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LE SILENCE EN PSYCHOTHÉRAPIE DE GROUPE: L'OMBRE D'UNE RÈGLE*

Luc MICHEL

Introduction

Adalbert Von Chamisso est l'auteur d'une nouvelle intitulée " La merveilleuse histoire de Pierre Schlemihls " (4). Cette histoire raconte la destinée d'un jeune homme qui, invité à une fête, y rencontre un étrange personnage. Celui?ci lui fait remarquer qu'il a une fort belle ombre et lui propose un étrange marché: il désirerait lui échanger son ombre, fort belle, contre un sac dont on peut retirer des pièces d'or àvolonté. Pour Peter Schlemihls, étonné, se profile soudain la richesse, et le pouvoir en échange duquel il devrait donner son ombre. Le jeune homme n'hésite guère et conclut le marché. Le mystérieux personnage, une fois le pacte scellé, sort une paire de ciseaux et découpe fort adroitement l'ombre qu'il enroule comme un tapis et fait disparaîÎtre dans sa besace. Peter Schlemihls se rend alors en ville et sur le chemin du retour croise des bourgeois qui lui font rapidement des remarques: tu as perdu ton ombre! Et lui, de plus en plus gêné, commence à se cacher, se sentant un paria. Dès lors, l'histoire se développe où, bien que riche, le héros est de plus en plus isolé. L'absence de son ombre le rend suspect, différent des autres et le groupe l'exclut. Il va aller ainsi de malheur en malheur, affectîvement abandonné et se met à rechercher cet étrange personnage qu'il finit par retrouver. Cet étrange personnage lui propose alors de lui rendre son ombre en échange d'une signature où Peter lègue son âme à sa mort.

Cette histoire nous laisse voir tous les aspects de la solidarité humaine, du sentiment d'appartenance à un groupe, symbolisé par l'ombre. Ce récit nous questionne aussi sur les attributs nécessaires à l'individu pour être accepté par le groupe et reconnu par ce dernier.

Mais comme thérapeutes, ne sommes-nous pas confrontés à des désirs proches de ceux de ce héros? Nos patients ne viennent-ils pas nous voir dans l'espoir d'un tel type de marché? Ne nous disent-ils pas: faites que tout aille bien, que je sois libéré de toutes mes zones d'ombre, que je puisse ainsi être parfait, riche, à l'aise? Comme nous ne sommes pas le diable, plutôt que d'adhérer à ce marché, nous n'allons pas ôter toutes les zones d'ombre mais plutôt essayer de les faire intégrer, accepter, voire apprécier pour tout ce qu'elles peuvent apporter à l'individu: après tout, ce n'est que ce qui a du volume et de l'épaisseur qui peut produire une ombre!
Ce qui nous paraît essentiel dans notre approche d'analystes de groupe est l'intérêt que nous portons à l'ombre, pour ce qu'elle recèle et pour ses significations.
C'est ainsi que lorsque nous examinons les règles qui président à l'instauration du cadre d'une psychothérapie de groupe, nous pouvons nous attacher à considérer certaines zones d'ombre qui vont justement parfois être les lieux déterminants pour le processus thérapeutique.

Les règles du groupe

En débutant une psychothérapie de groupe, comme d'ailleurs toute autre psychothérapie, nous formulons des règles afin d'y établir une cohérence. Ces règles vont nous définir un espace, un cadre, dans lequel va pouvoir se développer le processus et permettre au thérapeute d'y donner une signification. La règle est, selon une définition du Petit Robert: " ce qui est adopté ou imposé comme ligne directrice de conduite, formule qui indique ce qui doit être fait dans un cas déterminé. " Tout groupe social, toute culture comprend ses règles, à la fois communes et propres. Mais poser des règles, c'est les substituer à d'autres et, en définissant un cadre psychothérapique, nous introduisons par rapport aux règles habituelles un " dérèglement ". En effet, la pose de règles propres au groupe analytique implique un changement du cadre des règles implicites du consensus social. Ce décalage doit nous permettre l'émergence du monde préconscient, voire inconscient.

