sexualité humaine est sa dissociation de la finalité reproductive, véritable dénaturation ou disqualification de l'instinct et de ses buts.

La découverte psychanalytique déplace doublement le sens commun de la sexualité: d'une part en dissociant sexuel et génital, d'autre part en enracinant le sexuel dans l'enfance, plus précisément dans l'infantile - tant il est vrai que la sexualité infantile ne se confond pas avec la sexualité de l'enfant. Les choses seraient évidemment plus simples si l'on pouvait décrire la vie sexuelle à partir d'une inéluctable attraction d'un sexe pour l'autre. On est loin du compte, la diversité des choix d'objet (notamment homosexuel) est là pour rappeler qu'il n'en est rien. Ce que Freud invente et qui constitue le cœur de l'expérience analytique, la sexualité infantile, n'est pas une sexualité préliminaire à la sexualité génitale dans laquelle elle se résoudrait - et le mot " pré-génital " utilisé pour la décrire n'est pas du tout satisfaisant -, elle n'en est pas l'introduction, le premier temps, l'ébauche prématurée ; elle n'est pas une sexualité immature mais une sexualité autre, jamais " assimilée ", toujours étrangère, inquiétante, et passionnante. L'une, la sexualité génitale, a un but, l'autre, infantile, est polymorphe : elle désire, autant dire qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut, définitivement, sans fin.

En perdant son but instinctuel, la reproduction, la sexualité humaine a en même temps perdu son but social: la reproduction du socius, du corps social. Il n'est pas difficile de comprendre qu'il y a là, pour la société, une menace qui touche à son principe, entraînant nécessairement des dispositifs de régulation (interdits et obligations, structuration de la parenté), quels que soient les âges et les cultures.

Le rôle de la femme, de la mère dans la reproduction étant ce qu'il est, véritablement matriciel, il n'y a rien d'étonnant que tout ce qui de la sexualité féminine déborde cette finalité ait fait l'objet d'un refoulement, d'une répression qui n'a pas d'équivalent du côté de la sexualité masculine. Réduire la femme à la mère n'est pas l'apanage des régimes "réactionnaires", même si ceux-ci ont accentué le mouvement jusqu'à la caricature: il ne faut pas oublier que c'est au régime de Vichy et au Maréchal Pétain que l'on doit l'invention de la fête des Mères. La proposition faite aujourd'hui en France par le Front National d'un salaire maternel, est la suite logique d'un tel programme.

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Comment articuler la problématique pluriculturelle et la question du refoulement de la sexualité féminine? Peut-on continuer à soutenir un certain universalisme en la matière alors que la diversité culturelle et historique varie entre des extrêmes? Quel rapport entre la liberté sexuelle dont bénéficiait avant mariage la jeune fille des îles Trobriand, décrite par Malinowski, et la jeune excisée et vite mariée de telle société africaine?

Les variations sont aussi considérables dans le temps que dans l'espace. Quel rapport entre la jeune épouse européenne du XIXème siècle, qui découvrait l'érection masculine un soir de "nuit de noces, et la jeune femme occidentale d'aujourd'hui que l'on dit "libérée"? Si l'on voulait illustrer le caractère parfois impressionnant des évolutions, il suffirait d'évoquer le tabou de la virginité, la rapidité avec laquelle il est tombé en désuétude là où il régnait il n'y a pas encore si longtemps. Aujourd'hui une jeune fille de 19 ans peut venir consulter le psychanalyste, comme cela m'est arrivé il y a peu, parce que la pensée d'être encore vierge à 20 ans lui fait honte et qu'elle souhaite être libérée de ce qui entrave son passage à l'acte.

A l'endroit de ces questions, le psychanalyste, parce que l'inconscient est son objet, est dans une position originale vis-à-vis de l'historien, du sociologue, de l'anthropologue, de ceux qui réfléchissent sur les représentations sociales de la sexualité féminine, leur devenir et leur transformation.

Sans doute l'expérience du psychanalyste est-elle statistiquement limitée, étant donné le nombre de patients qu'il reçoit - Winnicott, qui s'était essayé à en faire le compte, avait estimé à 70 le nombre de patients pour toute une vie d'analyste -, il est cependant confronté, notamment dans le contexte cosmopolite de Paris, à la fois à la diversité des langages culturels et à la variation historique des éducations. Il reste que s'adresser à un psychanalyste suppose toujours, quelle que soit la culture d'origine, une intégration minimale des principes et des valeurs occidentales. C'est particulièrement observable aujourd'hui avec les patientes dont la culture d'origine est marquée par l'Islam.

