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Les origines complexes de l'objet sexuel adulte

James Innes-Smith

Pour le mouvement féministe, désigner une femme comme objet sexuel est la pire insulte, à juste titre bien sûr, si on s'arrête là. Sartre nous a alerté du danger d'éliminer la subjectivité en réduisant le monde, avec l'homme dedans, à un 'système d'objets'. Mais le 'roc biologique' existe toujours et l'avenir de l'humanité dépend de la procréation qui nécessite un homme et une femme. Chacun est un objet sexuel pour l'autre. Est-ce que ça veut dire que l'objet sexuel dans la vie adulte est purement et simplement le stimulant d'un désir sexuel, le but d'une pulsion sexuelle et le moyen d'assurer l'évolution de l'espèce humaine ? Qu'est-ce que Roméo cherchait, quand il dit: "Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil. Lève-toi, beau soleil, et tue la lune envieuse déjà malade et pâle de chagrin que toi, sa servante, tu sois plus belle qu'elle" ? En plus, notre expérience clinique et les faits divers quotidiens nous montrent inlassablement que l'être humain, à la différence des animaux, ne cherche pas toujours des rapports sexuels avec le but de procréation et souvent l'objet désiré n'offre aucune possibilité de reproduction. L'irruption de la violence et de l'agressivité dans un contexte sexuel est aussi chose courante "à l'opposé de la sexualité humanisée qui implique la reconnaissance de l'autre et l'échange de deux imaginaires en même temps que celui des corps" (Kraus 1997).

Aucun système d'explications purement biologique ne peut éclaircir ce qui est évident, que l'expression des pulsions sexuelles chez l'adulte ne l'amène pas nécessairement tout droit à un partenaire du sexe opposé, réalisation d'un but de procréation où l'évolution de l'espèce s'actualise. La constance de la poussée de la pulsion sexuelle dans les êtres humains les différencie des autres espèces et elle fait de la sexualité, comme Winnicott (1988) l'a souligné, un puissant facteur d'élaboration imaginative. On trouve donc que les adultes arrivent par des cheminements divers à ne pas chercher des relations sexuelles qu'avec les individus du sexe opposé, mais avec ceux du même sexe, avec des enfants, même leurs propres enfants, avec des animaux, des souliers à hauts talons, des cadavres ou des poupées gonflées. On peut se demander comment réconcilier cette multiplicité d'objets avec la conclusion faite par Freud en 1915 : "L'objet est ce en quoi et par quoi la pulsion peut atteindre son but...". Evidemment, on doit essayer de cerner les origines de ces objets, qui nous amènent, suivant les pas de Freud lui-même, à la petite enfance.

La modèle de l'esprit que Bion (1962) nous a donné suggère que l'enfant est né avec une histoire et qu'il a en lui-même et en relation avec son environnement certaines prédispositions, certaines capacités et certaines tolérances qui le différencient des autres. Winnicott (1988) est arrivé à la même conclusion, en discutant la différence entre les besoins émotionnels des enfants nés à terme et les prématurés. Des recherches récentes sur la vie inter-utérine et sur les aptitudes du nouveau-né ont tendance à soutenir ces hypothèses. Les observations des nourrissons nous ont révélées que dès ses premiers jours, l'être humain est à la recherche d'objets. Les premières explorations de l'environnement extérieur, basés sur les besoins physiques, s'organisent, dans les expériences mère-enfant les plus précoces, dans un contexte premièrement oral, en s'orientant vers le sein et plus tard vers la mère. Les observations récentes de Frances Tustin (1975-86) sur les jeunes enfants autistiques me semblent bien éclairer cette période critique. Avant le stade symbiotique que Margaret Mahler a suggéré, l'enfant passe, selon Tustin, par un stade particulier qui a les caractéristiques d'une auto-sensorialité relativement non-différenciée. L'enfant a une propension à la formation de "formes" primaires, qui sont des formations vagues de sensations associées au toucher des matières corporelles molles. Déjà il existe un conflit entre deux mouvements opposés, le premier vers la recherche d'un objet extérieur et le second vers la prolongation de l'auto-sensorialité. C'est à ce moment-ci qu'un deuxième facteur entre en jeu, la nécessité, suggérée par Winnicott, d'un environnement facilitant'. Par l'intermédiaire de celui-ci, l'expérience du bébé qui est au début inséparable du fonctionnement du corps, n'est plus limitée aux sensations corporelles mais devient centrée sur le corps et la mère vécue comme "sensatio-objet" et inclut une activité intérieure qui se développe autour d'un sens naissant du soi et ses relations au monde extérieur. C'est précisément dans cette phase critique qu'on est en danger de perdre de vue l'interdépendance de ces deux schémas de référence, séparés mais entrecroisés, chacun indispensable pour comprendre la spécificité du développement humain, d'un côté celui des pulsions maintenant modifié par toute l'histoire déjà imprimée dans le corps et de l'autre celui de l'objet.

