Du corps, des formes, des mouvements et du rythme comme précurseurs
de l'émergence de l'intersubjectivité et de la parole chez
le bébé(Une réflexion sur les débuts du langage
verbal)
par Bernard GOLSE et Valérie DESJARDINS
" Ce n'est pa s que le nom fût loin, il était là,
tout près de lui, il était sur le bout de sa langue.
Il flottait autour de sa bouche comme une ombre "
(in : " Le nom sur le bout de la langue " de Pascal QUIGNARD,
1993)
Introduction
L'ensemble de ce travail est le fruit d'une collaboration qui s'origine
dans notre rencontre autour des deux domaines du langage et de la musique.
La mise en interaction de ces deux domaines a donné naissance à
un programme de recherches intitulé " PILE " (Programme
International pour le Langage de l'Enfant).
Se trouvent tout particulièrement envisagés les précurseurs
corporels et comportementaux de l'accès au langage verbal, parmi
lesquels pourraient peut-être être repérés des
signes de dépistage précoce ou des facteurs de risque des
dysphasies (formes extrêmes et complexes des retards de langage
de l'enfant qui ne peuvent, à l'heure actuelle, être affirmées
avec certitude qu'à l'âge de cinq ou six ans), voire des
clignotants d'alarme des graves troubles de la communication (dans le
champ de l'autisme infantile et des psychoses précoces, par exemple).
Trois domaines-cibles ont ainsi été retenus : l'analyse
structurale des vocalises du bébé, l'étude des mouvements
des pieds et des mains du bébé, l'étude enfin du
regard du bébé et de ses mouvements oculaires, tout ceci
de manière concomitante et synergique, et sur le fond de l'analyse
des interactions parents-bébé et de la prise de parole par
l'adulte.
Par sa mise en uvre d'une collaboration originale quant à
l'analyse et au traitement des images entre d'une part des pédopsychiatres,
des psychologues et des psychanalystes, et d'autre part des mathématiciens
et des statisticiens, ce programme de recherches se veut exemplaire d'une
nouvelle approche trans-disciplinaire du développement du bébé
et de ses troubles.
Après avoir brièvement rappelé les données
essentielles concernant les deux grands types de communication (analogique
et digitale), nous présenterons nos hypothèses de départ,
avant de montrer comment le bébé nous aide à passer
d'un structuralisme des états à un néo-structuralisme
des formes fixes et des mouvements, et nous conclurons enfin sur la présentation
des quelques résultats préliminaires à propos des
vocalises.
Les deux grands types de communication
(et leur intrication au sein même du langage verbal)
Il est devenu classique d'opposer les deux grands registres de la communication
que sont la communication "analogique" (infra-verbale ou pré-verbale,
ou pré-linguistique) d'une part, et la communication "digitale"
(verbale ou linguistique) d'autre part.
D'un certain point de vue, tout les sépare, tout les oppose.
La communication analogique serait surtout supportée par l'hémisphère
cérébral mineur (le droit pour les droitiers), elle serait
surtout de type synthétique et elle véhiculerait principalement
des émotions ou des affects, et ceci par le biais d'éléments
non codés, au sens des signes saussuriens, mais beaucoup plus globaux
et analogiques, en référence au matériel à
transmettre (d'où le choix de ce terme pour la définir).
La communication digitale, quant à elle, serait supportée
par l'hémisphère majeur (le gauche pour les droitiers),
elle serait surtout de type analytique et elle véhiculerait principalement
des concepts, et ceci par le biais d'éléments codés
de type " digits " d'information (d'où le choix de son
terme générique).
Autrement dit, la communication analogique concernerait surtout la transmission
non verbale de messages de type émotionnel ou affectif, par le
biais de comportements non linguistiques (mimiques, regards, gestique
) tandis que la communication digitale concernerait surtout la transmission
verbale de messages de type conceptuel ou idéique, par le biais
de comportements linguistiques (mots, phrases, locutions
).
Il serait cependant réducteur de vouloir faire de la communication
analogique un équivalent de la communication préverbale,
et de la communication digitale un synonyme de la communication verbale.
De même, il serait illusoire de penser que la communication analogique
serait seulement du côté de la métonymie, et la communication
digitale seulement du côté de la métaphore.
En effet, les choses sont à l'évidence plus intriquées.