L'élaboration par Freud des premières conceptions psychanalytiques sur la sexualité féminine est contemporaine d'une époque, l'articulation fin XIXème début XXème, particulièrement marquée par la répression. On évoque volontiers l'obscurantisme du Moyen-Age, on oublie que l'un des siècles les plus barbares sur le sujet est juste derrière nous. Le XIXème siècle européen et médical invente des ceintures de contention pour empêcher les jeunes filles de se "manueliser"; à l'occasion, il excise quand il ne cautérise pas les parois de la vulve au nitrate d'argent.

Au regard des représentations de la "femme d'aujourd'hui", celle pour qui la satisfaction sexuelle s'inscrit comme une hygiène nécessaire entre jogging et body-building, la jeune fille hystérique du XIXème a des airs de vestige. Dans quelle mesure la psychanalyse peut-elle continuer à camper sur les mêmes positions, celles qui affirme le refoulement du sexuel, voire qui désigne le féminin comme le refoulé, le refusé par excellence? Ce qu'il est convenu d'appeler "libération" ou "révolution" sexuelle a principalement concerné les femmes. Les indices de cette libération sont aisément repérables: la désuétude du tabou de la virginité, une distinction qui n'est plus rare des vies sexuelle et conjugale; un allongement de la vie sexuelle, en amont vers l'adolescence, en aval après la ménopause; la possibilité pour le désir féminin de prendre les devants (au risque de se "heurter" au fiasco des hommes ; Stendhal savait cela bien avant que naisse la psychanalyse) et, point essentiel: la dissociation de la sexualité et du risque de la grossesse, dissociation permise par la contraception et la légalisation de l'avortement.

Le psychanalyste, lui aussi, constate ce véritable bouleversement des représentations sociales de la sexualité et des comportements correspondants. Mais à l'aune de l'inconscient, c'est-à-dire de la part inacceptable, refoulée des désirs et de la puissance aveugle, surmoïque, des interdits, le sentiment d'un bouleversement le cède à l'impression de la répétition, d'un retour du même - sinon de l'identique. La morale dominante du XIXe siècle édictait à la femme l'impératif suivant: " travaille, économise et renonce à la chair! " L'impératif tout aussi catégorique d'aujourd'hui, tel qu'il est par exemple véhiculé par les magazines féminins, dit: " Sois heureuse, sois comblée, bref: jouis! " Entre ces deux injonctions, Margaret Mead notait avec humour que la première avait au moins le mérite d'être réalisable.

Le surmoi, la puissance interdictrice inconsciente, se constitue, pour l'un de ses aspects au moins, par une intériorisation des interdits parentaux, eux-mêmes l'écho des interdits sociaux. Il serait donc logique d'attendre du relâchement de ces derniers, un apaisement de la tyrannie surmoïque. Sa pratique ne cesse de montrer au psychanalyste que l'on est loin du compte. "Tu auras un orgasme vaginal! Et si tu n'en a pas tu pourras toujours te rendre à la "clinique de l'orgasme" (établissement ouvert par les sexologues américains William Masters et Virginia Johnson). Cet impératif "libérateur" se révèle psychiquement au moins aussi coûteux que l'ancienne découverte du sexe masculin lors de la nuit de noces - de cela le désarroi actuel des adolescents, garçons et filles, devant la liberté dont ils disposent, est l'un des plus sûrs témoignages. La sexualité de la femme n'est pas moins conflictuelle aujourd'hui que par le passé, même si les mots de la plainte ont changé.