Ce qui est néanmoins évident est que dès la naissance le caractère urgent et incessant de cette quête d'objet nous signale sans équivoque que nous ne pouvons pas nous débarrasser des pulsions. Même si, dans la clinique, comme dans la vie quotidienne, on n'est jamais en face des pulsions, on voit leur reflet dans l'activité du sujet par rapport à ses objets, qui sont, selon Green, les révélateurs des pulsions. L'objet seul, selon lui, 'fut-il internalisé, ne peut pourvoir à l'entretien énergétique du système de relations. La pulsion est le seul concept capable d'éclairer le dynamisme transformationnel qui caractérise le psychique". En critiquant certains aspects de la théorie des pulsions de Freud, Fairbairn (1952) a lancé ce dicton devenu notoire : "La libido cherche des objets" qui a malheureusement instauré une tendance à surévaluer le rôle de l'objet et de minimiser celui des pulsions dans la théorisation psychanalytique. De façon analogue, il y a eu une certaine "désexualisation" de la psychanalyse ce qui est paradoxalement en contradiction avec les changements importants dans les aspects sociaux de la sexualité et sa présence très visible dans la vie quotidienne. Dans mes réflexions aujourd'hui je propose d'essayer de rétablir l'équilibre, en donnant tant au pulsions et particulièrement la pulsion sexuelle, tant aux mécanismes de relation d'objet que nous avons acquis pendant l'enfance précoce leur juste place dans la recherche et la création des objets de la vie adulte.

Revenons à Freud, qui dans "I'Esquisse d'une psychologie scientifique" (1895), a essayé d'établir une psychologie sur la même base matérialiste que les autres sciences naturelles et pour qui en conséquence le concept de pulsion avait toujours une qualité quasi physiologique, exerçant une force sur l'esprit d'une manière mécaniste. Quand il a commencé à réfléchir sur les symptômes hystériques, il a d'abord désigné leur étiologie sexuelle, ensuite il a fait le lien entre l'enfance et la vie adulte dans son travail sur la fonction du rêve, et finalement il a découvert la sexualité infantile, qui a servi de base àses théories du développement de la libido et du Complexe d'Oedipe. Dans son introduction au sujet de la névrose infantile, Vidit (1996) nous a rappelé la boutade de Freud (1909) par rapport au petit Hans qui montrait depuis un bas âge un intérêt égal aux petits garçons et aux petites filles : "Notre petit Hans", dit-il, "semble être vraiment un modèle de toutes les perversités". Cette remarque souligne que pour Freud la sexualité était une partie de la vie depuis presque le début et qu'on doit chercher dans l'enfance les origines des objets sexuels de la vie adulte. Elle fait référence aussi, à la nature polymorphe et perverse de la sexualité infantile, et elle constate que tout objet sexuel adulte autre qu'une personne du sexe opposé, produit de la 'résolution' du Complexe d'Oedipe est "pervers', en vertu de sa déviation de la normale. L'étiquette &pervers' avec ses connotations religieuses, morales et sociales, obstrue un peu la recherche des explications purement psychanalytique du choix de l'objet sexuel et perpétue une fiction de 'normalité', incompatible avec notre expérience clinique qui nous fait voir que mêmes les relations hétérosexuelles durables ne sont pas homogènes et qu'elles contiennent diverses pratiques et attitudes difficiles à réduire à une norme.

Dans son compte rendu du travail avec le petit Hans, Freud a fait allusion aux origines développementales du choix d'objet. Il dit (1914) que Hans "a obtenu plaisir de ses zones érogènes avec l'aide de la personne qui le soignait, sa mère en fait. Déjà le plaisir à montré le chemin vers le choix d'objet". Cinq ans plus tard, dans son article sur le narcissisme où il a beaucoup élargi ses réflexions sur les pulsions, ouvrant le chemin àune théorie de structure et de relation d'objet, il constate à nouveau que les enfants " ... tirent leurs objets sexuels de leurs expériences de satisfaction". En 1926, il était formel : "des situations répétées de satisfaction ont créé un objet à partir de la mère". Ce n'est pas, donc, tout à fait inattendu de trouver à partir de 1920, que la notion d'un 'but' largement défini par la pulsion est devenue plus vague et plus abstraite. En parlant de pulsions de vie (1920) et finalement (1940) en mettant sur pied d'égalité la pulsion d'amour (Eros) et pulsion de vie à l'opposé de la pulsion de mort (Thanatos) il fait un glissement sémantique léger mais significatif : il ne parle plus de pulsion sexuelle mais de fonction sexuelle. Je reviendrai plus tard à cette grande innovation dans la pensée du fondateur de la psychanalyse, que Green (1997) très récemment a amplement commentée.