Ces règles définissant une psychothérapie de groupe seront d'ordre divers: certaines définiront l'aménagement proprement dit des séances: durée fixe, horaire, mode de paiement. D'autres définiront plus particulièrement les rapports entre les individus: règle fondamentale de libre discours, règle de restitution, règle de discrétion, etc.
Il nous paraît intéressant de nous arrêter plus particulièrement sur deux types de règles: la règle fondamentale et la règle de restitution. Ces deux règles sont en effet d'essence différente: la première, règle fondamentale, est une règle non partagée par le thérapeute qui l'édicte, alors que la deuxième, règle de restitution, est beaucoup plus partagée.

La règle fondamentale

Lorsque nous débutons un groupe, l'une des règles que nous formulons dérive de la règle fondamentale du modèle analytique: " Dites autant que possible ce qui vous vient à l'esprit. " Nous l'exprimons souvent dans le groupe de la façon suivante: " Parler de la façon la plus libre possible. " Le dire par l'intermédiaire du langage est ce que nous désignons comme moyen ou véhicule du traitement. Le silence s'inscrit alors en contrepoint. Souvent, nous avons précisé dans les entretiens préliminaires que c'est une thérapie par la parole. Or, ce que nous sous-entendons par une telle proposition est en quelque sorte que le verbe guérit. En outre, par l'énoncé de cette règle va être séparé un temps de parole et un temps de non-parole. Au début, tout au moins, ce temps de non-parole est ressenti par les membres d'un groupe souvent comme un vide, un creux, inutile à la progression du groupe: le silence est vécu à ce stade comme le négatif de la parole dépourvu de qualité (2). Mais en proposant cette règle, nous savons qu'elle ne peut pas être suivie car elle entraînerait une cacophonie si effectivement chacun l'appliquait au pied de la lettre: l'énoncé de cette règle à l'apparence permissive donne en fait accès àce qui est plus primaire, archaïque, affectif. Or, ce mouvement régressif induit va en opposition avec une position plus secondarisée qui serait au début un désir finalement " d'aller mieux " en se débarrassant justement de " cette ombre " que l'on ressent comme gênante et inutile. C'est dans le silence, l'absence de parole qu'émergera le monde fantasmatique qui dans un premier temps est rejeté. D'où cette anxiété, angoisse qui teinte régulièrement les premières séances de groupe. On tente de s'en éloigner en " secondarisant " dans des interpellations du type: " On perd son temps, on n'avance pas si on ne parle pas ": des expressions qui traduisent un désir de s'éloigner de cette ombre inutile, vécue comme un creux. Le thérapeute est alors interpellé pour qu'il comble ce " creux ". Or, il n'y répond pas par la parole, mais souvent par le silence. Et s'il répond par la parole, ce n'est pas un discours qui comble ce creux, mais plutôt qui l'éclaire.

Nous pourrions dire que c'est la confusion entre la parole et le dire qui va se maintenir souvent pendant longtemps. La règle fondamentale est ainsi détournée au profit d'une utilisation résistancielle: il faut parler. Parler pour remplir et éviter ce qui serait alors à dire, soit un verbe plus lié à son vécu intérieur. C'est ainsi que, par exemple, lors d'une première séance de groupe, il est fréquent de voir un des participants prendre la parole, se présenter puis relancer les autres. Or, souvent il s'avère par la suite que ce participant était particulièrement anxieux, voire angoissé devant cet espace créé par le silence inaugural. Il le ferme rapidement par une parole, mais qui l'éloigne du dire, qui serait alors d'exprimer plutôt un sentiment d'angoisse par exemple. Cette confusion entre la parole et le dire est d'ailleurs partagée, en tous cas au début d'un groupe, par l'ensemble des participants.