Ce sur quoi nous voudrions insister, c'est qu'il y a, en réalité,
une concaténation serrée entre ces deux types de communication,
que chacun d'entre eux peut servir conjointement des desseins métonymiques
et métaphoriques (ce qui renvoie au concept " d'oscillation
métaphoro-métonymique " de G. ROSOLATO), et surtout
qu'il y a de l'analogique dans le digital, si l'on ose s'exprimer ainsi,
c'est-à-dire qu'il existe une partie non verbale du verbal lui-même,
soit la musique du langage.
Cette dernière notion est essentielle pour comprendre l'entrée
de l'in-fans dans l'ordre du langage.
La chaîne parlée se compose en effet d'un contenu et d'un
contenant :
L'idée de contenu verbal renvoie aux éléments de
l'énoncé (phonèmes, monèmes, syllabes, mots
ou phrases selon le type de découpage que l'on adopte et qui se
matérialise dans les concepts de lexique ou de sémantique)
L'idée de contenant verbal renvoie d'une part aux règles
de l'énonciation qui organise l'énoncé (grammaire
ou syntaxe) et d'autre part, à la musique du langage (prosodie,
timbre, ton et intensité de la voix, rythme, débit, silences
)
Mais, le contenant est en fait aussi, d'une certaine manière, le
contenu de la parole en ce sens qu'il est le cur de celle-ci, puisque
premier dans la genèse par rapport au contenu. Dans la construction
de la parole, il apparaît également que c'est le contenu
qui cherche à s'adapter au contenant, le contenant est ce qui donne
le sens profond d'une parole mais, par ailleurs, quand on écoute
quelqu'un, le contenu fonctionne aussi comme un contenant puisqu'il guide
et qu'il soutient l'écoute,
La chaîne parlée se compose donc d'une partie segmentaire,
ou plutôt segmentable, à savoir son énoncé
linguistique proprement dit, et d'une partie non segmentaire, non segmentable
ou supra-segmentaire, à savoir son énonciation de type musical
(d'où l'importance de ce qu'on dénomme le " ton "
au sein du jeu théâtral).
La partie segmentaire du langage verbal véhicule la partie cognitive
proprement dite du message, soit la partie véritablement idéique
de l'énoncé, alors que sa partie supra-segmentaire véhicule
probablement la partie plus émotionnelle et motivationnelle de
celui-ci, soit l'expression des conditions affectives de son énonciation.
Ce qu'il importe de souligner dans le cadre de ces quelques pages, c'est
que le bébé, contrairement à ce que F. DOLTO et d'autres
ont pu soutenir en leur temps, n'entrerait pas dans le langage par la
partie symbolique et digitale de celui-ci, mais bien plutôt par
sa partie affective et analogique.
Le bébé, en effet, semble beaucoup plus sensible, tout d'abord,
à la musique du langage et des sons (celui qu'il entend et ceux
qu'il produit) qu'à la signification des signes en tant que tels
(l'intégration du lien entre signifiant et signifié étant
sans doute davantage le fait d'un apprentissage que d'une sorte de révélation
immédiate).
Pour entrer dans l'ordre du langage (et du symbolique verbal), le bébé
a besoin - non pas de savoir - mais d'éprouver et de ressentir
profondément que le langage de l'autre (et singulièrement
de sa mère) le touche et l'affecte, et que celle-ci est affectée
et touchée en retour par ses premières émissions
vocales à lui.
C'est pourquoi, dans le champ du développement précoce,
la linguistique saussurienne nous est sans doute d'un moindre apport qu'une
linguistique plus dynamique et subjectale (J.L. AUSTIN, J.S. BRUNER),
car nous avons, nous semble-t-il, plus besoin dans ce champ d'une linguistique
de l'énonciation que d'une linguistique de l'énoncé,
à l'instar des travaux de U. ECO qui centre son regard davantage
sur les conditions dynamiques de la production des signes que sur l'organisation
statique de ceux-ci.
Dans cette perspective, on comprend bien dès lors, l'impact possible
des dépressions maternelles sur l'instauration et le développement
du langage chez l'enfant, dans la mesure où ces dépressions
affectent parfois profondément les qualités de la voix et
de la musique du langage de la mère.
Si la voix de la mère ne lui fait rien, et si les émissions
vocales du bébé ne font rien à sa mère, trop
absorbée dans son mouvement dépressif ou dans tel ou tel
autre mouvement psycho-pathologique, alors, du point de vue du bébé
: " A quoi bon parler ? "
Tels sont les principaux rappels que nous voulions faire, avant de présenter
maintenant nos hypothèses de départ.