La notion d'objet, en termes psychanalytiques, a beaucoup changé depuis Freud, mais a montré une capacité remarquable de survivre, malgré toutes les vicissitudes qu'elle a subies et les différentes significations qui lui étaient attribuées par divers auteurs. Selon Diatkine (1992) "Dans les différents courants qui ont marqué l'évolution de la psychanalyse depuis le début du siècle, le concept d'objet a pris du poids. Il est passé du rôle de support contingent au jeu pulsionnel à celui d'organisateur de la vie psychique, tandis que le statut de la pulsion devenait le plus incertain, tant en ce qui concernait sa source que son but". L'oeuvre de Mélanie Klein, s'appuyant sur son application de la méthode psychanalytique aux enfants, malgré sa valeur indiscutable, a donné une orientation différente à la théorie freudienne de la sexualité plus vers l'oralité que vers la génitalité. "Avec Mélanie Klein" dit Green (1997) : "c'est la fille et la mère qui prennent la parole, s'opposant à la vision phallocentrique de Freud". La dissémination de ces idées a modifié la perspective de la place de la sexualité dans la théorie du développement psychique et en traçant la ligne droite entre l'expérience mère-enfant et la vie adulte, qui était tout à fait légitime, les rôles du père, du Complexe d'Oedipe et du symbole du phallus ont diminué. Les théories de Winnicott se situent entre Klein et Freud et en puisant dans sa grande expérience de pédiatre et d'analyste de psychotiques, il a prolongé et enrichi les conceptions de Freud, en maintenant leur vérité, comme Green a dit, non sans humour, 'sans tomber dans le piège de jeter le bébé avec l'eau du bain.' Suivant ses observations sur 'l'environnement facilitant,' il a parlé de la présentation et 'l'utilisation' de l'objet. Le sein n'est pas le seul objet présenté à l'enfant pendant le long trajet de sa naissance à l'adolescence.

Parce que la pensée de D.W. Winnicott constitue pour moi et bien d'autres la contribution la plus originale et fructueuse à la théorie psychanalytique depuis Freud, il est important de donner réponse tout de suite à la critique qu'il était le premier à suivre cette direction post-Kleinienne en minimisant l'importance de la sexualité et du père dans ses théories du développement précoce. On a souvent souligné son ambivalence par rapport à Freud, quoiqu'il ait dit lui-même à plusieurs reprises que Freud était la base de la psychanalyse et qu'une théorie des pulsions était essentielle. Dans certains de ses écrits posthumes (1988) il est entièrement formel : je cite : "Freud fit pour nous les choses les plus désagréables, il mit en évidence la réalité de l'inconscient et sa force, parvint à la douleur, à l'angoisse et au conflit qui est invariablement à la racine de la formation des symptômes et mit en avant, avec arrogance mais parce que c'était nécessaire, l'importance de la pulsion et de la signification de la sexualité infantile. Une théorie qui dénie ou court-circuite ces questions est une théorie qui ne sert à rien."

Evidemment, il y a certaines difficultés conceptuelles qui s'attachent à l'utilisation du terme 'objet psychanalytique'. Bion (1962) a suggéré que ces objets ont une existence particulière au sein de la psychanalyse qui leur donne une qualité spécifique de la même façon que les objets mathématiques d'Aristote n'appartiennent qu'aux mathématiques. Quoi qu'il en soit, la polysémie du mot 'objet' peut devenir source de confusion, un problème relevé par feu Frances Tustin (1981) quand elle nous a rappelé que l'objet perçu par l'observateur adulte n'est pas le même que celui vécu par l'enfant autistique. Pour le premier, il s'agit d'un soldat de plomb mais pour le second, d'un mélange de sensations corporelles associées à la présence de quelque chose de dur contre sa peau. Face à l'objet sexuel adulte avec ses multiples origines complexes, nous sommes devant le même problème. Un patient de Joyce McDougall (1989) a remarqué: "Je ne sais jamais si j'ai faim, je suis fâché, je suis angoissé ou j'ai envie d'un rapport sexuel - c'est à ce moment-là que je me mets à boire".