La leçon psychanalytique que l'on peut tirer des bouleversements intervenus ces dernières décennies dans les représentations de la sexualité, est qu'il n'existe pas de traitement social du conflit psychique, qu'une "libération sexuelle" ne se traduit en aucune manière par une levée de refoulement, par une résorption même partielle de l'inconscient. Les femmes continuent à se plaindre de ce qu'elles ont et à désirer ce qu'elles n'ont pas, à raconter des histoires de serpents ou de souris avec la même horreur équivoque qu'autrefois, et à transcrire en malaises corporels divers leur angoisse devant la libido. Qui, psychanalyste, songerait à soutenir que la frigidité est un symptôme en voie de disparition, ou même simplement en baisse? Pas plus d'ailleurs que, de l'autre côté, l'impuissance psychique des hommes. L'inconscient fait autant violence aujourd'hui qu'hier. Reste, bien entendu, que les modifications de la vie sexuelle entraînent des nouvelles formes de plainte. Comme par exemple la crainte de la jeune femme que sa liberté ne se transforme en une errance qui ne trouverait jamais son objet - témoignage de ce moment historique, le nombre de femmes qui engagent une analyse parce qu'à 38/40 ans elles n'ont pas trouvé le compagnon fiable avec lequel elles désireraient avoir un enfant. La façon dont l'activité sexuelle peut devenir addictive, consommatrice, tout à fait sur le même mode que la boulimie, est bien sûr une variante symptômatique encouragée par l'époque. Pour résumer: la liberté actuelle de la vie sexuelle ne se traduit pas de façon équivalente par une liberté de la vie psychique à l'égard de l'angoisse et de son cortège éventuel de symptômes.

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La double piste : histoire et cultures d'un côté, inconscient de l'autre, on peut tenter de la suivre et de l'illustrer à partir de trois groupes de représentations millénaires:

  • la femme comme inférieure et soumise
  • le duo de la mère et de la femme
  • le mythe, ou le fantasme d'une sexualité féminine démesurée.

Inférieure et soumise

" La femme est inférieure à l'homme en toutes choses. Aussi doit-elle obéir, non pour être violentée, mais pour être commandée, car c'est à l'homme que Dieu a donné la puissance . " Le mot est de Flavius Josephe, il date du 1er siècle de l'ère chrétienne… et n'est qu'un mot parmi bien d'autres soutenant peu ou prou la même thèse . A l'acte sexuel lui-même il est demandé de se conformer à l'ordre du monde : la femme sera sur le dos et l'homme la surmontera, telle est la seule position autorisée par l'Eglise. Qu'il prenne à la femme la fantaisie d'occuper la place du mari (mulier super virum), et l'ordre naturel en sera troublé.

Le thème de l'infériorité féminine dans la tradition occidentale est inépuisable, je n'évoquerai que deux registres : le premier associe infériorité et imperfection. Le second conjugue infériorité et parties basses.
Aristote donne le ton d'une conviction maintes fois réaffirmée : " La femelle est un mâle mutilé ". Créature seconde, inférieure à l'homme en raison et en vertu, la femme n'est pas faite à l'image de Dieu.

Fondamentalement défectueuse, elle souffre selon le récit biblique de n'être qu'une pièce rapportée : " La femme, dit Bossuet, est l'os surnuméraire de l'homme ". Propos historiquement datés, fruits de l'ignorance ? Il est au contraire remarquable de pouvoir en suivre la trace, par-delà les remaniements imposés à nos conceptions par la rationalité scientifique. Un exemple : en accord avec les thèses embryologiques longtemps dominantes, Ambroise Paré était persuadé que " la femelle est plus tard formée que le masle ". On sait au contraire aujourd'hui que l'ébauche indifférenciée des organes génitaux externes est de type femelle (indépendamment du sexe chromosomique ; seule l'action ultérieure des androgènes entraîne l'éventuelle transformation en organes mâles). Loin de désarçonner les certitudes viriles du discours scientifique, on peut lire, au détour d'une revue médicale : " l'état de différenciation de l'homme est donc supérieur à celui de la femme. " L'inconscient a des raisons que le savoir ignore, ce que manque toute approche de ces questions en termes d' " idéologie ".

