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Du corps, des formes, des mouvements et du rythme comme précurseurs de l'émergence de l'intersubjectivité et de la parole chez le bébé(Une réflexion sur les débuts du langage verbal)

par Bernard GOLSE et Valérie DESJARDINS


" Ce n'est pa s que le nom fût loin, il était là, tout près de lui, il était sur le bout de sa langue.
Il flottait autour de sa bouche comme une ombre "

(in : " Le nom sur le bout de la langue " de Pascal QUIGNARD, 1993)

Introduction

L'ensemble de ce travail est le fruit d'une collaboration qui s'origine dans notre rencontre autour des deux domaines du langage et de la musique.
La mise en interaction de ces deux domaines a donné naissance à un programme de recherches intitulé " PILE " (Programme International pour le Langage de l'Enfant).
Se trouvent tout particulièrement envisagés les précurseurs corporels et comportementaux de l'accès au langage verbal, parmi lesquels pourraient peut-être être repérés des signes de dépistage précoce ou des facteurs de risque des dysphasies (formes extrêmes et complexes des retards de langage de l'enfant qui ne peuvent, à l'heure actuelle, être affirmées avec certitude qu'à l'âge de cinq ou six ans), voire des clignotants d'alarme des graves troubles de la communication (dans le champ de l'autisme infantile et des psychoses précoces, par exemple).
Trois domaines-cibles ont ainsi été retenus : l'analyse structurale des vocalises du bébé, l'étude des mouvements des pieds et des mains du bébé, l'étude enfin du regard du bébé et de ses mouvements oculaires, tout ceci de manière concomitante et synergique, et sur le fond de l'analyse des interactions parents-bébé et de la prise de parole par l'adulte.
Par sa mise en œuvre d'une collaboration originale quant à l'analyse et au traitement des images entre d'une part des pédopsychiatres, des psychologues et des psychanalystes, et d'autre part des mathématiciens et des statisticiens, ce programme de recherches se veut exemplaire d'une nouvelle approche trans-disciplinaire du développement du bébé et de ses troubles.
Après avoir brièvement rappelé les données essentielles concernant les deux grands types de communication (analogique et digitale), nous présenterons nos hypothèses de départ, avant de montrer comment le bébé nous aide à passer d'un structuralisme des états à un néo-structuralisme des formes fixes et des mouvements, et nous conclurons enfin sur la présentation des quelques résultats préliminaires à propos des vocalises.


Les deux grands types de communication
(et leur intrication au sein même du langage verbal)