On ne sait jamais, face à un choix d'objet sexuel adulte dans quelles proportions les différents 'composants pulsionnels, objectaux, infantiles, adolescents sont présents. Freud lui-même a suggéré que dans tout acte sexuel il y a quatre participants si on rend compte de la bisexualité de chacun des participants, une assertion que Lacan a reprise dans un aphorisme un peu plus radical : "Il n'y a pas de rapport sexuel", sa manière de souligner l'énorme complexité de cette rencontre de deux personnes. Une classification de la population adulte selon l'apparence extérieure des partenaires sexuels a bien des limites. On parle de trouver, créer, utiliser, présenter, halluciner, représenter et se souvenir de l'objet avec tout ce que ceci implique par rapport au sujet, aux différents modes de son fonctionnement mental et aux différents niveaux de son développement psychique. La complexité de notre psychisme impose la complexité de nos objets.

Avec cette mise en garde contre le danger d'une catégorisation trop simpliste, on peut diviser les objets sexuels adultes en deux catégories: ceux qui ont le caractère d'objet total et ceux qui ont le caractère d'un objet partiel. Dans le premier groupe il y a deux formes de relations qui demandent la participation de deux adultes, hétérosexuelles et homosexuelles. Le couple hétérosexuel a reçu le cachet de normalité avec l'appui de certains groupes et secteurs de la grande majorité des sociétés dans l'histoire humaine. L'autre, la recherche d'un partenaire du même sexe, a eu beaucoup de vicissitudes suivant les coutumes ou les cultures, de la tolérance partielle en Grèce ancienne à l'interdiction et la persécution. D'emblée, on doit souligner que, en plus des motivations inconscientes, le choix d'un partenaire du même sexe peut être tout à fait conscient et raisonné pour diverses raisons sociales ou environnementales. Freud, par exemple, était plutôt tolérant de l'homosexualité masculine, malgré quelques ambiguïtés, estimant que parmi toutes les anomalies du comportement sexuel, elle était la plus proche de la normalité à cause de la bisexualité innée de l'être humain. Suivant Ferenczi, il a différencié entre homoérotisme subjectif et objectif, le premier concernant l'identité sexuelle du sujet, le second son choix d'objet. Il a fait le lien avec certains aspects de la perversion polymorphe de l'enfant, partie du développement normal : c'est la persistance de ces fixations dans la vie adulte qui était anormale. En 1905 il a suggéré une prédominance de mécanismes archaïques et primitifs dans l'homosexualité mais de plus en plus il a souligné l'importance de la résolution du complexe d'Oedipe et de l'angoisse de castration dans son évolution. Mais il y avait toujours dans sa pensée la persistance de la possibilité d'une explication chimique ou biologique assurant la 'soudure' de la pulsion et de l'objet dans le cas normal et ses réflexions sur l'homosexualité féminine étaient limitées par son incapacité avouée de résoudre certaines questions sur la féminité elle-même. La théorie kleinienne a mis l'accent sur les fantasmes oraux cannibaliques pré-oedipiens dans la genèse de l'homosexualité et d'une manière qui était tout à fait cohérente avec l'essai de formuler un modèle de développement qui s'appuyait sur un système de structure dynamique, Fairbaim (1946) a écrit que l'homosexualité n'est pas l'expression perverse d'une personnalité normale, mais l'expression normale d'une personnalité qui est devenue perverse dans sa structure essentielle. Il utilise le mot 'perverse' pour désigner une persistance de modèles infantiles de la sexualité, pas en termes de déviation d'une norme adulte.