Le thérapeute de groupe, par son silence, donne pratiquement toujours l'impression qu'il ne répond pas assez. Face au discours manifeste des membres, qui demandent une réponse à ce niveau, cherchant à rentrer dans une interaction, le thérapeute doit sans cesse rester le gardien du processus analytique en n'intervenant que sur le discours latent, discours de l'ombre. Si la règle fondamentale est une règle de parole, elle ne s'applique pas au thérapeute: le silence ou la retenue en tous cas silencieuse de l'analyste est en contrepoint de cette règle. C'est somme toute une sorte de règle implicite non dite, ou plutôt que le thérapeute se dit à soi-même: à l'invitation d'un discours le plus libre possible, nous prenons une position de retenue, de neutralité, qui correspond à un silence. C'est ce silence, cette ombre qui va permettre au groupe de projeter ses fantasmes. Nous induisons ainsi un décalage par rapport aux règles habituelles, qui va permettre justement l'émergence du monde préconscient, voire inconscient. Nous répondons somme toute, selon les règles habituelles du langage, toujours un peu à côté. Et cet écart ainsi créé, cette tension est le moteur du processus. Pour reprendre notre exemple de Peter Schlemihls, c'est comme si, au moment où le groupe nous demande quelque chose en nous regardant droit dans les yeux, nous nous adressions à lui en le fixant un peu de côté, commentant un aspect qui serait à l'ombre de son propos.

Exemple

Dans un groupe qui se réunit à raison d'une fois par semaine depuis plus d'une année, le thérapeute doit annuler une séance en raison d'une maladie soudaine. Il essaie de joindre au dernier moment plusieurs participants en leur signalant que la séance n'aura pas lieu. Comme le thérapeute est pratiquement aphone, la raison de la suppression de la séance est assez claire aux membres. Plusieurs participants ne peuvent être atteints et c'est à leur arrivée à la séance qu'ils découvrent un panneau leur indiquant que la séance n'a pas lieu. A la séance suivante, l'un des participants demande dès le début si le thérapeute va mieux, et s'il s'est bien soigné. Un autre membre demande si les autres sont aussi venus et les participants discutent pour savoir qui a été averti, qui n'a pas été averti. Après un petit silence, l'un des hommes se tourne vers le thérapeute et lui demande s'il va les payer. Ce propos fait rire les autres. S'enhardissant, il ajoute qu'effectivement, il y a peu de temps, il avait la grippe et avait dû rester au lit et, bien qu'ayant téléphoné pour s'excuser, il avait dû payer sa séance manquée. Plusieurs participants renchérissent, trouvant décidément ces règles injustes, certains membres en arrivant à prôner la révolution, d'autres se ralliant plutôt à une position où il faut les accepter, même si on n'est pas d'accord. C'est d'ailleurs, certains le soulignent, comme les vacances qu'on prend en dehors de celles du groupe, pourquoi doit-on payer des séances manquées? Après un certain laps de temps, le thérapeute, quelque peu inquiet de cette agressivité qu'il sent flotter, intervient, en disant tout d'abord qu'il ne facturerait pas cette séance. Cela suscite quelques murmures puisque les participants étaient en train de lui demander s'il allait les payer et que le thérapeute répondait qu'ils n'avaient pas à le payer. C'est donc une réponse un peu à côté. Poursuivant, le thérapeute ajoute: " J'ai le sentiment que le groupe me demande réparation pour ne pas avoir été celui qui édicte des règles et qui est irréprochable, sans défaillance. " Une participante intervient alors en disant: " C'est vrai ", elle est venue ici et s'est trouvée en colère devant l'absence de séance alors qu'il y avait des choses à dire. Son père est à l'hôpital, elle ne veut pas aller le voir. La séance s'orientera alors sur cette problématique du père fort?faible ou défaillant, matériel qui émerge en écho à la défaillance, à l'absence du thérapeute. Mais nous croyons que c'est aussi sa réponse " un peu à côté " qui est somme toute le propre de l'interprétation, qui ouvre un champ associatif qui reste sinon dans l'ombre. Théodore Reik écrit: " L'analyste n'entend pas seulement ce qui se trouve dans les mots. Il entend aussi ce que les mots ne disent pas. Il écoute avec la " troisième oreille ", entendant ce que dit le patient et ses propres voix intérieures, ce qui surgit de ses profondeurs inconscientes. Mahler fit un jour cette réflexion: " En musique, le plus important ne se trouve pas dans la partition. " Il en va de même pour la psychanalyse, ce qui est dit n'est pas le plus important. Il nous semble bien plus important de détecter ce que cache le discours et ce que révèle le silence. " (3)

