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PEUT-ON PARLER D'ATTENTION INCONSCIENTE?

Didier Houzel (Bobigny, le 14 novembre 1996)

Le mot attention vient du latin attentio, lui-même dérivé de attendere qui signifie "tourner son esprit vers". Il y a donc une apparente contradiction entre le concept d'attention et celui d'inconscient. Pourtant il me semble que l'expérience psychanalytique suggère l'idée d'une attention inconsciente, idée que je voudrais essayer de développer. Pour préciser la thèse que je vais m'efforcer d'illustrer, je dirais que la notion d'intentionnalité, qui est contenu dans la signification étymologique du mot attention, ne me paraît pas coextensive à celle de conscience. La psychanalyse postule une intentionnalité inconsciente. On sait que Freud fut fortement influencé par la philosophie de l'intentionnalité, dont son maître Franz Brentano était à l'époque où il faisait ses études le grand théoricien. S'il s'est écarté de l'enseignement de Brentano, c'est officiellement parce que ce dernier ne reconnaissait pas la possibilité d'une activité psychique inconsciente, psyché et conscience occupait, selon lui, le même domaine et il définissait la conscience par la visée d'un objet: "La conscience est conscience de quelque chose" (La psychologie du point de vue empirique, 1875). Autrement dit pour le philosophe toute activité psychique était caractérisée par son intentionnalité (ce qui sera repris et développé dans la phénoménologie de son élève Husserl) et il n'y avait d'intentionnalité que consciente. Freud ne pouvait que rejeter un tel point de vue qui élimine l'inconscient. En, fait il ne le rejette qu'à moitié, il en garde même l'essentiel, la référence à l'intentionnalité comme ce qui fonde la nature psychique d'un phénomène par opposition à ce qui caractérise les phénomènes physiques. La notion d'investissement (Besetzung) peut être considérée comme la traduction métapsychologique de l'intentionnalité de Brentano. Mais, cette fois il n'y a plus isomorphisme; il y a des investissements conscients et des investissements inconscients. Ces derniers l'emportent même quantitativement sur les investissements conscients. A partir de ces prémisses, peut-on parler d'attention inconsciente?

L'attention avant Freud

Dans son ouvrage "Psychologie de l'attention" (1889), Ribot a introduit une distinction importante, et qui reste d'actualité, entre ce qu'il appelle "l'attention spontanée" ou "automatique" et "l'attention volontaire" ou "artificielle". L'attention spontanée a pour cause les états affectifs du sujet, ses motivations. Elle a une origine biologique. L'objet de l'attention spontanée agit par son pouvoir intrinsèque, c'est par exemple la proie pour le prédateur. L'attention volontaire est le fruit de la civilisation et de l'éducation. Elle est dirigée volontairement vers des objets qui n'ont pas de pouvoir d'attraction naturel (d'où le nom d'attention artificielle que Ribot lui donne). L'enfant, le sauvage, en sont dépourvus: "L'attention volontaire ou artificielle est un produit de l'art, de l'éducation, de l'entraînement, du dressage. Elle est greffée sur l'attention spontanée..." (1).

L'école russe de neuropsychologie avec Vygotski, Luria, Leont'ev, a repris cette distinction de Ribot entre "attention spontanée" et "attention volontaire", en insistant sur la dimension sociale de l'attention volontaire. Pour ces auteurs l'attention spontanée, ou ce que Luria appelle "le système d'orientation", a une origine biologique et est commandé par des stimuli externes qui ont acquis, tout au long de l'évolution de l'espèce, une valeur de signaux. L'attention volontaire, au contraire, est le fruit de l'éducation, de l'histoire culturelle et individuelle, et non de l'histoire de l'espèce: "En influençant son environnement social, dit Leont'ev, l'homme crée un système de stimuli conventionnels avec l'idée de maîtriser le comportement d'autres personnes. Ainsi, crée-t-il les conditions pour la maîtrise de son propre comportement, altérant ainsi radicalement le mécanisme principal de son comportement" (2).

De leur côté les neurophysiologistes ont distinguer plusieurs types d'attention correspondant à différents systèmes cérébraux:

1) Le système de vigilance: il emprunte des voies corticales noradrénergiques issues du locus coeruleus. Il exercerait des effets sur les deux systèmes attentionnels, antérieur et postérieur, ce qui suppose qu'il a des connexions avec les aires cérébrales correspondantes. Il agirait en augmentant l'activité du système postérieur et en inhibant, au contraire, celle du système antérieur.