Nos hypothèses de départ
Le bébé se construit à partir des mouvements qui
viennent de l'extérieur (l'extérieur renvoyant ici à
ce qui est perçu comme tel par le tiers observateur), ces mouvements
comprenant aussi bien les mouvements du corps et de la voix de la mère
que ceux du bébé.
L'idée de s'intéresser d'abord aux mouvements corporels
du bébé vient en fait de l'idée que les capacités
de narration verbale s'originent en réalité dans l'aptitude
du bébé à une narration comportementale ou pré-verbale
par laquelle l'enfant " raconte " quelque chose de son vécu
et de son histoire (B. GOLSE).
Cette narration analogique ou préverbale précède
l'émergence de la narration verbale qu'elle prépare et conditionne
éventuellement, encore qu'il ne s'agisse pas d'un enchaînement
linéaire entre ces deux types de narrativité, puisque la
narrativité pré-verbale (communication de type analogique)
persistera, toute la vie durant, aux côtés de la narrativité
verbale (communication de type digital) dont elle représente une
sorte d'ombre portée.
Autrement dit, les racines de certains retards de langage et, notamment
des dysphasies, sont à rechercher en dehors du langage verbal proprement
dit, dans le champ de la communication analogique, et dans le registre
des interactions et des émotions auquel celle-ci renvoie fondamentalement.
Les mouvements des mains
Certains travaux ont déjà montré que le bébé
a des mouvements particuliers de ses membres supérieurs quand on
lui adresse la parole, des mouvements lents et des mouvements plus rapides,
avec un équilibre dynamique probablement subtil entre les deux.
Nous avons donc décidé de nous centrer, dans la perspective
d'une approche globale, sur l'étude des vocalises et des mouvements
des membres du bébé en situation dialogique, soit dans un
cadre relativement proche de celui proposé par E. FIVAZ-DEPEURSINGE
et coll., à Lausanne, sous le terme de " Trilogic Play Lausanne"
(TPL).
Quand nous parlons, nous avons presque immanquablement des mouvements
des bras et des mains.
Il est possible qu'il existe à ce sujet des variations socio-culturelles
(on " parle plus avec les mains " dans certains pays que dans
d'autres), mais il est difficile d'imaginer un locuteur strictement immobile,
sauf à placer son interlocuteur en situation de perplexité
et d'étrangeté plus ou moins inquiétantes.
Quelle est donc la fonction de ces mouvements d'accompagnement du langage
verbal, mouvements qui semblent si importants alors même qu'ils
ne changent rien à la teneur conceptuelle du message verbal lui-même
?
Il s'agit d'une question délicate, mais passionnante.
Trois pistes de réflexion nous paraissent envisageables, pour l'instant.
* Tout d'abord, on peut imaginer que ces mouvements revêtent une
valeur défensive par le biais d'une " enveloppe d'agitation
motrice " (D. ANZIEU) à l'égard de la vulnérabilité
narcissique propre à toute prise de parole.
Parler comporte en effet toujours un risque : le risque de ne pas être
compris, d'être mal compris ou d'être méjugé
tant que l'on n'est pas parvenu au terme de sa phrase ou de son propos.
Entre le début de la phrase et la fin de celle-ci, il s'ouvre donc
inéluctablement une sorte de béance narcissique qui pousse
d'ailleurs certains sujets à parler très vite, dans une
tentative souvent illusoire de combler un tant soit peu cette période
de vulnérabilité (un peu à la manière des
enfants qui découvrent la marche mais qui, étant encore
très instables, courent plutôt qu'ils ne marchent pour essayer
de réduire le laps de temps entre l'appui lâché et
l'appui retrouvé).
Cette vulnérabilité narcissique de l'enfant lors des premières
prises de parole sera, ensuite, ultérieurement renforcée
(ou remplacée ?) par une fragilisation liée à l'afflux
des fantasmes sexuels et ceci, notamment lors de l'expression langagière
au moment de la puberté.
Telle est l'antinomie entre le langage et la pensée : celle-ci
se déploie synchroniquement (dans l'instant), alors que celui-là
se déploie diachroniquement (dans le temps), ce qui revient à
dire que la phrase a une incompressible durée tandis que la pensée
se trouve libre de ce lest temporel.