Adam et Eve s'opposent comme la culture et la nature, l'esprit et la chair, la spiritualité et la sensibilité. Un partage qui déborde largement le champ des cultures occidentales : chez les Samo du Burkina-Faso, par exemple, les hommes et les femmes s'opposent comme le village et la brousse. Freud, l'homme Freud au moins autant que le psychanalyste, cautionne à sa façon ce partage ancestral et transculturel : le passage de la mère au père, écrit-il, se caractérise " par une victoire de la vie de l'esprit sur la vie sensorielle, car la maternité est attestée par le témoignage des sens, tandis que la paternité est une conjecture, est édifiée sur une déduction et un postulat. "

Dans un autre registre, l' " infériorité " de la femme puise à des sources plus explicitement sexuelles. Saint Augustin : " Nous naissons entre les urines et les fèces ". Cette phrase, Freud la rappelle dans un texte consacré au rabaissement, celui de la femme par l'homme. Il y analyse la division fréquente chez l'homme, des courants tendre et sensuel ; une division qui, appliquée à l'objet, oppose l'épouse et la maîtresse ou, plus largement, celle à qui on fait des enfants et celle avec qui on vit sa sexualité (réellement ou imaginairement). La seconde, la maîtresse, est inférieure à plus d'un titre : parce qu'elle appartient souvent à une classe sociale inférieure, et surtout parce qu'elle occupe dans le coït, dans le fantasme de l'homme en question, une position rabaissée, a tergo.

Ladite " infériorité " des femmes est, pour la part la plus tenace, une exigence de l'inconscient des hommes, plus précisément de leur libido incestueuse. Freud n'a guère de peine à montrer que derrière la femme rabaissée se dissimule la figure inverse de l'objet d'amour le plus élevé : la mère.

Mais l'inconscient des femmes n'est pas en reste, même s'il n'est pas un simple décalque. Il importe certainement de ne pas confondre les catégories, les niveaux psychiques. Telle femme peut occuper dans son entreprise un poste de direction, militer pour l'égalité des femmes et la parité politique, refuser d'être celle qui sert le café lors de la réunion du Conseil d'administration et ne trouver de satisfaction avec son compagnon que si l'acte sexuel a lieu dans un hôtel glauque, donnant image et corps à son fantasme de prostitution.

Mathilde est une femme d'aujourd'hui, exerçant une profession intellectuelle, très attentive, dans l'exercice de son métier, à tout abus de pouvoir, notamment lorsqu'un homme en est l'auteur. Parmi les motifs qui la conduisent vers l'analyse, les changements auxquels elle aspire, il y a sa frigidité vaginale, son peu de plaisir à la pénétration - les seules pénétrations dont elle garde une impression forte ont été anales -, et sa difficulté à avoir un enfant avec son compagnon, malgré les aides techniques multiples.

En croisant dans la rue, juste avant de venir, un couple charmant, la main de la jeune fille doucement posée sur la taille de son amant, la pensée, l'image ont assailli Mathilde, dans un mélange de mépris et d'excitation : " Quand je pense que c'est la même qui, un peu plus tard, sera comme une petite chienne à sucer et à japper en levrette. "

Fantasme : " production de l'imaginaire qui permet au moi d'échapper à la réalité ". Quoi qu'on fasse, quoi que la psychanalyse ait écrit depuis plus d'un siècle, la définition proposée par Amiel dans son Journal colle aux basques du mot et de la chose. Contre cette définition lénifiante, Mathilde restitue à la réalité de la réalité psychique toute sa sauvagerie, celle d'un fantasme imprimé dans la chair, infiltrat dans les tissus, agent infectieux poussant à la prolifération des zones érogènes, notamment des orifices. Le fantasme ne succède pas à la réalité, il ne la fuit pas, il la dénature, sa sauvagerie est sa vérité. A force de tirer le fantasme du côté de l'œuvre de symbolisation, de guetter plein d'espoir sa venue là où il semble faire défaut, on en est venu à méconnaître l'excès de sa présence, ses capacités de nuisance et de déliaison.

" Inférieure et soumise ", un raisonnement trop convenu en psychanalyse menace de réduire la récurrence de ce thème aux manifestations du complexe de castration, dont le mot d'Aristote : " la femelle est un mâle mutilé ", est un énoncé exemplaire. La fantasmatique, qui à la fois anime et conflictualise la vie sexuelle de Mathilde, où la femme est toujours en position rabaissée, maltraitée, cette fantasmatique n'est pas sans figurer la castration mais celle-ci, loin de limiter les perspectives ou de les définir négativement, apporte sa contribution à la démesure. Dans l'une des variantes de son fantasme, " une grappe d'hommes " est accrochée à ses seins, pendant qu'elle est pénétrée de partout. Multiplication des hommes, des pénis dont il faut conserver la polysémie. D'un côté le pluriel signale certes l'absence, mais d'un autre point de vue, moins classique, on devine qu'il y aura toujours plus d'orifices à combler que de pénis pour y pourvoir. Dans la Méduse du Caravaggio, quel est le plus inquiétant, le nid de serpents ou l'abîme de la bouche ?