Une autre catégorie de relation sexuelle entre deux personnes qui peut être homosexuelle ou hétérosexuelle est celle entre un adulte et un enfant, sujet préoccupant dans les circonstances tristes et épouvantables de notre histoire récente. Dans l'effort de classifier une telle relation, nous sommes à nouveau devant le danger de tomber dans l'erreur de mettre trop de choses différentes dans le même sac. Dans la grande majorité des cas, c'est l'adulte seul qui fait le choix et l'impose sur l'enfant souvent d'une manière agressive et violente. Mais, évidemment l'organisation psychique d'un homme qui cherche des relations sexuelles avec des adolescents n'est pas la même que celle d'un tueur de fillettes où d'un violeur de bébés. Pour le premier, l'article de Freud sur Léonard de Vinci (1910) offre des hypothèses convaincantes concernant l'amour refoulé pour la mère, réactivé et déplacé dans les relations avec de jeunes garçons dans lesquelles il y a un renversement des rôles de mère et enfant. Mais plusieurs auteurs proposent une différenciation claire entre les diverses formes l'homosexualité d'origine oedipienne et celle d'origine préoedipienne. Un individu dans cette dernière catégorie, selon Socarides (1982) par exemple, n'a pas réussi à traverser la phase de séparation-individuation et il présente un manque de différenciation soi-objet concomitante. Il manifeste une perte des limites du Moi, une peur d'engouffrement et un sentiment de fragmentation. Il est évident que ce groupe inclut plusieurs variations de pathologies très graves au delà d'un choix de comportement sexuel et j'hésite moi-même de le qualifier spécifiquement d'homosexuel. Ce n'est pas rare pour les gens dans cette catégorie de pratiquer d'autres activités sexuelles avec les hommes, les femmes, les enfants ou en groupes. Agressivité et masochisme psychique se voient fréquemment et leurs relations sont presque toujours au niveau d'objet partiel. Plusieurs auteurs ont souligné que dans leur histoire on trouve qu'ils ont eux-mêmes soufferts d'épisodes de violence, d'abus sexuels ou de brutalité dans leur enfance. Le degré de sadisme et la cruauté souvent subie par les victimes de ces personnes, si bien décrit par Kraus dans son exposé sur le traumatisme, suggèrent une structure psychotique latente ou plus ou moins manifeste. lis ont tendance à nier complètement la souffrance de leurs victimes et manifestent une incapacité de différencier entre le jeu d'un enfant et la provocation sexuelle. Je propose que dans ces cas-là il n'y a aucune question d'une relation d'objet totale, parce que l'enfant avec sa sexualité polymorphe reste enfant et c'est le désir sexuel agi de l'adulte qui le convertit en objet partiel sexuel annexé.

Les autres formes de relation d'objet sexuel, par. exemple avec les animaux, les parties du corps sur un mode fétichiste ou les substituts d'êtres humains sont plus clairement le résultat d'une fixation pathologique quelque part sur le chemin du développement avant l'émergence du complexe d'Oedipe. Freud a introduit le terme "pré-oedipien" relativement tard (1931) mais le fait même qu'il l'a introduit nous rappelle que malgré sa ferme conviction que le complexe d'Oedipe était un des piliers de sa métapsychologie, un autre était le concept génétique, qui présuppose que les événements de l'enfance influencent irrévocablement et pour toujours la vie adulte. Le travail de Mélanie Klein avec les enfants s'est appuyé sur cette hypothèse et a tout de suite confirmé plusieurs spéculations que Freud avait déjà extrapolées de son travail avec les adultes concernant le développement de l'enfant. Quand elle a découvert que les phénomènes associés à l'émergence du Surmoi et la 'résolution' du complexe d'Oedipe étaient apparemment plus précoces que ceux suggérés par Freud, de nombreuses controverses stériles ont démarré par rapport à la 'datation' du complexe d'Oedipe ou la séquence précise de la prédomination des modèles différents de relation d'objet. Les expressions génital et pré-génital ont pris une plus grande importance. La difficulté qui se dévoilait est que toute notre expérience clinique nous apprend que le développement n'avance pas à une allure continue. Le travail de Mélanie Klein a suggéré que les états pré-génital et génital peuvent coexister et dans certaines conditions, et également à différents moments, l'un peut prédominer sur l'autre dans le fonctionnement psychique. Les premiers objets, selon elle, étaient les objets partiels qui deviendront plus tard les objets totaux. Elle a utilisé le terme 'objet partiel' dans deux sens différents : comme aspects partiels des personnes réelles (le sein, par exemple) ou comme perceptions de personnes ou de parties des personnes, distordues par la projection de la libido ou de l'agression. Ces choix d'objet sexuel bizarre ont leurs origines dans les fixations au niveau d'un tel objet partiel, les "ratés d'évolution", selon Green.