Bouger quand on parle aurait ainsi une fonction développementale
mais aussi une fonction de défense à l'égard de ces
angoisses intrinsèquement liées à l'acte de parole.
* Mais ceci ne suffit pas à la compréhension de ces mouvements
d'acompagnement, car il ne s'agit pas de n'importe quel mouvement.
Les mouvements caractéristiques sont ceux des bras et des mains,
en une sorte de mouvement circulaire antéro-postérieur,
les mains se propulsant en haut et en avant, pour revenir ensuite vers
soi selon une direction en bas et en arrière.
Ces mouvements nous ont évoqué les fameuses " boucles
de retour " décrites par G. HAAG chez les bébés
de quelques mois qui, en accédant à l'intersubjectivité,
découvrent en quelque sorte le circuit de la communication et qui
le figurent, ainsi, dans ces mouvements des mains ayant alors valeur d'image
motrice.
Tout se passe un peu, dit G. HAAG, comme si ces bébés voulaient
nous " démontrer " qu'ils ont ressenti qu'on peut envoyer
à un autre, différent de soi, quelque chose de soi-même
(un message, ou surtout une é-motion), et que ce matériel
psychique ou proto-psychique va ensuite trouver chez l'autre un fond à
partir duquel il va pouvoir faire retour à l'envoyeur.
Ces mouvements des mains auraient ainsi valeur de récit, en ce
sens qu'en parallèle du langage verbal instauré, ils continueraient,
d'une certaine manière, à nous raconter analogiquement quelque
chose de la naissance même de la communication.
Deux récits se côtoieraient ainsi, historiquement décalés
: un récit analogique des origines et de la découverte de
la communication, en doublure du récit digital, soit du récit
verbal actuel.
Deux temps du récit et deux modes du récit qui nous renvoient
peut-être à la question de " l'identité narrative
" de l'être humain si chère à P. RICOEUR.
* Enfin, last but not least, les mains du bébé prennent
un rôle central en raison du fait que, d'abord incluses visuellement
pour le bébé dans l'ensemble des mouvements qui l'entourent,
elles peuvent être progressivement maîtrisées par lui,
et ressenties comme maîtrisables.
Ces mouvements d'accompagnement du langage verbal occupent ainsi une place
centrale dans le processus d'accès à l'intersubjectivité,
et dans l'émergence d'un véritable processus d'appropriation,
par l'enfant, de son système de communication.
Le regard
Le regard du bébé ne sert peut-être pas essentiellement
à repérer des configurations statiques, mais aussi et surtout
à repérer des mouvements en référence à
des formes fixes car il n'y a pas de perception possible d'un monde immobile.
Le mouvement peut être le fait de l'objet, mais il peut également
être conféré à l'objet par le phénomène
de segmentation sur lequel nous reviendrons plus loin (clignement des
paupières, et mouvements des pupilles par exemple).
Les vocalises
Comme nous le reverrons ci-dessous, il n'y a pas de co-modalité
possible sans une réelle articulation des rythmes propres à
chaque modalité sensorielle, ce qui exclut la possibilité
d'un authentique chaos sonore.
De ce fait, le bébé fonctionnant par essence en co-modalité,
ceci suppose un traitement possible de " l'objet sonore " (S.
MAIELLO) qui ne soit pas interprété, même dans l'après-coup,
en termes de perte ou d'absence, mais d'emblée en termes de structure
dynamique et complexe incluant des variations de rythme plus ou moins
irrégulières.
Les vocalises du bébé ne peuvent être initialement
dissociées par lui des autres stimulus sonores de son environnement
(la voix de la mère notamment), et ce sont les spécificités
de cet environnement interactif qui vont permettre une mise en phase rythmique
des perceptions sensitivo-sensorielles du bébé.
Compte tenu de ces processus co-modaux, pour le bébé, ses
vocalises et ses premiers mots ne sont pas seulement de l'air dans une
bouche vide.
Par le biais de la co-modalité perceptive, ceux-ci sont d'abord
perçus par lui comme une véritable " substance "
sonore qui emplit la cavité buccale, et l'on sait que N. ABRAHAM
et M. TOROK ont bien montré que pour accéder au langage
et à la possible symbolisation des objets absents, il faut que
la bouche soit d'abord " vide de sein " avant de " pouvoir
se remplir de mots ".