Le fantasme de Mathilde condense de multiples figures : enraciné dans le viol de la scène primitive, il se nourrit principalement des sexualités partielles. La fellation est à Mathilde un préliminaire nécessaire. La confusion, l'échangeabilité anale-génitale n'est pas en reste. Fantasme masculin, fantasme féminin ? on sent bien l'inanité qu'il y aurait à figer ce qui, du sexuel, ne demande qu'à migrer d'une position à l'autre. Jusqu'à atteindre la forme même de l'orgasme : " Rien à voir, dit Mathilde, avec ce que l'on dit de l'orgasme féminin, en plusieurs vagues… Ça arrive d'un coup, une éjaculation. "

Femme et mère

La rareté des textes historiques portant sur la sexualité des femmes n'a d'égal que l'abondance des documents concernant la fécondité. Celle-ci est au cœur des préoccupations du groupe social, à travers le souci de sa reproduction. La représentation féminine correspondante est celle de la femme-utérus, largement véhiculée par les mythes et les religions et, bien sûr, par la littérature médicale : depuis le plus ancien des documents connus (le papyrus Kahun, texte égyptien datant de 1900 av. l'ère chrétienne) jusqu'à nos jours. Pendant de longs siècles, c'est à la seule matrice, à son agitation migratoire, que furent rapportées toutes les maladies des femmes. L'hystérie (du grec hustera, utérus) recouvrait alors tous les maux, les soins administrés ayant longtemps consisté en fumigations (par l'orifice vaginal) dont on espérait apaisement et remise en ordre. Une remise en ordre qui est un rappel à l'ordre : que la femme s'efface devant la mère.

Le refoulement suit deux grandes voies qui traversent l'histoire et les différences culturelles. La première consiste à opposer la mère à la femme. L'effacement de la femme, de la sexualité des femmes, tend notamment à masquer le scandale constitutif de la sexualité humaine : son indépendance vis-à-vis des finalités reproductives. Ce n'est pas un hasard si la Chrétienté qui, plus que tout autre formation culturelle, a exigé la coïncidence de l'acte sexuel et de la visée d'engendrement, est une religion de la Madone. L'espoir des théologiens, à la suite de saint Jérôme, de résorber le sexuel dans le procréatif, s'accompagne d'une idéalisation de la Mère, jusqu'à la concevoir Vierge. Aux mères terrestres, celles du Moyen Age, on ne demande pas tant, on demande quand même beaucoup. Entre les jours de jeûne (et donc de continence) et les périodes d' " impureté " (règles, grossesses, couches), le calendrier de leur vie sexuelle permise se réduit comme peau de chagrin.

La seconde voie du refoulement consiste à rendre imperceptible la sexualité maternelle elle-même, telle qu'elle peut infiltrer la relation de soins. La phrase de Freud dans les Trois essais sur la séduction ordinaire a conservé son parfum de scandale, tout au moins pour qui veut bien l'entendre : " Le commerce de l'enfant avec la personne qui le soigne, généralement la mère, est pour lui une source continuelle d'excitation sexuelle, d'autant plus que celle-ci fait don à l'enfant de sentiments issus de sa propre vie sexuelle, le caresse, l'embrasse, le berce, et le prend tout à fait clairement comme substitut d'un objet sexuel à part entière. " Cette mère-là, séductrice de tous les jours, tombe sous le coup d'un refoulement qui n'a rien de spécifiquement moyenâgeux et concerne toutes les cultures. Même là (comme dans certaines sociétés africaines) où la mère vérifie l'érectilité du pénis, le geste n'est rendu possible que par son insertion dans une cosmologie de la fertilité - ne parlons pas de l'érectilité du clitoris, elle pousse plus à l'excision qu'à la sollicitation. La mère sexuelle, à la fois première séductrice et objet par excellence du désir incestueux, réunit toutes les conditions pour être tenue fermement à l'écart de la conscience. Restent toujours ici ou là quelques éclairs de lucidité concernant les risques d'une sexualisation excessive des gestes de soins : Petit-Radel, médecin de la fin du 18ème siècle, indique : " Il ne faut pas toujours défendre aux nourrices les approches de leurs maris, car l'impossibilité de jouir de leurs désirs suffit à les faire tomber dans des affections hystériques, toujours fâcheuses à l'enfant. "