Plus tard Tustin (1986) nous a suggéré le terme "encapsulation autistique" pour décrire une situation de la vie adulte, bien différenciée des états narcissiques, de la psychose, du "faux-self" de Winnicott et des "îles psychotiques dans la personnalité" de Rosenfeld dans laquelle certains mécanismes de relation aux objets extérieurs peuvent subsister sur le mode autistique de l'enfance la plus précoce, A cause de son lien avec l'autisme primaire, cette situation est étroitement liée aux sensations du corps et aux fantasmes primitifs de fonctionnement corporel. Grotstein (1986) va beaucoup plus loin en proposant une "voie double" (double track) de la vie psychique sur laquelle l'autisme dit "normal" continue d'exister parallèlement aux états de separation-individuation pendant toute la vie dans un conflit ininterrompu entre l'objectalisation et la désobjectalisation, pulsion de vie, pulsion de mort. A la lumière de ces nouvelles formulations un objet psychanalytique n'est donc jamais un acquis, mais un phénomène toujours en mouvement dans une relation dynamique entre l'intérieur et l'extérieur du sujet.

J'ai déjà fait allusion dans mon introduction au fait que l'enfant est né avec une histoire et dans la première partie de sa vie il continue d'avoir affaire presqu'exclusivement avec sa mère. La boutade bien connue de Winnicott "un bébé n'existe pas - on n'a jamais vu un bébé tout seul" nous rappelle qu'au début c'est la mère qui a en grande partie la responsabilité pour 'l'environnement facilitant' vital pour le développement de l'enfant. Chaque étape sur son chemin n'est pas éliminée par le passage à la suivante et tout au long de sa vie son choix et sa relation d'objets seront influencés par ce qui s'est passé avant. Winnicott (1971) écrit "Dans l'expérience du bébé plus chanceux (du petit enfant, de l'adolescent et de l'adulte) la question de la séparation dans le fait même de se séparer ne se pose pas, parce que dans l'espace potentiel entre le bébé et la mère se constitue le jeu créatif qui surgit tout naturellement de l'état de détente ; c'est là que se développe l'utilisation des symboles qui valent à la fois pour les phénomènes du monde extérieur et pour ceux de l'individu." Pour Diatkine (1989), l'absence de la mère stimule "la construction de l'objet mère qui comprend alors non seulement l'investissement libidinal et l'investissement destructeur de la représentation de la mère, mais aussi la construction d'une image idéale d'une mère qui n'a jamais existé et dont la présence permanente aurait toujours satisfait le désir de l'enfant, désir qui n'était pas encore constitué sous cette forme avant cette construction. C'est cet ensemble qui donne sens aux afférences à partir desquelles se constituent les représentations de la mère et de ses autre objets d'amour. C'est un dispositif interne de représentation, ambivalent, générateur de désir et d'angoisse par luimême, point de départ parfois de symptômes, mais créatif durant toute la vie du sujet." Chacun de ces deux auteurs souligne que dans ces premiers rapports avec la mère, certains paradigmes de la relation sujet-objet se sont installés qui continueront àmodifier chaque nouvelle relation à l'objet pendant toutes les différentes phases de développement. Le concept d'espace potentiel décrit par Winnicott est, à mon avis, la clef d'une théorisation cohérente du choix d'objet adulte, parce qu'il rend compte non seulement d'un état de tension conduisant à la satisfaction pulsionnelle, d'un état de gratification et de plaisir associé à la relation avec l'objet extérieur mais aussi d'un troisième état intermédiaire, produit des expériences individuelles. Celui-ci établit le lien entre le jeu de l'enfance et l'expérience culturelle, par conséquent extrêmement variable selon les individus.