C'est aussi ce que nous apprennent les enfant autistes pour qui parler
et émettre des sons peut donner lieu à de profondes angoisses
archaïques de type non seulement de perte, mais d'arrachage d'une
partie de soi (F. TUSTIN), ce qu'on peut retrouver dans le matériel
des cures et, notamment, lors de certains mutismes psychotiques qui peuvent
renvoyer à la crainte que les mots émis ne viennent sombrer
dans le gouffre d'un écart inter-subjectif si douloureux à
admettre pour ces patients.
Parler, pour les sujets atteints de pathologies graves, peut donc être
ressenti en termes de perte des mots prononcés, soit de mots-substance
invisibles et dès lors, les mouvement des mains décrits
ci-dessus pourraient éventuellement venir témoigner du besoin
du bébé de récupérer par la vision, la kinesthésie
et le toucher (vision et ressenti du mouvement de ses propres mains) l'éventuel
vécu de perte qui s'attache originellement au langage.
En effet, pour le bébé qui fonctionne en co-modalité
et en trans-modalité perceptives, la vision de l'éloignement
et du rapprocher des mains (au cours de leurs mouvements en boucle) viendrait
à la fois témoigner du vécu de perte des mots émis
(traduction co-modale) et colmater cette perte par une récupération
visuelle (défense trans-modale).
Pour un néo-structuralisme des formes fixes et des mouvements
Dans le débat actuel sur les modes d'accès à l'intersubjectivité
(condition de l'accès au langage verbal), on sait la polémique
qui existe, aujourd'hui, entre les tenants d'une période d'indifférenciation
primaire (telle que l'évoquent les principaux modèles psychanalytiques
classiques), et les tenants d'une intersubjectivité primaire fondée
sur les compétences précoces du bébé dans
les différents domaines de la perception, de la représentation,
de la mémorisation et des processus d'agentialisation (D.N. STERN,
C. TREVARTHEN).
On peut penser qu'il existe une troisième voie dialectique, et
plus dynamique, entre ces deux approches.
L'idée est alors qu'il existerait d'emblée des moments d'intersubjectivité
primaire qui demandent à être progressivement travaillés
et unifiés afin d'amener, peu à peu, le bébé
à une intersubjectivité stabilisée.
Le rôle du fonctionnement de l'objet maternel est bien évidemment
essentiel ici, pour permettre cette confluence graduelle de ces moments
d'intersubjectivité primaire.
Quoi qu'il en soit, on sent bien désormais que la question n'est
plus tant celle d'un structuralisme des états (état intersubjectif
versus état non intersubjectif), mais bien plutôt celle d'un
néo-structuralisme de la dynamique qui permet la transition d'un
état à un autre.
Ce passage d'un structuralisme des états à un néo-structuralisme
des processus (structuralisme des mouvements en référence
aux formes fixes) est particulièrement sensible dans le champ de
l'étude du bébé et de ses processus de communication
qui, seule, pouvait permettre un tel changement de vertex.
C'est pourquoi nous allons poser ma intenant quelques jalons à
propos de divers concepts-clefs dans la compréhension de l'ontogenèse
psychique.
Comodalité perceptive et mouvements
Le concept de perception en co-modalité renvoie en fait à
deux expériences différentes : soit l'objet est perçu
par nos cinq sens simultanément (comme c'est le cas habituel, chez
l'adulte), soit l'objet n'est perçu que par un seul sens à
la fois (selon le mécanisme de démantèlement, normal
ou pathologique, sur lequel nous reviendrons), mais cette modalité
sensorielle vient alors recruter les autres modalités sensorielles
au sein même de l'appareil psychique du sujet.
Dans le premier cas, et c'est ce qui fait de toute perception un phénomène
éminemment complexe, chaque modalité sensorielle recrute
également les quatre autres, ce qu'un auteur comme W.R. BION évoquait
peut-être par son concept de " sens commun ".
Il importe de signaler ici, comme l'ont déjà fait Ph. MAZET
et H. SITBON, qu'il existe une dialectique entre l'aptitude du bébé
à la co-modalité perceptive et les capacités maternelles
d'accordage affectif transmodal, dialectique constituant peut-être
l'une des racines de la métaphorisation dans l'espèce humaine.
A partir de là, la question est alors de savoir comment le bébé
intègre le mouvement alors même qu'il ne dispose que de cinq
modes perceptifs ?
Puisque la perception est de type co-modale, puisque le mouvement forme
le vif de la perception et puisque le mouvement ne peut être traité
que par segmentation, force est donc d'admettre que le mouvement ne peut
être perçu que par co-modalité rythmée.