La fonction refoulante assurée par le maternel contre le féminin n'est pas qu'un fait culturel et historique. Il tient pour une part à la sexualité féminine elle-même. Il n'est pas rare, chez une jeune fille ou femme, qu'une grossesse précoce vienne fermer (remplir) ce qu'a d'intolérable et d'angoissant l'ouverture sur la féminité. La théorie psychanalytique elle-même n'échappe pas toujours à ce même refoulement. Chez Winnicott, par exemple : la mère qu'il décrit, celle du holding et du handling, a des bras et des mains ; si elle entoure et contient, elle est par contre fort peu sexuelle.

Qui, individu ou société, pourrait permettre à la pédophilie maternelle d'apparaître pour son propre compte ?

Le silence du sexe féminin, de tout temps, lui a permis de poursuivre ni vu ni connu certains de ses buts en toute innocence : la plénitude de la grossesse, l'orgasme sous couvert d'allaitement, et donc la pédophilie maternelle - " L'amour de la mère pour son nourrisson qu'elle allaite et qu'elle soigne, écrit encore Freud, est quelque chose qui a une bien plus grande profondeur que son affection ultérieure pour l'enfant adolescent. (Si) cet amour possède la nature d'une relation amoureuse pleinement satisfaisante, cela ne provient pas pour la moindre part de la possibilité de satisfaire sans reproche des motions de désirs depuis longtemps refoulées et qu'il convient de désigner comme perverses. "
Autres facettes de la vie sexuelle que le silence et l'invisibilité du sexe féminin permettent de satisfaire ni vu ni connu : une version douce de l'homosexualité, deux femmes partagent sans encombre la même salle de bain quand, pour les hommes, il faut au moins être onze, une équipe de foot. Ou encore la possession tranquille d'un " doudou ". L'objet est une curiosité, sa féminité est aussi statistiquement établie que celle de l'anorexie: les femmes, celles qui chaque soir s'endorment en le touchant, le flairant, le suçotant, en parlent sans l'ombre d'une pudeur, comme si ce patchwork des sexualités partielles était passé à l'as du refoulement.

La porte du diable (la démesure)

Disputant de la répartition du plaisir dans l'amour selon que l'on soit homme ou femme, Zeus et Hera s'en remettent à Tiresias, que les aventures mythologiques ont amené à être successivement l'un et l'autre sexe. Si la jouissance se divise en dix parties, répond-il, la femme en a neuf et l'homme une seule. Parce qu'il a trahi le secret de son sexe, parce qu'il en a trop vu, Hera frappe l'impertinent de cécité (ce même châtiment que s'infligera le criminel incestueux par excellence, Œdipe). Ce que l'on pourrait appeler le point de vue de Tiresias traverse les époques et les cultures. Le XIXème siècle en produira une version à la fois positiviste et plus modeste : en matière de lubricité, indique l'article " femme " du Dictionnaire des sciences médicales, une femme vaut en moyenne deux hommes et demi ! Cette inégalité dans la jouissance est une autre façon de dire : " La femme est dangereuse ", pour l'homme et pour la femme elle-même. La malédiction de l'Ecclésiaste s'entend depuis la nuit des temps : " C'est par la femme que le péché a commencé et c'est à cause d'elle que nous mourrons. "

