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Développements psychotiques chez une patiente borderline ayant subi des abus sexuels

Paul Williams

Je vous remercie de m'avoir donné cette occasion de discuter avec vous de façon approfondie autour d'un cas clinique. J'indiquerai d'abord quelques éléments permettant de situer la problématique de cette patiente et le déroulement de son analyse, puis je présenterai des extraits de son matériel clinique qui, je l'espère, pourront enrichir nos échanges. Ce matériel se rapporte à trois séances : après six mois, puis six ans, puis onze ans d'analyse.

Tout d'abord, je me dois de vous faire part d'une de mes interrogations à propos de l'analyse de cette patiente borderline pour qui le diagnostic initialement posé était celui de psychose paranoïde. Bien souvent au cours de son traitement, qui dure depuis douze ans, je ne savais pas - et, à vrai dire, je ne sais toujours pas - si je devais croire certaines des choses que cette patiente, " Mlle A. ", me racontait. Liée à cette interrogation est la difficulté bien connue de savoir si elle a réellement été abusée sexuellement par son père, en dépit des descriptions crues et détaillées qu'elle a pu me faire de rapports sexuels incestueux.
Mlle A., âgée maintenant de 48 ans, a été vue en première consultation par une collègue qui a prononcé une phrase toute simple, phrase qui, depuis lors, est restée dans la tête de ma patiente : " C'est comme s'il n'y avait personne dans votre monde psychique ". Il me semble que cette collègue analyste voulait lui signifier par là que la patiente n'avait intériorisé aucun bon objet, fût-il masculin ou féminin. Sur le plan psychiatrique, le diagnostic était celui de psychose paranoïde. Sa demande d'aide a fait suite à une décompensation de nature dépressive liée à son travail que, sans aucun doute, on pourrait qualifier d'inhabituel : elle faisait alors partie des services de renseignements et de sécurité nationale de la Grande-Bretagne. Dans le cadre de son travail, elle devait traquer et pourchasser des individus dangereux ; parfois elle se mettait dans des situations où elle risquait soit d'être blessée soit de se faire tuer.

Mlle A. est la deuxième de trois enfants, issus d'un milieu ouvrier / cols bleus. Son frère Ian à dix-huit mois de plus qu'elle ; Anthony, son frère cadet, a trois ans de moins. Elle a l'impression de n'avoir jamais eu de relation authentique avec sa mère, qui était si éprise du fils aîné qu'elle poussait Mlle A. vers son père. Pour des raisons professionnelles, le père de ma patiente passait de longues périodes loin de chez lui ; néanmoins, Mlle A. a de bons souvenirs d'être allée, jeune enfant, se promener avec lui à la campagne. Elle me dit aussi qu'il la battait si jamais elle critiquait sa mère. Vers l'âge de trois ans, elle commença à avoir l'impression que des gens la regardaient fixement et se moquaient d'elle. Depuis lors, elle ne sait pas très bien si les personnes à qui elle parle existent dans la réalité ou si elles font partie de son monde imaginaire. Elle raconta un fantasme, datant de son enfance, dans lequel elle habitait une grande propriété à la campagne. Ses parents avaient été tués ; ses voisins avaient deux fils, Peter et David, qui l'accompagnaient lors de ses " missions spéciales " pour délivrer des otages. Afin de provoquer leur jalousie à tous les deux, Mlle A. montait chacun des garçons contre l'autre. Deux autres fantasmes infantiles s'imposèrent à elle au fur et à mesure, me semble-t-il, que son état psychique s'aggravait. Elle me raconta qu'elle était devenue l'amie de créatures extraterrestres qui promettaient de l'emporter avec elles. En outre, elle en vint à croire qu'elle était une actrice célèbre ; son imprésario, figure fantasmatique et inquiétante qui ressemblait à un maquereau et qu'elle appelait " le Directeur ", apparaissait au cours de son analyse comme une pseudo-hallucination.

Mlle A. me raconta qu'après la naissance de son petit frère, son père la prenait dans son lit pour qu'elle le masturbe. À partir de l'âge de sept ans, me dit-elle, elle lui faisait des fellations ; il y eut ensuite des rapports génitaux, de dix à quatorze ans, moment auquel Mlle A., qui craignait de tomber enceinte, insista pour y mettre fin. Elle partit de chez elle à l'âge de dix-huit ans, rencontra un petit malfaiteur qu'elle épousa et qui, semble-t-il, la battait. Elle me raconta qu'elle lui demandait de la frapper à l'abdomen " afin du tuer le bébé qui pleure là-dedans ". Ils divorcèrent peu de temps après qu'elle eut commencé son analyse.