2) Le système attentionnel postérieur: comprendrait anatomiquement des régions du cortex pariétal connectées à certaines aires thalamiques. Sa fonction serait de porter l'attention vers une direction de l'espace. C'est une fonction d'orientation.

3) Le système attentionnel antérieur: serait constitué par les aires préfrontales médiales. Ses fonctions seraient celles de prise de conscience et de contrôle de l'attention.

Les deux systèmes, antérieur et postérieur, son interconnectés. Toutefois, les recherches neurophysiologiques montrent qu'il y a entre eux une certaine indépendance. Attention et prise de conscience ne sont pas nécessairement liées. Au total, le système attentionnel postérieur, système d'orientation, correspondrait à l'attention spontanée de Ribot; le système attentionnel antérieur, système de contrôle et de prise de conscience correspondrait à l'attention volontaire de Ribot.

L'attention dans l'oeuvre de Freud

la fonction d'attention est un vieux concept psychanalytique qui mérite d'être remis à l'honneur. On peut s'étonner du fait qu'il y soit fait si rarement référence dans la littérature psychanalytique. Il me semble qu'il y a à cela deux raisons: la première est que le concept d'attention est largement utilisé en dehors de la métapsychologie et que les psychanalystes sont réticents, à juste titre, pour utiliser des concepts définis dans d'autres domaines que le leur. La deuxième raison est que l'attention est traditionnellement reliée à la conscience et que l'activité psychique consciente n'est pas le domaine privilégié de l'investigation des psychanalystes. Mais, comme je l'ai dit, je pense que l'investigation psychanalytique nous conduit à définir une attention inconsciente.

C'est dans le livre de Freud sur l'aphasie publié en 1891 (3) que l'on trouve pour la première fois sous sa plume le terme d'attention. Il y parle d'attention divisée (getheilten Aufmerksamkeit): "Lorsque je lis les épreuves afin de les corriger, et donc que je prête intentionnellement une attention toute spéciale aus images visuelles des lettres et autres signes, le sens de ce que j'ai lu m'échappe à ce point qu'il me faut une lecture particulière de bout en bout pour améliorer le style. Si je lis un livre qui m'intéresse, par exemple un roman, je laisse passer pour cela toutes les fautes d'impression, et il peut m'arriver que je ne retienne rien des noms des héros si ce n'est un trait confus et le souvenir que les noms étaient longs ou courts, ou qu'il contenaient une lettre frappante, un x ou un z. Lorsque je dois lire à haute voix et donc que je suis obligé d'accorder une attention particulière aux images sonores de mes mots et à leur intervalle, je risque de nouveau de me soucier trop peu du sens. Et dès que je me fatigue, je lis de telle façon que les autres peuvent encore comprendre, tandis que moi-même je ne sais plus ce que j'ai lu. Ce sont des phénomènes d'attention divisée qui entrent ici en ligne de compte..." (p. 125-126). On le voit, Freud donne a l'attention une faculté de liaison entre les différentes composantes des données sensorielles constitutives du mot et par là il s'écarte des théories localisationnistes de l'aphasie qui attribuent cette faculté aux structures nerveuses. Il en résulte que la division de l'attention, c'est-à-dire sa concentration élective sur une seule catégorie de composantes du langage détruit le sens de ce qui est lu. On peut voir là l'annonce de fonctions essentielles de l'attention: dans la technique psychanalytique avec la notion d'attention flottante qui définit pour Freud l'attitude psychique du psychanalyste et qui se caractérise par sa non sélectivité; mais aussi d'une manière plus générale dans le fonctionnement psychique, comme l'illustrera bien plus tard l'oeuvre de Bion.

Dans l'Esquisse d'une psychologie scientifique (1895), Freud propose une véritable théorie de l'attention. Je rappelle que le modèle qu'il utilise dans ce texte est un modèle neuronal. Il distingue des neurones sensibles aux quantités d'excitation, qu'il appelle neurones y, et des neurones sensibles aux qualités de l'excitation qu'il appelle neurones w. Il définit l'attention comme un surinvestissement des indices de qualité. Les indices de qualité sont perçus par les neurones w, mais l'énergie qui permet de les surinvestir vient des neurones y. On est ici proche du modèle de Ribot, dans lequel les surinvestissements venaient des neurones moteurs. Il attribue à l'attention une fonction d'expectation: elle est chargée de capter les indices de qualité qui viennent de la perception afin d'anticiper sur les investissements de désir.