En accentuant la sexualisation du péché originel, le Moyen Age portera au plus loin les représentations d'une sexualité féminine démesurée. Avant Eve, il y a des hommes mâle et femelle à qui Iahvé dit : " Multipliez-vous ". Avec Eve arrivent en même temps la femme, le plaisir (combattre " l'ennui " d'Adam) et le sexuel, là où il n'y avait auparavant que des femelles vouées à la perpétuation de l'espèce. Le Moyen Age multiplie les images d'un sexe qui n'est que " trop enclin à se laisser tromper par le démon ". Sorcière, empoisonneuse, tentatrice, conspiratrice… Là même où les hommes se croient assurés de leur pouvoir, elle règnent. La loi divine les a écartées de la fonction sacerdotale et pourtant, écrit Jean Chrysostome, " elles sont revêtues d'une telle puissance que parmi les prêtres elles font élire qui elles veulent. " Des siècles plus tard la même critique resurgit, portée cette fois par les révolutionnaires de 1789 dénonçant dans l'Ancien Régime " l'administration nocturne des femmes. " Le sexe de la femme défie jusqu'à la puissance de Dieu : Dieu qui peut tout " peut-il relever une vierge après la chute ? ", se demande saint Jérôme. Il y a doute ! Il faut aux théologiens toutes les ressources de l'astuce pour parvenir à mettre Marie à l'abri du soupçon : l'accouchement les embarrasse, le franchissement du sexe maternel par l'enfant leur est une représentation insupportable - à juste titre : dans l'inconscient, il n'est pas rare que l'accouchement représente le coït incestueux, par simple inversion du mouvement et déplacement de la partie sur le tout. Pour pallier la difficulté, ils affirment la virginité jusque dans l'accouchement : " Vulve et utérus fermés. "

" Femme, tu es la porte du diable ", écrit Tertullien. La médecine de l'Age classique ne dira pas autre chose : comment comprendre que la femme cède à son désir, qu'elle accepte la " conjonction ", étant donné les incommodités et les souffrances (grossesse, accouchement) auxquelles elle s'expose ? Une seule explication : une lubricité puissante, beaucoup plus exigeante que celle de l'homme, un désir de se " remplir et d'empêcher par là le vide que la Nature abhorre tant ". Les femmes sont de " vraies sauvages en dedans ", écrit Diderot, les organes de la volupté sont chez elle multiples : le clitoris (surnommé " le mépris des hommes "), le vagin, l'insatiable matrice… L'idée d'en réduire le nombre semble aussi vieille que la médecine : ablation des nymphes et excision du clitoris afin de guérir la " déshonnêteté ". Cela fait bien des siècles que la sexualité des femmes se vit sous surveillance médicale, aujourd'hui y compris. Certes le message a changé : " Cancers des femmes : les bienfaits de l'amour ", titrait il y a quelque temps un magazine féminin. On renoue avec la bienveillance d'Hippocrate qui disait le coït bénéfique aux femmes (à condition de ne pas en abuser), parce qu'il permet l'évacuation des humeurs. Mais plus importante que les variations historiques du message est la constante hygiéniste dès qu'est évoquée la sexualité féminine.

La contribution masculine à cette image d'une sexualité féminine inassouvissable ne fait pas de doute ; et au premier chef, celle de l'angoisse de castration, bâtissant un danger à sa mesure. Est-elle seule en cause ? Il est permis d'en douter. Homme et femme ne vivent pas sur deux planètes psychiques distinctes, l'un occupe la scène psychique de l'autre. C'est une femme, sexologue et américaine, Mary Jane Sherfey, qui soutient que le plaisir chez la femme est l'héritier de la " capacité orgastique démesurée de certaines femelles primates ", capacité " à instaurer une congestion et une turgescence pelviennes foudroyantes ". Pour foudroyer qui ? La fantasmatique castratrice n'épargne pas les femmes sexologues. La solution apportée à la frigidité par M.J.Sherfey est d'une désarmante simplicité : des coïts suffisamment fréquents et prolongés ! Rien de bien nouveau par rapport à ce qu'affirmaient les aristotéliciens médiévaux : " L'excès d'humidité dans le corps de la femme lui donne une capacité illimitée à l'acte sexuel. " Lassata sed non satieta, fatigue n'est pas satiété. Je me souviens de cette jeune femme que la relation sexuelle ne suffisait à apaiser et qui concluait l'acte avec une crise de boulimie.

Plus silencieusement, dans l'espace de l'analyse, il n'est pas rare qu'à la source d'une frigidité symptôme protecteur, (comme celle de Mathilde), se dévoile le fantasme d'une sexualité menaçante, pour l'autre et pour soi-même, et qu'il est psychiquement plus prudent de ne pas libérer.