Lors de notre première rencontre, Mlle A. était tellement anxieuse qu'elle en devenait incohérente. Elle portait des vêtements d'homme, de couleur noire, et de grandes lunettes de soleil ; debout dans mon bureau, elle tremblait. Attachant son " bip " à sa ceinture, elle me dit : " Où me voulez-vous ? ". Je lui répondis qu'étant donné qu'elle me semblait très anxieuse, elle pouvait me parler à partir de n'importe quel endroit du bureau, qu'elle pouvait rester debout, s'installer sur le divan ou s'asseoir dans un fauteuil. Elle s'assit dans un fauteuil et me raconta sa vie comme si elle en lisait le récit dans un journal. À un moment donné, elle fut envahie par une détresse fugace en me disant : " Une fois, mon père m'a embrassée ". Puis elle écarta aussitôt cette pensée. Longtemps après, Mlle A. me dira qu'en apprenant qu'elle entreprenait une analyse, son père lui a dit : " Ta maladie a peut-être quelque chose à voir avec ce qui s'est passé entre toi et moi après la naissance de ton frère. "

Pendant plusieurs années, Mlle A. ne tenait aucun compte de mes remarques, du moins en apparence ; les mises en acte dominaient les phases initiales du traitement. Dès le début de son analyse il y eut quelques difficultés majeures autour des interruptions. Au bout de quatre mois, elle raconta le rêve suivant :

On me nourrit. Une main me gifle très fortement au visage. Puis je suis en manœuvre anti-terroriste ; je serre dans mes bras un homme, un officier, et nous roulons ainsi du haut en bas d'une colline. Nous tombons du haut d'une falaise ou d'une saillie.

Mlle A. ajouta que quelque chose de terrible allait se produire et que son rêve l'excitait comme lorsqu'elle partait en mission dangereuse. Je lui dis qu'à mon avis elle me parlait d'une catastrophe, d'une perte qu'elle croyait impossible à combler et qu'alors elle se tourna vers les hommes et vers le sexe. J'ajoutai qu'elle avait peut-être l'impression que le fait de prendre quelque chose que je lui offrais dans son analyse allait engendrer le même sentiment de désastre qu'elle devait à tout prix éviter.

Deux thèmes principaux émaillèrent la première année de son analyse. D'abord son indignation, exprimée en termes de plainte : sa mère avait donné plus de nourriture à Ian, son frère aîné, qu'à elle quand ils étaient enfants. Le second était son besoin de triompher de manière sadique - par exemple, lorsqu'en séance elle accabla de mépris un psychiatre de l'Administration qui porte un nom d'origine galloise : incorporé à leur unité pour les besoins d'une mission récente, il avait fallu lui montrer les ficelles du métier.

Je devins l'objet de sa curiosité et de son idéalisation, tandis que ses aspects pathologiques, violents et pervers étaient mis en acte. Elle entama une procédure de divorce contre son mari, eut, semble-t-il, une succession d'aventures amoureuses et prit de tels risques au cours de ses missions opérationnelles qu'elle reçut un avertissement de la part de ses supérieurs hiérarchiques.

Au cours de la deuxième année de son analyse, elle était persuadée, en raison des " conseils " de sa figure fantasmatique interne, " le Directeur ", qu'on la poursuivait et que sa voisine cherchait à la tuer. Pendant plusieurs jours, elle amena jusque dans ma salle d'attente une amie paraplégique qui, précisa-t-elle, était au bord du suicide. Pendant ce temps-là, Mlle A. s'efforça de me rassurer à propos de sa propre bonne santé psychique et de son bien-être global.

Il y a probablement beaucoup de façons de comprendre les angoisses de Mlle A. à cette époque. J'ai été particulièrement frappé par la constatation que, quand j'interprétais la voix psychotique qui l'influençait - celle du Directeur - en termes de la représentation d'un déchaînement de sollicitude (aussi destructrice fût-elle) qui surgissait apparemment pour la protéger contre les conséquences d'une satisfaction de ses besoins, Mlle A. se sentait soulagée et devenait momentanément cohérente. Ensuite, bien sûr, elle fut de nouveau " renseignée " sur mon manque de fiabilité et de ma malveillance.
La figure du Directeur fit son apparition dans mon bureau de consultation, me raconta Mlle A., sous la forme d'un personnage, debout près de la porte ou assis sur la chaise près de mon bureau, qui lui donnait des instructions. Par exemple :

"Il (votre analyste) est un vaurien. Séduisez-le ; faites-lui l'amour. "
" Vous (Mlle A.) êtes une actrice célèbre. Tout va bien. "
" Il cherche à s'emparer de vous et à vous tuer. Prenez tous vos cachets. "

Ces déclarations étaient automatiques et omniscientes ; elles émergeaient, semble-t-il, dès que Mlle A. s'engageait dans une relation authentiquement humaine, activité qui, selon cette figure fantasmatique, était sans importance aucune. C'était grâce à l'analyse dans le transfert, pendant un long moment, des aspects psychotiques et non psychotiques de sa personnalité que Mlle A. put commencer à réfléchir au sens que prenait sa psychose. Au fil du temps, son recours au clivage et à la projection diminua, de sorte que des interprétations transférentielles plus approfondies devinrent possibles. J'espère que nous aurons l'occasion de discuter de la coexistence d'états psychiques (ce que W. R. Bion appela des " personnalités ") psychotiques et non psychotiques.