Ecouter le Chant du silence parce que dans cette partition que constitue une séance, l'entrelacement des temps de la parole et des zones de silence, qui sont aussi bien d'ailleurs à l'origine des premiers que des derniers, la fin, vont souvent nous donner les points de changement, de tension, de détente. Un ami musicien nous faisait remarquer un silence qui se trouve dans le deuxième mouvement de la IXe symphonie de Schubert. Il y a un long crescendo où s'entremêlent plusieurs thèmes qui finissent en quelque sorte par l'explosion d'un silence d'où réémerge un autre thème. Ce qui est fascinant, c'est la variété d'interprétation de ce silence suivant les chefs d'orchestre. Ainsi, chez Karajan par exemple, il n'est même pas d'une seconde. À l'autre extrême, chez Furtwengler il dure près de cinq secondes. Quelle différence d'intensité: quelle émotion quand un orchestre symphonique reste silencieux, suspendu pendant un tel temps!

Dans le groupe, si les notes sont le langage, la parole en est le rythme. Le silence la ponctue. Si le temps de parole est plus au service d'un " Moi groupal plus structuré ", le silence nous paraît plus empreint, en tous cas laissant plus de place au " ça " groupal, l'inconscient groupal. C'est d'ailleurs souvent dans ce silence, que le thérapeute peut laisser monter une émotion et de là, en la perlaborant, aboutir à une interprétation: c'est presque une règle, c'est du silence que naît la parole du thérapeute. Selon notre expérience personnelle nous n'intervenons pas pendant que les membres du groupe parlent. Nous attendons un silence, espace qui nous permet d'intervenir.

La règle de restitution

Si la règle fondamentale est une règle non partagée par le thérapeute, la règle de restitution nous paraît d'une autre essence. C'est une règle qui touche aussi bien les membres du groupe que le thérapeute. Certains thérapeutes ne lénoncent pas. Pour notre part, nous la croyons utile. Nous la verbalisons ainsi: " Je suis thérapeute du groupe et je ne vois en principe pas les gens en entretien individuel. "Ceci veut dire que nous renvoyons tout au groupe. Le pendant pour les membres du groupe s'énonce de la manière suivante: " Il est souhaitable que les participants ne se rencontrent pas en dehors des séances et si tel est le cas, il est souhaitable d'en parler, car c'est un matériel qui appartient au groupe. " L'énoncé de cette règle permet de transformer des défenses de l'ordre, par exemple, d'une tentative d'établissement de relations duelles en résistance au processus de groupe. Anzieu suggère que cette règle ne soit pas énoncée mais qu'elle découle implicitement (1). Nous imaginons qu'en cession résidentielle (CEFFRAP), ceci est effectivement le cas, mais dans un groupe thérapeutique, l'expliciter clairement, c'est dire que dans le groupe on ne ferme pas la porte pour s'isoler à deux dans une relation privilégiée. Cette restitution symétrique où l'analyste de groupe s'y soumet comme les membres du groupe est bien sûr plus simple dans les cas de groupe conduit en monothérapie. Dans les cas de cothérapie, il est clair que ce que vont discuter les cothérapeutes entre les séances ne va pas être forcément rapporté. Cette non-restitution joue certainement un grand rôle dans la dynamique du groupe conduit en cothérapie.

Toute règle offre bien entendu son occasion de transgression. Ce n'est pas rare que des participants d'un groupe se rencontrent, soit par hasard, soit intentionnellement. Et c'est souvent bien plus tard que ce type d'événement est restitué. Là aussi, le silence est ici entre quelques-uns porteur d'une complicité marquée du sceau de l'interdit. C'est d'ailleurs frappant comme cette règle revient souvent en discussion à l'occasion des séances sous une forme beaucoup plus interdictrice que celle formulée par le thérapeute. Du souhaitable du thérapeute, on passe à l'interdit entendu par les patients. Ce silence entre l'acting et la restitution au groupe peut être alors l'amorce d'associations sur, suivant le stade où se trouve le groupe, du désir d'être en dehors de la mère, qui contrôle tout ou des parents, ou cela peut être également de l'ordre de la rivalité.