Sur son chemin vers la vie adulte, chaque être humain éprouve certains événements qui ont tendance à bouleverser profondément l'organisation psychique existante. La séparation du sein au moment du sevrage, l'acquisition de la marche et du langage, le départ à l'école, en sont des exemples. Mais ce qui fait l'impact le plus profond et qui a fait couler beaucoup d'encre, est l'adolescence, où les changements physiques dans le corps peuvent rendre insuffisants les systèmes de fonctionnement et de défense qui étaient adéquats pendant la période de latence. Eglé et Moses Laufer (1995) ont décrit l'effondrement à l'adolescence qui se produit quand l'enfant pubescent est dans l'incapacité d'intégrer le corps sexuel adulte. Ils ont souligné l'importance du fantasme masturbatoire central qui peut maintenir un lien entre les activités auto-érotiques de l'enfance et la vie actuelle. A cause du décalage entre la puberté physique et l'adolescence il y a souvent une activité fantasmatique intense sans possibilité de perlaboration dans les contacts physiques. On oublie souvent aussi qu'après les multiples contacts physiques excitants entre la mère et le bébé, une période relativement longue se passe en latence où il y a une diminution importante de ces contacts et avec l'arrivée de l'adolescence le sujet se trouve devant la difficulté de relancer ces contacts physiques dans le contexte nouveau d'un corps sexuellement puissant qui est aussi capable d'agir avec une violence adulte. Les problèmes non résolus dans la petite enfance peuvent revenir avec une nouvelle intensité que Winnicott a soulignée quand il a discuté la différence entre 't'effondrement' et 'la peur de l'effondrement', cette dernière étant mobilisatrice d'un système de défenses organisé contre l'effondrement qui a déjà eu lieu plus tôt. Quand la défense prend la forme de l'organisation d'une maladie, on doit la différencier de l'effondrement d'origine, toujours résultat d'une défaillance de l'environnement. Or la masturbation peut être 'une action d'essai' orientée vers une relation potentielle à l'objet, un mouvement régressif vers l'autoérotisme infantile, ou les deux à la fois. A cause de leur idéalisme les adolescents sont très susceptibles à la désillusion entraînant un mépris des objets disponibles, sexuels ou non, avec le danger de fuite vers les 'solutions addictives', de toxicomanie, promiscuité ou alcoolisme. La tâche prioritaire à ce moment critique dans leur développement est de retrouver l'aire du jeu convenable qui, selon Winnicott, comme moyen de perlaboration, leur permettent de chercher dans cet espace potentiel les objets qui par leur transitionalité les amènent aux relations d'objet gratifiantes et évolutives. La capacité de l'individu à ce moment-là s'appuie sur ce qu'il a déjà acquis dans le jeu de l'enfance et les relations d'objet déjà établies.

Il est évident que si les origines de l'objet sexuel adulte sont complexes c'est parce que les objets eux-mêmes sont complexes. Freud (1915) a déjà fait cette observation, peu de temps avant sa révision de la théorie des pulsions; "l'objet," dit-il, "est ce qui est le plus variable de la pulsion, à laquelle il n'est pas originellement lié." La vie adulte consiste en une multiplicité de différentes relations d'objets qui ne sont pas spécifiquement sexuelles et on doit se demander la nature de leurs liens pas seulement avec les objets d'enfance, mais aussi avec les pulsions. Dans son article 'Le lieu où nous vivons', Winnicott (1967) a esquissé une réponse : "On notera que j'envisage le plaisir très élaboré de l'adulte devant la vie, la beauté ou quelqu'édification humaine abstraite et, en même temps, le geste créatif du bébé qui cherche la bouche de la mère, touche ses dents tout en la regardant dans les yeux en la voyant créativement. Selon moi "jouer" conduit naturellement à l'expérience culturelle et même en constitue la fondation." Finalement, le lien qui unit "jouer" et "jouir" est le plaisir.

Le concept simpliste de primauté génitale en termes de capacité d'arriver à un orgasme dans le rapport sexuel ne servira plus comme critère d'une maturité réussie. A cause de ses origines profondes et complexes, l'acheminement vers l'objet est long et traverse plusieurs étapes très différentes, dont chacune continue d'exercer son influence sur les précédentes. Ce n'est pas une question de passage par des zones érogènes successives aux niveaux de fonctionnement de plus en plus raffinés sans possibilité de faire marche arrière. L'observation d'enfants autistes nous a appris qu'atteindre l'objet n'est pas toujours simple ni facile et la solidité d'une telle relation n'est jamais assurée en permanence. Il y a aussi un lien étroit entre cet objet spécifiquement sexuel et tous les autres objets investis psychiquement dans la vie adulte, parce que cette recherche de relation d'objet est l'expression de la pulsion de vie. Nous avons donc établi un lien clair entre la sexualité infantile et la vie sexuelle adulte, mais cette vie est plein d'objets qui ne sont pas spécifiquement sexuels témoins de la créativité et des activités culturelles. En plus, les relations entre adultes sont enrichies par diverses manifestations, désirs, besoins, attachements, soucis, amitiés et surtout par l'existence de l'amour. Je cite Winnicott (1967) : "Un bébé peut être nourri sans amour, mais un aménagement impersonnel ou sans amour ne saurait produire un nouvel enfant autonome. Là où se rencontrent confiance et fiabilité, il y a un espace potentiel, espace qui peut devenir une aire infinie de séparation, espace que le bébé, l'enfant, l'adolescent, l'adulte peuvent remplir créativement en jouant, ce qui deviendra ultérieurement l'utilisation heureuse de l'héritage culturel." C'est un long chemin du biberon à "Roméo et Juliette".