A partir de ce modèle, Freud distingue ce qu'il appelle la "pensée banale" et la "pensée observante". La pensée banale est tournée vers la recherche de l'objet de satisfaction. La pensée observante s'appuie sur la fonction d'attention, mais, cette fois, tournée vers le monde interne et non vers le monde extérieur et la perception. La pensée observante correspondrait à l'état du chercheur qui, ayant perçu quelque chose, se demande "que signifie cela?", "Où cela va-t-il me mener?"
Ainsi, Freud étend-il la fonction d'attention aux investissements mnémoniques associativement liés aux investissements perceptifs. En plus d'une fonction tournée vers l'extérieur, l'attention a une fonction tournée vers l'intérieur, vers le monde intrapsychique.Voici la description qu'il en donne: lorsqu'un neurone est excité par un quantum d'énergie venant de l'extérieur, c'est-à-dire, de la perception, cette énergie va s'écouler "le long des meilleurs frayages et va traverser un certain nombre de barrières (les barrières de contact) suivant la résistance et la quantité en jeu" (4). Ainsi d'autres neurones seront investis, mais "certaines barrières ne pourront être franchies parce que la fraction (d'énergie) qui les atteint ne peut dépasser leur niveau" (5). Si, à cette énergie extérieure, s'ajoute une énergie intérieure qui vient de l'attention, ces barrières infranchissables pourront être franchies, d'autres frayages pourront se faire, plus nombreux et plus éloignés. Par ailleurs, ce ne sera pas une perception qui se produira, mais des "investissements mnémoniques apparaîtront, associativement liés au neurone initial" (6). Il s'agit d'une fonction d'exploration du monde interne et de quête de sens: "Qu'est-ce que cela signifie?" Jamais Freud n'ira aussi loin par la suite dans sa théorie de l'attention.

Dans la Traumdeutung (1899-1900), il attribue à l'attention une fonction de passage du Préconscient au Conscient. On ne trouve plus qu'un seul aspect de la fonction d'attention, le renforcement des phénomènes psychiques. Freud donne ici à l'attention la fonction spécifique de faire passer des contenus psychiques du Préconscient à la conscience, ce qui est contradictoire avec l'idée d'une attention inconsciente et ce qui l'a sans doute conduit, comme le souligne l'éditeur de la version française de l'Esquisse à abandonner par la suite la théorie de l'attention qu'il y développe.

C'est dans "Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques" que Freud revient avec le plus de détails sur le concept d'attention: "Une fonction particulière est instituée qui doit prélever périodiquement des données du monde extérieur pour que celles-ci lui soient connues à l'avance: l'attention. Cette activité va à la rencontre des impressions des sens au lieu d'attendre passivement leur apparition" (7). Freud est ici en retrait par rapport à sa théorie de l'attention de l'Esquisse. Il lui laisse peu de place pour l'exploration du montre intrapsychique. Notons, toutefois, qu'il insiste sur un point essentiel: l'aspect actif de la fonction d'attention qui "va à la rencontre des impressions des sens au lieu d'attendre passivement leur apparition"

Un autre aspect de l'attention dans l'oeuvre de Freud est celui défini dans le concept d'attention flottante, par lequel il décrit l'attitude psychique du psychanalyste pendant la séance. Il me semble qu'il y a une certaine ambiguïté dans ce concept ou dans l'interprétation qui en est parfois faite. Freud dit deux choses à ce sujet (8): la première est qu'il serait trop fatigant pour l'analyste de concentrer son attention pendant des heures, la seconde est qu'il faut, pour recueillir le matériel, éviter de le sélectionner à l'avance. D'où ce concept quelque peu paradoxal d'attention flottante. En fait, Freud insiste sur ce second aspect: éviter de choisir parmi les matériaux fournis. L'économie de fatigue n'est qu'une conséquence utile de cette exigence de non sélection. Notons aussi qu'il fait référence à la volonté ou à l'absence de volonté, ce qui nous rappelle les descriptions de Ribot sur l'attention volontaire et l'attention spontanée. Freud préconise une attention dépourvue de volonté, une sorte d'attention spontanée. Cela n'aurait-il pas pour fonction de mettre l'analyste en contact plus directement avec la vie pulsionnelle du patient, de dégager la voie, en quelque sorte, à ce qui s'exprime de cette vie pulsionnelle dans son discours? Je ne pense pas qu'il faille interpréter le concept d'attention flottante dans le sens d'une attention relâchée, comme cela a parfois été fait. Il est vrai que, souvent, le psychanalyste a du mal à garder son attention éveillée et dirigée vers le matériel de la séance. Il doit alors s'interroger sur la signification de ses fluctuation d'attention. Il peut y avoir des attaques inconscientes contre sa fonction d'attention. C'est souvent par une élaboration de son contre-transfert qu'il pourra résoudre le problème.