Le traitement des informations sensorielles par segmentation peut se définir
par les quatre paramètres suivants : l'impulsion rythmique, le
tempo, la pulsation et la dynamique, notions à propos desquelles
nous renvoyons le lecteur aux définitions musicales de ces termes.
Chaque modalité sensorielle est rythmée avec des pulsations
variables mais la co-modalité ne peut s'organiser que si, et seulement
si, chaque modalité sensorielle reconnaît une organisation
rythmique compatible avec celles des autres modalités sensorielles,
compatibilité qui n'est sans doute pas donnée d'emblée
mais qui est le fruit d'une harmonisation progressive des interactions
.
On voit bien ici comment s'organise la possibilité d'accrochages
autistiques en cas de dysfonctionnement interactif ne permettant pas la
mise en rythme des différentes modalités sensorielles, et
amenant dès lors à une prévalence de la continuité,
socle d'une temporalité lisse, mortifère et désubjectivante.
Démantèlement, segmentation et intersubjectivité
D. Meltzer a proposé le concept de " démantèlement
" qui, selon sa perspective, est un mécanise de défense
permettant à l'enfant autiste de ne pas être submergé
par les sensations émanant de l'environnement, grâce au clivage
inter-sensoriel de ses différentes perceptions.
Ainsi l'enfant autiste traiterait les objets sensation par sensation,
et certaines stéréotypies (de tapota ge, de flairage ou
de lêchage) peuvent être comprises comme une manière
de rentrer en contact avec l'objet, mais par le biais d'une seule modalité
sensorielle ainsi privilégiée.
A la suite de ces travaux, il est apparu que ce mécanisme était
également à l'uvre chez les bébés habituels
au tout début de la vie, mais que ceux-ci, à la différence,
peut-être, des futurs enfants autistes, parvenaient à effectuer
un travail de " mantèlement " de leurs sensations au
cours de certains moments interactifs privilégiés, et notamment
au cours de la tétée que D. MELTZER conceptualise comme
un " moment d'attraction consensuelle maximum ".
Mais, par ailleurs, nous avons vu ci-dessus que la segmentation des différents
flux sensitivo-sensoriels était indispensable pour permetttre la
perception et qu'il s'agit, ici, d'un mécanisme intra-sensoriel,
à la différence du démantèlement qui est un
mécanisme inter-sensoriel.
Au moment de la tétée, selon D.M. MELTZER, le bébé,
en rassemblant les diverses sensations issues de l'objet maternel aurait,
fugitivement, le ressenti ou le vécu de l'existence d'un point
extérieur à lui d'où lui viennent simultanément
ses diverses sensations, et sa satisfaction.
L'accès à l'intersubjectivité serait ainsi étroitement
lié à la possibilité d'un mantèlement des
sensations, d'abord démantelées.
Il nous apparaît aujourd'hui que le démantèlement
intersensoriel de D.M. MELTZER, ou plutôt la possibilité
de mantèlement et la segmentation intra-sensorielle rythmique que
nous venons de décrire se trouvent, probablement, en relation dialectique
étroite.
En effet, répétons-le, le mantèlement de sensations
distinctes ne peut s'opérer qu'à travers une compatibilité
du rythme des sensations segmentées, le mantèlement ne correspondant
pas à une simple sommation des sensations mais bien plutôt
à une organisation complexe dans laquelle l'objet maternel, son
fonctionnement interactif et son langage jouent un rôle de contenance
et de transformation essentiel (W.R. BION).
Il existerait toutefois deux modalités de segmentation principales,
l'une centrale et l'autre périphérique.
La segmentation centrale renvoie au fond à la périodicité
des processus d'attention telle que S. FREUD en parle dans son article
intitulé " Formulations sur les deux principes du cours des
évènements psychiques " (1911), et telle qu'il en reparle
da ns son article sur " La négation " (1925) :
" La perception n'est pas un processus purement passif, mais le moi
envoie périodiquement dans le système de perception, des
petites quantités d'investissement grâce auxquelles il déguste
les stimulus extérieurs pour, après chacune de ces incursions
tâtonnantes, se retirer à nouveau. "
Des troubles de la segmentation centrale pourraient ainsi être évoqués
dans le champ de l'autisme infantile (travaux sur le fonctionnement de
la substance réticulée du tronc cérébral),
voire dans celui de l'hyperactivité mais bien entendu il faut tenir
compte également du rôle de l'objet qui a, de son côté,
une fonction facilitatrice ou entravante de cette segmenta tion rythmique
des flux sensoriels.
