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Clinique et DSM IVPr. Bernard GibelloAujourd'hui, par un glissement de sens intéressé, le mot clinique est mis à toutes les sauces, et pour certains, devient synonyme de pratique médicale, le mot clinicien synonyme de médecin. Erreur grossière : la clinique correspond à autre chose. La clinique, c'est ce qu'observe le médecin du malade, et les épisodes de sa réflexion médicale à partir de cette observation. La méthode clinique - L'observation soigneuse du malade et de son environnement. Cette observation
ne privilégie aucun aspect de la symptomatologie, mais essaie d'être
complète, et ouverte à toute singularité. La méthode clinique permet à partir de symptômes mis en perspective dans une théorie de la maladie d'aboutir à une prescription et à un pronostic. Jusqu'en 1750, la traduction de l'encyclopédie médicale écrite par Avicenne en l'an mille constituait une des références fondamentales de la médecine occidentale. Bien entendu, au cours de deux millénaires et demi, les théories ont changé, mais la méthode est restée identique. Elle a été enrichie par la pratique - tardive - de l'observation anatomique, puis par les données de la médecine expérimentale de Claude Bernard, l'invention d'instruments comme le stéthoscope de Laennec au XIXème siècle, des procédés d'investigation de plus en plus performants jusqu'à nos jours : examens de laboratoire, anatomo-pathologie, imagerie médicale. Elle a aussi été complétée par Sigmund Freud, qui a découvert la possibilité d'accéder à certains processus de pensée pathogènes habituellement inconscients en écoutant le malade invité à communiquer sans critique tout ce qui lui vient à l'esprit. Plus tard, Anna Freud, Mélanie Klein et Donald Winnicott ont étendu le procédé d'investigation de l'inconscient aux enfants, par l'observation du jeu et du dessin. L'exploration de la pensée a été parachevée par Jean Piaget avec l'entretien clinique semi-directif utilisé pour explorer les processus cognitifs. La méthode clinique est concurrencée depuis une quarantaine d'années par une méthode d'observation comportementaliste armée par les données biologiques et celles de l'imagerie cérébrale, fille dévoyée de la médecine expérimentale de Claude Bernard. Aujourd'hui, la plupart des médecines n'écoutent guère, ou pas du tout, les malades les consultant, demandent un bilan biologique et d'imagerie corporelle, et commencent à réfléchir à partir de ce bilan. En quoi consiste la méthode comportementaliste ? La méthode comportementaliste En psychiatrie L'objectivité est de reconnaître que chacun de ces courants de pensée a apporté des éléments de compréhension des maladies mentales, et qu'aucun d'entre eux n'apporte un système d'explication exhaustif. Malheureusement, " homo homini lupus ", beaucoup des tenants de chacune de ces perspectives se sont enfermés dans une illusion communautaire de toute puissance, avec le rejet sarcastique des autres perspectives. Cause et sens Dans cette perspective biologique, nous connaissons des maladies qui relèvent de causes objectives : la paralysie générale, le mal des ardents, les névroses post traumatiques, les troubles de la conscience par intoxication, etc. A côté des causes objectives, on sait depuis longtemps qu'il existe aussi des troubles mentaux en rapport avec la pensée. La première observation connue est probablement le cas du fils d'un grand personnage de Boukhara, décrit par Avicenne autour de l'an mille. Ce jeune homme se mourait de langueur en raison d'un amour impossible qu'Avicenne sut découvrir ... et rendre possible. Depuis longtemps, nous savons que la pensée est souvent perturbée par la signification que prennent certaines situations, voire par des interprétations fausses de certaines situations. Freud a mis en évidence l'importance de l'inconscient dynamique et des conflits intrapsychiques. Il a construit une théorie des processus dynamiques inconscients, montré l'importance des processus de glissements sémiotiques (métaphores, métonymies et autres tropes) dans la pensée normale et pathologique, et montré l'importance de l'histoire du malade. Il a donné du symptôme névrotique une interprétation en terme de glissements sémiotiques affectant des conflits intrapsychiques. De leur côté, les phénoménologues ont insisté sur le fait que nous n'avons aucune connaissance directe du monde et de nous même, que nous en avons seulement des représentations construite par notre pensée. Ils ont aussi montré comment les représentations mentales pouvaient être perturbées dans les troubles mentaux. Ainsi, pour ce qui concerne la pensée, nous sommes aujourd'hui tout à fait certains qu'elle procède de l'activité des cellules nerveuses du Système Nerveux Central, mais nous ignorons totalement comment les échanges électrochimiques entre cellules nerveuses se transforment en pensée : c'est le problème qu'il y a 250 ans Schopenhauer nommait " le nud du monde ". (En revanche, nous savons comment l'influx nerveux produit la contraction musculaire au niveau de la plaque nerveuse, ou comment sont contrôlées les sécrétions endocrines) Dans les différentes disciplines médicales, trouver la cause des symptômes permet de comprendre la maladie et de la soigner. En même temps, pour le malade, les symptômes peuvent avoir un sens " a posteriori " : la malchance, la faute, l'imitation, le destin, etc. La médecin psycho-somatique nous a appris aussi que les symptômes, parfois, pouvaient avoir un sens " a priori " : un chagrin, une forte préoccupation, un malaise existentiel, un conflit impossible à élaborer, etc. En psychiatrie, il est exceptionnel que les symptômes aient une
cause biologique, et habituel qu'ils aient un sens a priori. La clinique
des névroses le met bien en évidence, comme celle des états
limites : un évènement passé est représenté
par la symptomatologie. Pour les psychoses, il semble exister des causes
favorisantes, comme des particularités biologiques héréditaires,
ou infectieuses comme dans la Paralysie Générale, et des
facteurs déclenchant, prenant pour le sujet un sens personnel.
Autrement dit, certains symptômes ou certaines maladies mentales
procèdent non pas d'un désordre biologique, mais d'une particularité
de la pensée du malade.
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last modified: 2006-08-30 |