L'attention dans l'oeuvre de Bion

Bion est un des rares psychanalystes post-freudiens qui ait accordé à l'attention une place de choix dans sa théorisations. Il a élargi la fonction de l'attention au-delà de la réalité sensorielle pour l'appliquer à la réalité psychique qui ne peut se réduire aux seules données des sens. C'est le thème de son livre Attention and Interpretation, publié en 1970 (9). Il y décrit l'attention comme la matrice dans laquelle viennent se réunir les éléments du psychisme et où ils peuvent ensemble se combiner en un tout cohérent. L'attention, au sens de Bion, a donc une signification dynamique.

En outre, il décrit un aspect interpersonnel de la fonction d'attention. C'est l'attention que la mère dirige vers son enfant qui lui permet de recevoir les messages qu'il lui adresse et, notamment, ses messages inconscients, ses projections, qu'elle a pour tâche de transformer, grâce à sa capacité de rêverie, en éléments pensables.

On sait que Bion a fait de cette relation psychique du bébé à sa mère le prototype de la relation entre l'analysant et l'analyste. On retrouve, dans la relation analytique, cette même fonction qui consiste à drainer et à recevoir tous les messages conscients et inconscients émis par le patient dans le creuset psychique de son attention où ce qui était non lié ou délié va pourvoir se lier. C'est ici que je voudrais introduire le concept d'attention inconsciente, dont j'ai parlé plus haut. Dans Attention and Interpretation, Bion recommande à l'analyste d'être sans souvenir et sans désir. Toutefois, si on lit attentivement son texte on s'aperçoit qu'il recommande d'écarter tout souvenir conscient, mais qu'il distingue les souvenirs conscients de ce qu'il appelle les souvenirs oniriques. Si, en commençant une séance, on se rappelle tel ou tel événement de l'histoire du patient et que l'on cherche à interpréter le matériel en le rapportant à ce souvenir, celui-ci risque de faire écran aux messages inconscients qui s'expriment dans la séance. Par contre, si en cours de séance tel ou tel événement revient à la mémoire de l'analyste alors qu'il écoute attentivement son patient, si cette remémoration n'est pas préméditée, mais qu'elle surgit au détour d'un processus associatif dans l'esprit de l'analyste, alors il s'agit d'un souvenir onirique et ce type de souvenir est particulièrement utile au travail d'élaboration et d'interprétation de l'analyste.

Je pense que l'extension de la psychanalyse aux jeunes enfants a contribué à déplacer l'accent qui était mis jusque là sur l'analyse des défenses du Moi, pour souligner davantage l'importance de l'attention dans le processus thérapeutique. En effet, les enfants sont extraordinairement avides de l'attention des adultes, d'autre part ils sont parfois susceptibles de faire repartir leur croissance psychique entravée par un processus pathologique grâce à la seule attention qu'il leur est portée. A ce titre, l'observation de bébés présentant des manifestations autistiques, parfois très inquiétantes, est éloquente; l'attention que leur porte le consultant psychiatre et celle qu'il aide les parents à lui offrir, ne manque presque jamais, en un laps de temps relativement court, de modifier leur état suffisamment pour faire céder temporairement ces manifestations. Bien sûr, l'attention ne suffit pas, même en psychanalyse d'enfant. L'élaboration et l'interprétation des fantasmes inconscients et des mécanismes de défense sont indispensables. Je pense, cependant, qu'il faut leur donner une signification quelque peu différente de celle qui leur était classiquement attribuée. Il s'agit moins de débusquer des désirs ou des fantasmes refoulés afin de faire advenir la vérité, que d'aider l'enfant à sortir des impasses dans lesquelles l'avaient conduit les processus psychopathologiques. De la sorte, il peut se remettre sur le chemin de la croissance psychique et échapper aux cercles vicieux autodestructeurs dans lesquels il se trouvait piégé. C'est dire que le repérage et l'interprétation des mécanismes de défense n'ont de valeur thérapeutique que s'ils s'inscrivent dans une relation contenante qui mobilise toute l'attention de l'analyste.