Au-delà de la problématique de la castration, il me semble que l'on peut repérer au moins deux sources au fantasme millénaire d'une insatiabilité sexuelle féminine. La première est implicitement contenue dans les deux citations précédentes de Freud, qui font valoir, ce qui est très rare sous sa plume, ce que l'on pourrait appeler le point de vue de Jocaste. Sophocle le laisse entendre : Jocaste sait, le désir incestueux n'est pas du côté du seul Œdipe : " Ne redoute pas l'hymen d'une mère : bien des mortels ont déjà dans leurs rêves partagé la couche maternelle. Celui qui attache la moindre importance à de telles choses est aussi celui qui supporte le plus aisément la vie. " La première figure de la démesure féminine est là : être pour la mère le substitut d'un objet sexuel à part entière. Comment le petit d'homme, garçon ou fille, pourrait-il être à la hauteur du désir de Jocaste ? Que la mère du petit Hans prenne son fils dans son lit le matin, passe encore ; mais est-il souhaitable qu'elle le traîne avec elle quand elle se rend aux toilettes ? (Minutes).

La deuxième source tient à la psychogenèse de la féminité elle-même. Pas vraiment une deuxième source d'ailleurs, tant elle est associée, voire dérivée de la précédente.

On serait bien en peine, à partir de la théorie freudienne de la sexualité féminine, de rendre compte du fantasme de démesure qui nous occupe. Parce qu'elle la déduit de l'envie du pénis et du complexe de castration, la théorie de Freud fait de la féminité une position psychique aussi tardive que secondaire. En marge de la théorie principale, il y a cependant un autre fil qui court tout au long de l'œuvre, jamais perdu, jamais vraiment tiré non plus. Cela commence dans l'échange avec Fliess, expert en bisexualité : " Il est permis de soupçonner que l'élément essentiel refoulé est toujours l'élément féminin. " Pour se terminer par le " refus de la féminité ", désigné comme l'une des butées les plus tenaces opposée au changement psychique, en passant par cette idée d'une " superposition de l'infantile et du féminin ", au moment même où Freud concède au masochisme une position primaire.

J'ai essayé de suivre cette piste de l'infantile et du féminin superposés dans un ouvrage, Aux origines féminines de la sexualité, à travers l'idée d'une féminité primitive. Les premières expériences sexuelles vécues, celles qui conjuguent une fois pour toutes le sexuel humain et l'infantilisme, qui teintent de tant de plaisir les premiers soins, bien avant donc que la génitalité n'impose ses restrictions, ces premières expériences " sont naturellement de nature passive ", comme le souligne Freud, en accord avec le point de vue de Jocaste précédemment souligné. Aux origines du sexuel se découvre pour le petit d'homme, quel que soit son sexe, l'expérience de passivité et la soumission au bon désir de l'autre - même si l'identification au séducteur est aussi hâtive et active qu'il est permis. Mon hypothèse conjugue féminité et passivité, en prêtant à la féminité une aptitude à représenter la part d'impensable de la forme passive. L'idée est que la position féminine prend la suite de celle de l'enfant orificiel, cet enfant que pénètre ou effracte la sexualité adulte inconsciente mêlée aux premiers soins.

Les destins de cette passivité inaugurale épousent les vies singulières, du refoulement le plus radical à l'assomption la plus réjouissante. Sous le registre de la réception, de la réception comme but sexuel, il y est ici ou là fait référence dans diverses théories psychanalytiques. " Réception " sonne plus doux que pénétration ou effraction. Mais on voit mal pourquoi une telle représentation, ni violente ni conflictuelle, concernerait encore l'inconscient. La scène primitive n'est pas une scène de réception, c'est toujours une scène de viol. La pratique donne parfois à entendre les manifestations de cette passivité primitive, pulsionnelle, exigeante, dont je suppose qu'elle contribue de façon essentielle au fantasme, hors d'âge et de culture, d'une sexualité féminine démesurée. Cela prend fréquemment les accents d'une attente sexuelle non satisfaite : les hommes ne bandent pas, pas assez, pas assez souvent, pas assez longtemps. Du primat du phallus, elles aimeraient bien ne pas simplement entendre parler. Ainsi Ophélia, au bord de rompre avec son mari, le manque de réponse sexuelle figurant en bonne place parmi les motifs. " Ce que je veux, dit-elle, c'est un homme qui me plaque contre le mur de la salle de bain, qui me renverse sur le sofa… "


Texte présenté à la Journée d'Etude du GERCPEA à Luxembourg le 26 mars 2004

 

 
 


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last modified: 2007-01-19