En conclusion, donc, parlons de l'amour. J'ai déjà souligné que Freud a fait mention des pulsions de vie en 1920, mais ce n'est que dans "L'Abrégé de psychanalyse" en 1938 qu'il parle de l'amour. La modification de sa dernière théorie des pulsions a donné à Eros, synonyme de pulsion de vie, une place centrale dans l'histoire de la relation d'objet. L'amour englobe, comme Green (1997) nous le rappelle, toutes les différentes expressions citées par Freud (1921) dans "Psychologie des masses et analyse du Moi", c'est-à-dire, amour entre amants, entre parent et enfant, entre amis, amour de la patrie et toutes
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formes de sublimation. De ce point de vue, le choix d'un objet est un phénomène très individuel et mesurer le poids donné à la composante pulsionnelle à l'opposé de la composante objectale a beaucoup moins d'importance. L'essentiel est la tension dynamique qui donne à cette quête de l'objet que Green a intitulée 'fonction objectalisante' non seulement la capacité de se lier aux objets, mais d'en créer. Cette tension dynamique en attente de l'émergence de la relation d'objet se déploie dans l'espace potentiel que Winnicott nous a suggéré, héritage de toute l'histoire de l'individu depuis et même avant sa naissance.
A cause de la complexité de ses origines et la nature hautement individuelle du choix d'objet, il est, donc, tout à fait réducteur de proposer une seule voie d'évolution vers l'objet sexuel adulte. "Ce qui lie l'amour àla copulation est aussi obscur que ce qui lie la copulation à la procréation. Lachose n'a pas fini de faire les beaux jours des romanciers et des analystes.... (Lavie 1997).

Green (1997) a néanmoins proposé une solution et je le cite.

"Je propose de concevoir la sexualité," dit-il, "telle que la psychanalyse nous la fait apparaître et interpréter, comme constituant une chaîne érotique. Je veux dire que celle-ci se déploie selon une série de formatons comprenant: la pulsion et ses motions pulsionnelles, où dominent la dynamique et la décharge dans l'acte ; l'état de plaisir et son corrélat, le déplaisir ; le désir qui s'exprime sous la forme d'un état d'attente et de quête alimenté par des représentations inconscientes et conscientes ; les fantasmes (inconscients ou conscients) organisant les scénarios de réalisation de désir ; le langage érotique et amoureux des sublimations dont nous connaissons la richesse infinie concernant la vie érotique. Ainsi, il s'agirait moins de définir la sexualité par un seul centre - quel qu'il soit - ou de ramener une donnée à une autre (la pulsion est le fantasme inconscient, trouve-t-on sous certaines plumes kleiniennes ; le désir du désir de l'Autre, référence à la théorie lacanienne éclipsant la pulsion, etc.) que de préciser à tout moment à quel maillon de la chaîne l'analyste est confronté et comment l'élaboration de ce maillon et de ces possibilités dynamiques, topiques et économiques, ses processus de liaison et de déliaison poussent celui-ci à se transformer."

Dans le titre de son livre, la chaîne dont il parle est devenue les chaînes, pour mettre en relief les chemins innombrables et complexes qui mènent un être humain à son objet. Même s'il y a dans cette complexité une composante sexuelle, est-ce vraiment adéquat de parler d'un objet sexuel ? Sans considérer la voie par laquelle on y arrive, la relation d'objet, une fois établie, transforme non seulement l'objet, mais le sujet lui-même. Quand Roméo trouve Juliette au milieu d'un monde d'agressivité et de haine, une des premières choses qu'il lui dit est: "Appelle-moi seulement amour et je serai rebaptisé ; dorénavant je ne veux plus jamais être Roméo". Le poète nous rappelle ici que la quête de l'objet, sous la tutelle d'Eros, processus sans répit depuis nos premiers jours, est une activité de création et de transformation, toujours contre les puisions de destruction. Quand on parle d'Eros, qui, selon Freud, "maintient tout en cohésion dans le monde," on se rappelle que nous vivons dans un monde de littérature et de mythologie, de peinture et de musique qui trouvent aussi leurs origines dans les rêves, les jeux de l'enfance et les objets précoces. Eros, assurant la liaison, l'unification, la conservation et l'objectalisation, englobe et transcende la sexualité et se révèle non seulement pulsion de vie mais aussi pulsion d'amour.

Texte présenté à la Journée d'Etude du GERCPEA à Luxembourg le 6 juin 1997.

L'exposé de ce texte a été publié dans la Revue Belge de Psychanalyse (2000), n°37 p. 85-96.
Nous remercions la Revue Belge de Psychanalyse de nous autoriser la reprise de cet article sur le site du GERCPEA.

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