Vers la fin de la deuxième année de son analyse, Mlle A. se mit à se taillader les bras. Elle prit une dose massive mais non mortelle de médicaments ; elle sauta d'un train en marche alors qu'il s'approcha d'une gare, se blessant à la jambe. Tout ceci était le prélude à une série de mises en acte extrêmement graves au fur et à mesure que sa psychose paranoïde prenait le dessus. Un certain nombre de rêves attira notre attention sur cette crise :

Un oisillon est dans son nid, le bec grand ouvert. Il est affamé. Personne ne vient le nourrir. Je le regarde mourir.

Un minibus percute la vitrine d'un magasin d'alimentation. Il y a une énorme explosion. Mon frère aîné aide à emmener les gens. Il y a beaucoup de femmes enceintes qui sont mortes. Je touche une de ces femmes à l'estomac, mais il n'y a aucun signe de vie. Des boîtes de conserve sont venues percuter le visage des blessés. Il y en a qui n'ont ni bras n'y jambe. Le gérant dit : " La vente continue, nous restons ouverts ". J'essaie de l'en empêcher, mais je n'y arrive pas.

Je suis allongée sur un lit, entourée de fœtus coupés en morceaux. Je ne peux pas les regarder, car ce sont des morceaux du Diable.

J'attends dans la salle d'attente d'un médecin. D'autres patients attendent aussi. Vous sortez de votre bureau, vous regardez tout autour, le sourire aux lèvres, et me dites d'entrer dans votre bureau. Là, vous baissez votre pantalon et vous me dites de vous sucer le pénis. Il y a de la merde au bout, mais il faut que je le fasse.

Des fantasmes meurtriers, pervers et suicidaires était très fréquents chez cette patiente ; ils alternaient avec ses états maniaques. Il semble qu'elle eut assisté à des réunions religieuses, où elle dénonçait la religion en faveur de la psychanalyse, jusqu'à ce qu'elle fut mise à la porte. Elle raconta qu'elle avait essayé de faire don charitable de toutes ses économies et d'adopter des orphelins roumains - elle a même failli kidnapper un enfant. Elle ne pouvait faire face aux interruptions du week-end ; le Directeur l'ordonnait de se tuer. Du lithium lui fut prescrit et un lit d'hôpital fut réservé pour elle en cas de besoin.
Quelques mois plus tard, alors qu'elle se sentait déjà plus intégrée, Mlle A. exprima le souhait de s'allonger sur le divan. La raison de ce souhait n'était pas claire ; néanmoins, elle s'y installa, tout en recouvrant la moitié inférieure de son corps d'une couverture et en se tenant la tête comme si elle s'attendait à recevoir des coups. De temps en temps, elle amena en séance un oreiller, des serviettes, des jouets, un couteau de cuisine ou des lames de rasoir. Peu après son installation sur le divan, elle rapporta le rêve suivant :

Je me promène dans un petit chemin à la campagne. Un bébé déchiqueté, moitié être humain, moitié animal, est allongé par terre, en train de mourir. Je vois une belle femme dans un jardin ; je m'approche d'elle pour lui demander de l'aide. Elle ne m'entend pas. Quand je retourne pour aller chercher de bébé, un camion énorme, noir, vient soudain sur moi ; il occupe toute la largeur du chemin. Je ne peux pas arriver jusqu'au bébé.

Elle me parla ensuite de son désir ardent d'avoir une mère, désir qui, à son avis, ne pourrait jamais être satisfait. Elle ajouta que le bébé qu'elle n'arrivait pas à atteindre était elle-même. Elle avait l'impression d'être morte pendant son enfance. Je lui dis qu'elle pensait que toute possibilité d'avoir été autrefois l'objet de bons soins maternels était détruite et qu'elle s'inquiétait beaucoup de savoir si la même chose allait se passer avec moi au cours de son analyse.
Trois autres courts rêves suivirent :

Un petit faune mâle est allongé sur un lit, attaché. Un fil téléphonique court depuis sa bouche tout le long de son corps puis ressort par son anus et ses membres. Il y a du sang qui éclabousse le lit. Moi [Mlle A.], je me trouve dans les nuages, je suis un ange qui regarde en bas. Il ne faut pas toucher le faune car la douleur serait trop forte

Mes organes génitaux sont recouverts d'asticots. Seules mes jambes et la moitié inférieure de mon torse existent. Tout le reste de mon corps est manquant.