On sait aujourd'hui qu'une asynchronie des interactions peut gêner
l'accès de l'enfant à une exploration ciblée de son
environnement (cibles d'abord variables, puis visage de la mère
et objets tiers enfin).
De ce fait la segmentation est aussi périphérique fondée
sur la congruence du rythme des interactions, et sur leur synchronie avec
les capacités propres de segmentation du bébé (clignement
des paupières, mouvements oculaires, discontinuité du toucher
).
Finalement, on peut avancer l'idée qu'à partir d'une segmentation
réussie des divers flux sensoriels (segmentation centrale et périphérique),
leur mantèlement devient possible par l'articulation profonde des
différentes modalités perceptives grâce à la
dimension intégra tive des interactions.
A partir de là, l'enfant peut être acteur de sa manière
de traiter les informations en provenance de son environnement, et s'ouvre
ainsi à lui la possibilité d'un accès à l'intersubjectivité
(seul un objet mantelé peut être perçu comme distinct),
et partant au langage.
Formes fixes, mouvements et affects
Il n'y pas de parole possible sans ouverture sur l'extérieur.
La potentialité d'une extériorité est une condition
sine qua non pour que puisse, un jour, émerger le langage à
partir de l'accès à l'intersubjectivité dont nous
venons de rappeler quelques fondements.
Dans les lignes qui suivent, quand nous parlons d'extérieur, il
ne s'agit encore que d'une potentialité qui ne s'actualisera que
dans l'établissement d'une ligne de démarcation dont la
genèse renvoie à toute la dynamique envisagée par
S. FREUD dans son travail sur " La négation ".
Le bébé s'organise avec deux types d'informations nécessaires
et suffisantes, et qui doivent être concomitantes dans la mesure
où aucune perception de mouvement ne peut se faire sans référence
à une forme fixe .
- Les formes fixes (contour extérieur du visage de la mère,
nez, sensation du dos en appui
) doivent être éprouvées
par le bébé comme potentiellement extérieures à
lui-même.
- Les mouvements sont traités et intégrés, nous
l'avons dit, par une perception comodale rythmée, et il est important
également que le bébé puisse les ressentir comme
s'inscrivant dans un dehors encore en devenir. Si la comodalité
perceptive est moins efficace, la recherche de la forme fixe est sans
doute moins aisée.
Mais si le bébé a besoin d'un extérieur potentiel
pour construire sa parole, il a également besoin d'un système
référentiel à valeur organisatrice de ses perceptions.
Il nous semble que ce lieu des formes fixes et des mouvements susceptibles
de jouer un rôle organisateur chez le bébé est, par
essence, le corps de la mère avec toute sa dynamique, et en particulier
son visage, corps et visage se trouvant animés par son langage,
et par les affects qui habitent celui-ci et qui vont permettre a u bébé
d'édifier une véritable sémiologie de l'affect.
L'affect est donc le facteur principal qui d'une part unifie ce qui émane
de la mère, et d'autre part maintient une diversité de l'information
au niveau des cinq modalités sensorielles.
Nous rejoignons ainsi tous les travaux de D.N. STERN sur les mécanismes
intimes de " l'accordage affectif " (ou " harmonisation
des affects) qui soulignent à l'envi une jonction étroite
entre l'affect et le mouvement.
Retour sur le langage
Même si le lecteur a le sentiment que nos propos nous ont emmenés
un peu loin de la question de l'avènement du langage, en réalité
ce détour apparent nous était absolument nécessaire
pour faire sentir à quel point l'émergence du langage de
l'enfant s'enracine dans le vif de la construction de son monde interne.
Il s'agit d'un véritable travail de mise en forme que l'enfant
est amené à faire à partir de sa perception des formes
et des mouvements, en lui et en l'autre, et c'est pourquoi nous évoquons,
à ce sujet, le concept d'un néo-structuralisme des formes
fixes et des mouvements.
Le bébé perçoit des formes et des mouvements dont
il ne connaît pas la source et dont il doit repérer la structure
intime qui ne peut être qu'une structure de type dynamique.
Les mots du langage de la mère (ou du parent) en constituent probablement
la source organisatrice cachée.