Conclusion

Je suggère donc qu'il y a, au-delà de l'attention consciente, une attention inconsciente. Je propose d'appeler ainsi la réceptivité passive qui laisse les messages latents de l'analysant se rassembler et s'organiser peu à peu au sein du psychisme de l'analyste. L'attention spontanée de Ribot, le système d'orientation de Luria, le système attentionnel postérieur décrit par les neurophysiologistes s'apparentent à l'attention inconsciente. Tous ces concepts, en effet, renvoient à l'idée d'une intentionnalité qui peut échapper à la conscience et qui dépend de montages innés préalables à l'éducation et à l'histoire du sujet. Tout l'art du psychanalyste consiste à porter une attention consciente à ce qui est recueilli par l'attention inconsciente seule capable de capter les rejetons des pulsions. Une attention volontaire et sélective écarterait par principe ces rejetons sous l'effet de la Censure. Lorsque Bion conseille d'être sans souvenir et sans désir, je pense qu'il veut éliminer cet obstacle pour que viennent se réunir librement dans l'attention inconsciente de l'analyste les productions de l'inconscient, sur lesquels se dirigeront alors sa "pensée observante". L'interprétation utile jaillira spontanément de l'observation du précipité des formations de l'inconscient du patient dans le creuset offert par l'attention inconsciente de l'analyste.

Résumé

Le concept d'attention a fait depuis longtemps l'objet d'études psychologiques et psychopathologiques. Freud a repris ce concept dès le début de son oeuvre pour décrire les processus de liaison psychique. Il lui a en outre attribué un rôle technique précis dans la cure avec le concept d'attention flottante. Peu de psychanalystes après Freud se sont intéressés à l'attention. Elle a été plus étudiée d'un point de vue cognitiviste et neuropsychologique que d'un point de vue métapsychologique. Bion fait exception; il a donné, en effet, au concept d'attention une place centrale dans son oeuvre: l'attention est le creuset où se réunissent les éléments du psychisme pour se combiner entre eux d'une manière toujours plus complexe. On peut tirer de son oeuvre l'hypothèse d'une attention inconsciente qui draînerait et réunirait les formations de l'inconscient et qui à ce titre jouerait un rôle fondamental dans la cure.

Mots-clé
Attention
Neuropsychologie
Psychanalyse
Psychanalyse d'enfant

Notes:
(1) RIBOT Th., Psychologie de l'attention, Paris, Félix Alcan, 1889
(2) LEONT'EV A., The development of voluntary attention in the child, in The Vygotsky reader, ed. R. VAN DER VEER and J. VALSINER, Oxford (UK) and Cambridge (USA), Blackwell, 1994
(3) FREUD S., Contribution à la conception des aphasies (1891), trad. fr. Cl. VAN REETH, Paris, PUF, 1983
(4) ibidem, p.374
(5) ibidem, p.374
(6) ibidem, p.374
(7) FREUD S., Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques (1911), trad. fr. J. LAPLANCHE, in Résultats, Idées, Problèmes, tome I, Paris, PUF, 1984, p.137
(8)FREUD S., Conseils aux médecins sur le traitement psychanalytique, trad. fr. par A. BERMAN, in La technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1967, 61-71: "...nous ne devons attacher d'importance particulière à rien de ce que nous entendons et il convient que nous prêtions à tout la même attention "flottante", suivant l'expression que j'ai adoptée. On économise ainsi un effort d'attention qu'on ne saurait maintenir quotidiennement des heures durant et l'on échappe aussi au danger inséparable de toute attention voulue, celui de choisir parmi les matériaux fournis. C'est, en effet, ce qui arrive quand on fixe à dessein son attention; l'analyste grave en sa mémoire tel point qui le frappe, en élimine tel autre et ce choix est dicté par des expectatives ou des tendances. C'est justement ce qu'il faut éviter; en conformant son choix à son expectative, l'on court le risque de ne trouver que ce qu'on savait d'avance.", p. 62
(9) BION W.R., Attention and interpretation (1970), trad. fr. par J. KALMANOVITCH, L'attention et l'interprétation, Paris, Payot, 1974


 
 


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last modified: 2007-03-13