Un homme s'approche de moi dans un gymnase et me fait des allusions sexuelles. Soudain il devient violent et enfonce ses doigts dans mon anus, tout en menaçant de me tuer.

Lorsqu'elle essayait de me parler de ces rêves (ou d'autres), la voix du Directeur intervenait pour l'en empêcher, me dit-elle. Sa fonction était de la protéger contre toute tentative de s'emparer d'elle ou de la détruire. Elle craignait que des gens purent pénétrer dans sa nourriture, son visage, ses jambes et son estomac afin de la dévorer ou de la tuer. Pour y échapper, il lui fallait, lui disait le Directeur, avoir un rapport sexuel. Je ne voudrais pas anticiper sur notre discussion, mais une telle confusion théâtrale reflète bien, à mon avis, l'évolution de Mlle A. : autrefois une enfant seule et pleine d'imagination, elle est devenue une femme qui présente ce que nous pourrions appeler une psychose hystérique dans laquelle le fantasme prenait le pas sur la réalité.

Au fur et à mesure que le comportement de Mlle A. devenait de plus en plus perturbé, elle se mit, le week-end, à faire des voyages en avion à la recherche d'aventures sexuelles ou de prostituées qu'elle payait pour la câliner. Après un voyage au cours duquel elle avait " cherché une dame à Bruxelles qui m'avait donné une glace quand j'étais petite, mais je n'ai pas réussi à la retrouver ", elle revint chez elle dans un tel état de dépression et de paranoïa que sa voix interne lui conseilla de se tuer. Elle avala une dose potentiellement mortel de lithium et dut être admise en service de réanimation.
Pendant ce temps, bien évidemment, je dus supporter des interruptions pénibles dans le travail de l'analyse et un débordement des limites qui était difficile à tolérer, principalement en raison de ma crainte qu'à tout moment ma patiente risquait de se suicider. Il me semblait que je n'avais aucun choix autre que de continuer à interpréter le fait qu'à mon avis elle essayait de préserver notre relation tout en se sentant obligée de la détruire afin d'éviter une catastrophe encore plus grande ; celle-ci, pensait-elle, découlerait de sa dépendance de plus en plus marquée à mon égard. Avec du recul, je dirais que je répondais aussi peut-être à sa demande que je tolère ses projections infantiles et archaïques, et en particulier son désespoir.

Pendant les deux années qui suivirent, Mlle A. devint plus confuse et amère mais un peu moins paranoïaque. Des familles, y compris la mienne, et des femmes avec bébé suscitèrent chez ma patiente une rage meurtrière. Au fur et à mesure que ces sentiments se firent jour, son impulsion à voler, sa crainte d'être envahie et d'autres manifestations de ce qui, à mon avis, avait à voir avec ses propres désirs d'intrusion s'intensifiaient. Elle était préoccupée par des effractions - de maisons, de voitures, de mon cabinet de consultation, de son psychisme et de son corps. Mlle A. se mit alors à me rejeter et à rejeter d'autres personnes de façon plus directe ; ce faisant, elle mit en lumière ses attaques envieuses, ses craintes, son ressentiment et sa colère. Je me trouvais de plus en plus identifié à la " mauvaise " mère alors qu'elle me donnait l'impression de rechercher davantage son père interne. Voici un rêve de cette époque de son analyse.

Je marche avec ma mère à travers une boue épaisse. Puis je la quitte pour aller vers mon père qui recherche son enfant perdu. J'arrive devant une maison, mais la boue sur mes chaussures est trop lourde, donc je ne réussis pas à monter l'escalier pour rejoindre mon père.

Je me demandais si la catastrophe de la perte et la destruction psychiques de sa mère et de sa fratrie était désormais en train de l'accabler. Elle fit des cauchemars dans lesquels elle-même et d'autres personnes étaient mortes ou paralysées et obligées de se déplacer en fauteuil roulant, assassinées par des bandes de malfaiteurs en représailles de sa propre méchanceté, ou encore transformées en squelettes ou en cadavres pourrissants. Dans le transfert, elle mettait en œuvre un clivage de plus en plus minutieux de ses objets. Son désir ardent d'une mère idéale s'accompagnait d'une crainte de " lesbianisme " et de fantasmes d'usurpation, de mauvais traitements et de meurtre visant une mère sans cœur et rejetante. Sa tendance au triomphalisme maniaque donna lieu à un rêve dans lequel un psychopathe adulte est dénoncé aux autorités qui, scandalisées par ses méfaits, feront en sorte que justice soit faite. Pendant un moment, elle se cachait dans des recoins ou dans des placards et essayait d'entrer en contact avec des extraterrestres. Néanmoins, son apparence extérieure s'était améliorée et elle dormait mieux. Elle avait recommencé à lire, activité que, depuis des années, elle avait évitée de crainte que le récit ne s'emparât d'elle. Elle reprit contact avec ses frères. Un mélange complexe de persécution et de confusion était caractéristique de cette phase de son analyse, faisant un net contraste avec son comportement théâtral. Ses séances, pendant lesquelles elle me parlait des nombreuses pertes qu'elle avait connues dans sa vie, étaient remplies de ressentiment et de désespoir. Son sentiment permanent d'injustice s'accompagnait parfois d'une sexualisation de ses besoins : elle me demandait instamment de l'agresser sexuellement.
Je vais arrêter là cette partie introductive, sauf pour ajouter que la direction globale de l'analyse de Mlle A. me semblait à cette époque-là -- c'est-à-dire, au bout d'environ six ans - s'orienter vers une lutte longue et douloureuse dans laquelle son Self infantile et mutilé tentait de remettre en mouvement son développement arrêté.