Exemple

Dans un groupe mixte, dans la deuxième séance après le retour de vacances, le groupe émettait des remarques sur le corps médical. Celui-ci est critiqué à la suite d'exemples donnés par plusieurs participants pour être avare d'informations, garder tout pour lui alors qu'il sait. Ceci amène le thérapeute à relier au hic et nunc en pensant que le groupe a peut-être le sentiment que le thérapeute ici garde tout pour lui, qu'il ne donne pas assez. Une femme du groupe parle alors de ses vacances en disant: " Ah oui, à propos, j'ai vu un des hommes du groupe qui m'a donné un petit chaton, comme d'ailleurs, s'empresse-t-elle d'ajouter, l'une des autres participantes qui elle aussi a reçu son petit chaton. "

Dans cet exemple, c'est l'émergence soudaine d'un " dit " qui met à découvert une position probablement de rivalité où l'un des hommes du groupe se montre beaucoup plus donnant que le thérapeute. C'est probablement ce désir sous-jacent, culpabilisant qui amène une participation à la restitution. Il s'agit bien entendu d'une explication parcellaire, nous savons cette difficulté que nous avons à choisir le niveau de lecture d'une séquence.

Mais pourquoi une restitution survient-elle avec un décalage plus ou moins long? Comme une pièce d'un puzzle qui trouverait à ce moment sa place; je parle de place à dessein car le signaler est une chose, mais en comprendre le sens en est une autre. Et pour quelques restitutions au cours de l'histoire d'un groupe, combien de non-restitutions? Toute cette masse d'agir qui servent souvent de pare-excitation à l'émergence d'un fantasme qui court dans l'inconscient groupal: discours de l'ombre une fois de plus dont la seule perception au niveau du thérapeute de groupe est un sentiment de malaise, de quelque chose qui nous échappe. Anzieu note: " Dans un groupe qui ne marche pas, il y a toujours un fantasme tu. " (1) Nous ajouterons " tu ou agi ". Mais au moment où cet agir peut prendre place, dans l'après-coup, il y perd de sa force: une fois reconnu, il est en quelque sorte délimité. Alors que non-dit, silencieux, il est là diffus dans l'ombre influençant le discours manifeste par derrière.

Conclusions

À une demande formulée par un patient, nous répondons par la proposition d'un traitement dans un groupe et par le groupe: un lieu où nous définissons de nouvelles règles. Par ce dispositif, nous nous offrons un cadre qui nous permettra d'approcher un peu plus ce qui se joue dans l'ombre, émergence de ce qui est plus primaire, inconscient.

Mais l'émergence de cet inconscient, des affects, se fait souvent dans le silence. C'est là qu'il faudra aller souvent rechercher les prémisses aux mouvements pulsionnels. Je pense par exemple à tout ce qui touche l'agressivité dans un groupe et qui y émerge finalement sous la forme de longs silences, vécus habituellement dans l'ennui. Dans de tels cas, ce n'est pas tant le discours qu'il faut interroger mais bien l'affect enfoui qui est à démasquer. Ecouter le chant du silence, pour en restituer dans un deuxième temps un sens. Mais ceci ne peut se faire qu'après que le groupe ait atteint un stade où le silence n'y est plus vécu comme un creux, un vide, inutile mais comme un espace où peut monter, émerger le monde intra-psychique. Nous nous retrouvons bien au passage d'un monde sans ombre réelle, à deux dimensions, à un monde à trois dimensions, où le jeu des ombres est si important.

Bibliographie
1. Anzieu D. (1984): Le groupe et l'inconscient, Dunod, Paris.
2. Michel L.: Silence dans le groupe: rencontre ou aliénation. Revue Psychothérapie de groupe, à paraître.
100
3. Reik Th. (1976): Écouter avec la troisième oreille, ÉPI, Paris, p. 117-121.
4. Von Chamisso A. (1908): Peter Schlemihls wundersame Geschichte, Hans von Weber, München.

* Texte d'après l'exposé fait à la 6ième encontre de l'Association romande pour la Psychothérapie analytique de Groupe, Genève, 2/3 décembre 1989.

L'exposé de ce texte a été publié dans AGORA, Bulletin de la Société Luxembourgeoise de Psychiatrie, Neurologie et Psychothérapie, numéro IV, automne 99, pp. 95-101.
Nous remercion de la Société Luxembourgeoise de Psychiatrie, Neurologie et Psychothérapie de nous autoriser la reprise de cet article sur le site du GERCPEA.

 

 
 


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last modified: 2004-05-02