Lorsqu'un parent parle à son bébé, le langage en
tant que tel lui demeure, d'une certaine manière caché,
caché car le langage est l'être-même : seuls les mouvements
et les formes fixes peuvent être offerts et transmis à la
perception du bébé.
C'est seulement dans un deuxième temps que les mots de l'adulte
seront intégrés par le bébé en fonction de
ses processus d'appropriation, et dans le cadre d'un acte authentique
d'autonomisation.
Le langage dans sa forme globale n'est pas transmissible en tant que tel.
Les mots du père et de la mère constituent seulement - mais
ceci est essentiel -la structure qui initie et organise les formes et
les mouvements que le bébé s'appropriera ultérieurement.
De la sorte, le bébé perçoit et s'approprie des formes
et des mouvements qui portent en eux une structure en creux, celle du
langage à venir et encore potentiel.
Conclusions
Au terme de ces quelques pages dont nous mesurons l'aspect certes inachevé
et partiellement hypothétique, il nous semble utile de reformuler
nos objectifs.
Nous avons voulu montrer que la possibilité d'émergence
du langage verbal de l'enfant s'origine fondamentalement dans ses capacités
de narration analogique et préverbale, et que celles-ci se trouvent
liées de manière étroite à la dynamique de
son accès à l'intersubjectivité.
Les mécanismes de mantèlement inter-sensoriel et de segmentation
intra-sensorielle des perceptions issues des différentes modalités
sensorielles s'équilibrent au sein d'une dialectique étroite
et profonde, pour permettre la mise en place de l'intersubjectivité
sans laquelle il n'y pas d'ouverture possible au tiers, et pas de possibilité
d'émergence langagière. Le rôle de l'objet est ici
essentiel qui va offrir les conditions rythmiques interactives du mantèlement
des perceptions obligatoirement segmentées, car il ne peut y avoir
de perception sans discontinuité.
Ces réflexions débouchent sur la prise en compte obligée
d'un structuralisme dynamique de l'intrication fonctionnelle entre formes
fixes et mouvements (de soi comme de l'autre), et non plus d'un structuralisme
des états dont l'aspect par trop figé ne rend pas justice
au subtil travail psychique du bébé.
Le langage verbal de l'adulte n'est pas transmis en tant que tel au bébé,
mais seulement via les formes fixes et les mouvements dont la perception
rythmée par l'enfant organise chez lui une authentique sémiologie
de l'affect.
Autrement dit encore, le langage verbal de l'adulte tire, paradoxalement,
de sa part cachée, l'efficace de sa transmission.
C'est grâce à son " interprétation " structurale
dynamique des mouvements et des formes fixes perceptibles au sein de son
environnement (incluant l'autre et lui-même) qu'il va pouvoir affecter
le langage de l'adulte et, secondairement, le sien propre, le corps et
le visage de la mère jouant alors ici comme organisateur contextuel
central dans ce travail de repérage et d'organisation structurale.
Eléments bibliographiques appelés dans le texte
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Introjecter-Incorporer. Deuil ou Mélancolie
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J.L. AUSTIN
Quand dire c'est faire
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W.R. BION (1962)
Aux sources de l'expérience
P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", paris,
1979 (1ère éd.)
W.R. BION (1963)
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P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", paris,
1979 (1ère éd.)
W.R. BION (1965)
Transformations - Passage de l'apprentissage à la croissance
P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", paris,
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Formulations sur les deux principes du cours des évènements
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Dunod, Coll. " Inconscient et Culture ", Paris, 1993
Cl. LEVI-STRAUSS
Mythologiques, IV : L'homme nu
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L'objet sonore - Hypothèse d'une mémoire auditive prénatale
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Musical syntax is processed in Broca's area : an MEG study
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C. ROMANO
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Et aussi :
Revue Accent
le journal de l'EIC, n°20, avril-juillet 2003.
Musée d'Orsay
Aux origines de l'abstraction, 1800-1914
Ed de la réunion des musées nationaux, 2003.
Texte rédigé pour le " Journal
de la psychanalyse de l'enfant "
Adresses-contact
Pr Bernard GOLSE
Service de Pédopsychiatrie
Hôpital Necker-Enfants Malades
149 rue de Sèvres, 75015 Paris-Fr
Tél : 01.44.49.46.74
Fax : 01.44.49.47.10
e-mail : bernard.golse@nck.ap-hop-paris.fr
Valérie Desjardins
63, rue de Levis
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