La première séance que je rapporterai se passe un mercredi ; l'analyse avait commencé six mois auparavant. Puis je rapporterai une séance qui eut lieu six ans plus tard. J'ai choisi ces séances en partie à cause de mon intérêt pour l'interaction, chez certains patients borderline, entre des formes de pensée manifestement psychotiques et d'autres, non psychotiques ; dans l'analyse de Mlle A., cela représentait un défi technique majeur.

Séance # 1 -- après six mois d'analyse

La patiente arrive avec un retard d'environ cinq minutes ; elle a l'air débraillé et sa détresse est manifeste. Prise de tremblements, elle se cache dans un coin de la salle d'attente ; elle me paraît agitée, comme si elle hallucinait. Une fois dans mon bureau, elle se déplace d'un pas incertain, s'assoit dans un fauteuil puis sur le rebord du divan. De temps en temps, regardant fixement devant elle, elle pleure.
Le déroulement de nos échanges n'est pas aussi cohérent que le ferait penser le récit que j'en fais ; il y a de nombreux temps d'arrêt et des moments d'inattention de la part de Mlle A. (moi aussi, je suis parfois distrait).

Mlle A. me dit :
Mlle A. : " Vous ne comprenez pas. Ma mère ne m'a jamais comprise. Quand ma grand-mère était en train de mourir, elle était très âgée, j'ai essayé de lui faire du bouche-à-bouche. Je mettais mon souffle à l'intérieur d'elle. J'essayais de faire redémarrer son cœur. Ma mère pensait que je lui faisais mal. Ce n'était pas vrai. Je voulais la garder vivante, je ne voulais pas qu'elle meure. Elle n'a pas compris, c'est tout, elle n'a rien compris. Vous ne comprenez pas. [Mlle A. pleure, se tait, puis reprend son discours en se plaignant pendant plusieurs minutes que je ne la comprends pas. Subitement, elle s'interrompt de nouveau et se met à crier d'une voix inquiète :]
" Vous essayez de me tuer ! " [Silence.]

P. W. : " Je crois que vous avez peur de ce que vous pourriez me faire si vous deviez exiger de moi quelque chose. Quand vous vous plaignez de moi, comme vous le faites actuellement, il y a une voix dans votre tête qui vous avertit que j'exercerai des représailles, voire que je vous tuerai. Je crois que cette voix-là essaie de vos empêcher de me faire savoir ce que vous ressentez réellement. "

Mlle A. [Silence ; elle est un peu plus calme] : " C'est vrai, n'est-ce pas ? Les gens n'aiment pas les autres, n'est-ce pas, ils ne les aiment pas. Personne ne veut de quelqu'un d'individualiste. Ils ne peuvent pas supporter l'individu à part entière. C'est cela qui m'est arrivé. Je n'étais pas quelqu'un à part entière. C'est la seule chose que je sais [long silence]. Ma mère ne m'a pas comprise. [Silence, puis de nouveau elle crie sur un ton de colère] Vous allez mettre fin à mon analyse. Je le sais. "

P. W. : " C'est comme si de nouveau on vous disait que je ne peux pas vous supporter et que je vous rejetterai. Vous en êtes contrariée, vous essayez de m'en parler mais quelque chose intervient pour tenter de vous en empêcher. À mon avis, cela doit vous mettre dans une grande confusion. "

Mlle A. : " C'est vrai que tout est confus. [Silence. Elle pleure.] Je ne me sens pas bien. Le Directeur me dit que tout va bien. Je n'ai pas le sentiment que tout va bien. Je voudrais être à l'hôpital. Tout va mal et je ne sais pas pourquoi. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je ne sais pas quoi faire. Aidez-moi, s'il vous plaît. "

P. W. : " Je comprends bien que vous avez besoin de mon aide, mais il nous faut comprendre que, quand vous essayez d'obtenir mon aide, la voix du Directeur vous dit en criant que vos besoins n'ont aucune importance et que, si nous en parlions ensemble, nous serions détruits tous les deux. Cela vous conduit à essayer de me repousser, alors même que vous avez besoin de me parler. "

Mlle A. : " Je crois savoir ce que vous voulez dire. Il me dit que je n'ai pas besoin d'aide, que tout va bien. Je me sens mal.... J'ai envie de vomir. [silence] Il n'y a pas d'autre façon [silence] ; quand les gens s'approchent de trop, j'ai envie de vomir. Les gens s'emparent de vous, vous voyez. Je ne veux pas que vous me compreniez mal. Je sais que vous me comprenez. Vous me comprenez, c'est ça. "
[De nouveau, il y a un silence. J'ai l'impression qu'elle se sent peut-être débordée par le contact qui est en train de s'établir entre nous. Finalement, je lui dis :]

P. W. : " Je me demande si, lorsque vous sentez que j'ai en effet compris un peu de ce que vous voulez me dire, vous avez l'impression que quelque chose de mauvais va vous arriver, de sorte que vous devez y mettre fin. "
La patiente s'alarme de ce que je viens de lui dire.

Mlle A. : " C'est sexuel, ça. Ce n'est pas bien. Je m'excuse. Je ne veux pas que vous me compreniez mal. [Elle pleure] Je m'inquiète tout le temps en pensant que vous pourriez mal me comprendre. Il faut que rien n'aille mal cette fois-ci. "

Séance # 2 -- après six ans d'analyse

Cette séance montre comment, malgré les progrès accomplis, l'aspect psychotique de la personnalité de la patiente continue à envahir son fonctionnement névrotique, quoique à un degré moins prononcé.
En larmes et dans une détresse perceptible mais contenue, la patiente commence la séance.

Mlle A. : " Hier, j'ai fait quelque chose de stupide. Je suis allée à l'hôpital où travaille Docteur X. [sa psychiatre] et j'ai garé ma voiture tout près de la sienne. Je pensais tout le temps à être assise à côté d'elle. Nous n'aurions pas parlé de choses particulièrement importantes, nous aurions bavardé, c'est tout. Je voulais entrer mais j'avais peur qu'elle n'ait pas le temps de me voir. Je sais qu'elle est très occupée. Alors je suis rentrée chez moi. [Elle pleure silencieusement un long moment]

P. W. : " Peut-être que l'idée qu'il lui aurait été difficile de vous voir sans rendez-vous vous a épargné le sentiment d'être trop exigeante. "

Mlle A. : " Je savais que je n'allais probablement pas pouvoir la voir. Vous voyez, quand j'étais enfant, on me disait toujours d'être sage, de ne jamais rien demander, de ne jamais pleurer. Je voulais m'asseoir à côté d'elle, c'est tout. Je l'aime bien. Elle a toujours été gentille avec moi. Je ne peux pas exiger quoi que ce soit d'autrui. Tout ce qui comptait à la maison, c'était d'être bien élevée et sage. "

P. W. : " J'ai l'impression que vous avez le sentiment que, si vous vous montriez exigeante ici, cela me dérangerait énormément ; mais, à mon avis, vous vous sentez vraiment exigeante et en colère lorsque vous pensez que je ne vous donne pas ce dont vous avez besoin. "

Mlle A. : " Oui, c'est vrai. [silence] Vous êtes vraiment lamentable comme analyste, vous savez ! Parfois je pense que vous n'en avez rien à faire de moi, rien du tout. Vous ne me donnez pas assez de temps. Je veux plus de temps, je veux lire vos livres, vous poser des questions, mais vous ne m'en donnez pas l'occasion.... Excusez-moi... [Elle pleure. Silence] Je me souviens d'un garçon à l'école primaire qui s'est plaint ; alors on lui a permis de jouer dans le bac à sable. Moi, je n'ai jamais rien dit, j'étais sage et je n'ai rien obtenu du tout [sur un ton de colère]. Ma mère souriait tout le temps. Même chez le médecin, quand il découvrit quelque chose qui n'allait pas, elle continuait à sourire. C'est ridicule. Je ne fais rien et tout ce que j'ai en retour c'est le vide. Je ne peux pas supporter le vide. Parfois, vous me manquez terriblement. Je me sens si seule .[Elle crie :] Oh, allez vous faire foutre ! "

P. W. : " Me faire foutre ? "

Mlle A. : " Le Directeur me dit d'aller me faire foutre. Il veut que je me taise et que j'arrête de me plaindre. Vous savez qu'en principe je ne dois pas vous parler. C'est difficile pour moi, vous savez. Ne prenez pas ce que je vous dis au pied de la lettre.... Ce que je vous dis, ce n'est pas vraiment ce que je pense. Enfin, si, je le pense, mais c'est seulement.... " [Silence]

P. W. : " J'ai bien l'impression que vous le pensez vraiment. Vous êtes contrariée et en colère contre moi parce que vous avez le sentiment d'être délaissée par moi. Le Directeur vous avertit qu'il ne faut pas que vous vous plaigniez. Mais je pense que vous souhaitez en fait que je vous écoute quand vous dites que vous avez envie de vous débarrasser de moi ou encore que j'aille tout simplement me faire foutre. "

Mlle A. : " J'ai toujours peur que vous me mettiez à la porte. J'aimerais être exigeante... Faire ce que les autres font. Je les vois dehors, vous savez, ils font des choses toutes simples comme se parler ou prendre le café. J'aimerais savoir comment faire cela, j'aimerais avoir une vie plutôt que devoir être sage et être toute seule. "
[S'ensuit un long silence qui dure environ cinq minutes. Puisque l'atmosphère est plutôt détendue, il me semble préférable de ne pas l'interrompre.]

Mlle A. : " J'aimerais savoir ce que c'est qu'un psychotique. Il y a un livre sur votre étagère qui parle de "psychotique". Qu'est-ce que cela veut dire ? C'est un psychopathe ? " [Silence]

P. W. : " Vous n'en êtes pas certaine ? "
[Silence]

Mlle A. : " Non... Non, je n'en suis pas certaine, vraiment. " [Elle pleure.]

P. W. : " Peut-être voyez-vous maintenant à quel point il vous faut comprendre pourquoi les choses ont pris mauvaise tournure et pourquoi vous vous sentez mal en point depuis si longtemps. "
[La patiente pleure silencieusement.]

Séance # 3 -- après 11 ans d'analyse

Actuellement Mlle A. travaille comme coordinatrice dans une association de soutien aux malades mentaux. Elle a plusieurs amies et l'amitié de celles-ci lui est précieuse. Depuis un an environ, elle a un ami, Michael, qui a huit ans de moins qu'elle. Le déroulement de leur relation, semble-t-il, satisfait les deux partenaires. Je ne voudrais surtout pas vous faire croire que tout va bien chez Mlle A. - ce serait vous induire gravement en erreur. Cependant, il est important de relever le fait que depuis cinq ans elle n'a eu aucun épisode psychotique et qu'elle lutte de façon plus intensive pour comprendre ses réactions ambivalentes vis-à-vis de ses objets. Certains aspects de sa pensée demeurent défaillants.

Cette séance se déroule un mercredi, il y a quelques mois.

Mlle A. arrive à l'heure. Elle porte des vêtements de ville et me semble être abattue.

Mlle A. : " En venant ici, je pensais de nouveau à ce que nous disions à propos du week-end dernier et Michael. Nous nous entendons très bien et je sais qu'il m'aime, mais je suis toujours en proie à des inquiétudes en ce qui le concerne. Je sais bien que cela à l'air bête, mais je ne vous avais pas dit qu'il m'avait touchée au derrière le week-end dernier et que ma réaction avait été très forte. Je sais qu'il voulait simplement se montrer aimable, il est comme ça, mais cela m'a fait penser à ma jalousie quand nous sortons ensemble et d'autres femmes le remarquent ou lui adressent la parole. Je n'ai jamais pensé que j'étais vieille mais je me sens vieille maintenant ; parfois de jeunes femmes bavardent avec lui ou nous rencontrons des personnes nouvelles - je trouve que j'ai de plus en plus de soupçons à son égard, je pense qu'il va me quitter pour une de ces femmes. C'est ridicule de penser ainsi ; je n'ai pas envie d'avoir de telles idées car il est gentil avec moi et il me dit même qu'il aimerait m'épouser, mais il y a toutes ces choses qui font que j'ai envie de prendre du recul par rapport à lui. "
[Silence]

P. W. : " C'est comme si, quand Michael veut se rapprocher de vous, vous vous sentez confuse et peu sûre de ses intentions ; cela éveille votre jalousie et votre ressentiment, comme s'il était en train de jouer sur plusieurs tableaux à la fois avec toutes ces femmes. "

Mlle A. : " C'est vrai, je me sens terriblement jalouse par moments, je sais que cela va détruire notre relation un jour. Je m'en veux d'être aussi jalouse car ça a tellement peu à voir avec la réalité. [Elle pleure] J'ai toujours été comme ça et je ne comprends pas pourquoi. J'ai tout le temps besoin d'être rassurée, de savoir qu'il a envie d'être avec moi ; le moindre indice - même si c'est quelque chose que j'ai moi-même inventé -- qu'il s'intéresse moins à moi me ronge à l'intérieur. L'autre jour, nous étions en train de nous dire que cela fera bientôt un an que nous sommes ensemble ; je lui ai demandé ce que cela voulait dire pour lui et il m'a répondu que tout ce qu'il veut c'est d'être avec moi. Nous habitons ensemble pratiquement toute la semaine maintenant. De temps en temps il rentre à Brighton parce que sa mère et ses amis y habitent, mais pendant tout le reste de la semaine il habite chez moi. Mais je ne supporte pas que d'autres femmes, plus jeunes, le regardent quand nous sommes ensemble. Le fait qu'il est plus jeune que moi et qu'il a gardé un côté adolescent me donne l'impression d'être une vieille femme. Je n'ai jamais connu cette situation-là. [Silence] L'idée que je n'aurai jamais d'enfant me contrarie terriblement. [Elle pleure] Je ne suis pas sûre que Michael souhaite en avoir. Il y a deux ans environ il s'est fait opérer d'un testicule ; récemment encore cela lui faisait mal, donc il est retourné voir le spécialiste qui lui a dit qu'il pouvait l'enlever complètement si c'est ce que souhaitait Michael. [Silence] Vendredi, je l'ai appelé à son travail et il m'a répondu qu'il allait rentrer un peu plus tard que d'habitude car il voulait tout terminer avant sa semaine de congé ; je lui ai dit que je préparerais le dîner et que ce serait prêt dès qu'il rentrerait. Puis il m'a rappelée pour me dire qu'il allait rentrer plus tard que prévu ; j'ai aussitôt pensé à sa secrétaire, qui est quelqu'un de très enthousiaste, me disant qu'ils étaient restés tous les deux ensemble. Je lui ai demandé avec qui il était ; il m'a répondu qu'il était tout seul et qu'il rentrerait dès que possible. Sa secrétaire était partie bien plus tôt, mais j'avais commencé à me sentir comme la petite ménagère qu'on laisse à la maison et cela m'a mise très en colère. "

P. W. : " Je crois en effet que vos crises de colère et de jalousie ont un effet sur vos relations, notamment par rapport à Michael et à moi-même. C'est peut-être ce qui se passe quand quelqu'un vous manque, quelqu'un dont vous avez besoin mais qui n'est pas disponible. Peut-être que la question pourrait se formuler ainsi : est-ce que vous allez pouvoir supporter la douleur d'attendre impatiemment Michael ou moi, ou faut-il, dans votre tête, détruire ces relations ? "

Mlle A. : " Je sais qu'autrefois je me donnais des airs de supériorité afin d'éviter de me sentir rejetée, mais je ne me suis jamais rendu compte que j'avais toute cette jalousie à l'intérieur de moi. Je ne suis pas quelqu'un de supérieur. C'est comme si je ne pouvais pas faire confiance à Michael quand il parle à quelqu'un d'autre ; je panique à l'idée qu'il va s'en aller et me quitter. Puis je n'ai pas confiance non plus quand il me dit qu'il ne fera pas cela. J'ai toujours des soupçons. Je ne peux rien lui reprocher, ce n'est pas de sa faute. Parfois je pense que je suis constamment à l'affût d'indices qui prouveraient qu'il ne m'aime pas. Je vois son point de vue : ça doit être difficile de vivre avec quelqu'un comme moi. Cela me donne l'impression que je ne pourrais jamais avoir une bonne relation avec qui que ce soit. "
[Elle pleure.]

Mlle A. continue à parler de cette façon. Elle ajoute qu'elle trouve difficile son travail au sein de l'association de soutien aux malades mentaux car souvent elle comprend le point de vue des psychiatres à propos de certains patients difficiles ; de ce fait, elle se sent incapable de dire lequel des deux a raison.

*****

Pour terminer, je voudrais souligner ce qui m'apparaît comme les éléments thérapeutiques essentiels des séances que j'ai rapportées, éléments qui se retrouvent dans l'analyse de n'importe quel patient borderline typique, comme l'est Mlle A.. D'abord, contenir les angoisses psychotiques - ou, pour reprendre le terme de W. R. Bion, les éléments-bêta. À mon avis, si ces angoisses non réprésentables psychiquement ne sont pas contenues, la thérapie ne pourra pas progresser. Lié très étroitement à cela est un deuxième facteur : l'utilisation du contre-transfert. Ce type de patient fonctionne au moyen de clivages violents et d'identification projective : de ce fait, l'analyste devra tolérer et métaboliser les états émotionnels non élaborés que, pour le moment, le patient ne peut pas supporter. Troisièmement, l'interprétation des messages psychotiques d'une part, non psychotiques d'autre part. La tâche de l'analyste et de restituer à l'idéation psychotique le sens symbolique latent dont elle a été dépouillée et de le communiquer au patient sous une forme acceptable par son Moi ; ainsi, l'investissement psychique du Moi du patient se détournera des processus psychotiques et accédera de plus en plus à des modes de pensée non psychotiques.

 

Texte présenté à la Journée d'Etude du GERCPEA à Luxembourg le 25 juin 2004

 

 
 


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last modified: 2007-01-19