Il est devenu classique d'opposer les deux grands registres de la communication que sont la communication "analogique" (infra-verbale ou pré-verbale, ou pré-linguistique) d'une part, et la communication "digitale" (verbale ou linguistique) d'autre part.
D'un certain point de vue, tout les sépare, tout les oppose.
La communication analogique serait surtout supportée par l'hémisphère cérébral mineur (le droit pour les droitiers), elle serait surtout de type synthétique et elle véhiculerait principalement des émotions ou des affects, et ceci par le biais d'éléments non codés, au sens des signes saussuriens, mais beaucoup plus globaux et analogiques, en référence au matériel à transmettre (d'où le choix de ce terme pour la définir).
La communication digitale, quant à elle, serait supportée par l'hémisphère majeur (le gauche pour les droitiers), elle serait surtout de type analytique et elle véhiculerait principalement des concepts, et ceci par le biais d'éléments codés de type " digits " d'information (d'où le choix de son terme générique).
Autrement dit, la communication analogique concernerait surtout la transmission non verbale de messages de type émotionnel ou affectif, par le biais de comportements non linguistiques (mimiques, regards, gestique …) tandis que la communication digitale concernerait surtout la transmission verbale de messages de type conceptuel ou idéique, par le biais de comportements linguistiques (mots, phrases, locutions …).
Il serait cependant réducteur de vouloir faire de la communication analogique un équivalent de la communication préverbale, et de la communication digitale un synonyme de la communication verbale.
De même, il serait illusoire de penser que la communication analogique serait seulement du côté de la métonymie, et la communication digitale seulement du côté de la métaphore.
En effet, les choses sont à l'évidence plus intriquées.
Ce sur quoi nous voudrions insister, c'est qu'il y a, en réalité, une concaténation serrée entre ces deux types de communication, que chacun d'entre eux peut servir conjointement des desseins métonymiques et métaphoriques (ce qui renvoie au concept " d'oscillation métaphoro-métonymique " de G. ROSOLATO), et surtout qu'il y a de l'analogique dans le digital, si l'on ose s'exprimer ainsi, c'est-à-dire qu'il existe une partie non verbale du verbal lui-même, soit la musique du langage.
Cette dernière notion est essentielle pour comprendre l'entrée de l'in-fans dans l'ordre du langage.
La chaîne parlée se compose en effet d'un contenu et d'un contenant :
L'idée de contenu verbal renvoie aux éléments de l'énoncé (phonèmes, monèmes, syllabes, mots ou phrases selon le type de découpage que l'on adopte et qui se matérialise dans les concepts de lexique ou de sémantique)
L'idée de contenant verbal renvoie d'une part aux règles de l'énonciation qui organise l'énoncé (grammaire ou syntaxe) et d'autre part, à la musique du langage (prosodie, timbre, ton et intensité de la voix, rythme, débit, silences …)
Mais, le contenant est en fait aussi, d'une certaine manière, le contenu de la parole en ce sens qu'il est le cœur de celle-ci, puisque premier dans la genèse par rapport au contenu. Dans la construction de la parole, il apparaît également que c'est le contenu qui cherche à s'adapter au contenant, le contenant est ce qui donne le sens profond d'une parole mais, par ailleurs, quand on écoute quelqu'un, le contenu fonctionne aussi comme un contenant puisqu'il guide et qu'il soutient l'écoute,
La chaîne parlée se compose donc d'une partie segmentaire, ou plutôt segmentable, à savoir son énoncé linguistique proprement dit, et d'une partie non segmentaire, non segmentable ou supra-segmentaire, à savoir son énonciation de type musical (d'où l'importance de ce qu'on dénomme le " ton " au sein du jeu théâtral).
La partie segmentaire du langage verbal véhicule la partie cognitive proprement dite du message, soit la partie véritablement idéique de l'énoncé, alors que sa partie supra-segmentaire véhicule probablement la partie plus émotionnelle et motivationnelle de celui-ci, soit l'expression des conditions affectives de son énonciation.
Ce qu'il importe de souligner dans le cadre de ces quelques pages, c'est que le bébé, contrairement à ce que F. DOLTO et d'autres ont pu soutenir en leur temps, n'entrerait pas dans le langage par la partie symbolique et digitale de celui-ci, mais bien plutôt par sa partie affective et analogique.
Le bébé, en effet, semble beaucoup plus sensible, tout d'abord, à la musique du langage et des sons (celui qu'il entend et ceux qu'il produit) qu'à la signification des signes en tant que tels (l'intégration du lien entre signifiant et signifié étant sans doute davantage le fait d'un apprentissage que d'une sorte de révélation immédiate).
Pour entrer dans l'ordre du langage (et du symbolique verbal), le bébé a besoin - non pas de savoir - mais d'éprouver et de ressentir profondément que le langage de l'autre (et singulièrement de sa mère) le touche et l'affecte, et que celle-ci est affectée et touchée en retour par ses premières émissions vocales à lui.
C'est pourquoi, dans le champ du développement précoce, la linguistique saussurienne nous est sans doute d'un moindre apport qu'une linguistique plus dynamique et subjectale (J.L. AUSTIN, J.S. BRUNER), car nous avons, nous semble-t-il, plus besoin dans ce champ d'une linguistique de l'énonciation que d'une linguistique de l'énoncé, à l'instar des travaux de U. ECO qui centre son regard davantage sur les conditions dynamiques de la production des signes que sur l'organisation statique de ceux-ci.
Dans cette perspective, on comprend bien dès lors, l'impact possible des dépressions maternelles sur l'instauration et le développement du langage chez l'enfant, dans la mesure où ces dépressions affectent parfois profondément les qualités de la voix et de la musique du langage de la mère.
Si la voix de la mère ne lui fait rien, et si les émissions vocales du bébé ne font rien à sa mère, trop absorbée dans son mouvement dépressif ou dans tel ou tel autre mouvement psycho-pathologique, alors, du point de vue du bébé : " A quoi bon parler ? "
Tels sont les principaux rappels que nous voulions faire, avant de présenter maintenant nos hypothèses de départ.

Nos hypothèses de départ

Le bébé se construit à partir des mouvements qui viennent de l'extérieur (l'extérieur renvoyant ici à ce qui est perçu comme tel par le tiers observateur), ces mouvements comprenant aussi bien les mouvements du corps et de la voix de la mère que ceux du bébé.
L'idée de s'intéresser d'abord aux mouvements corporels du bébé vient en fait de l'idée que les capacités de narration verbale s'originent en réalité dans l'aptitude du bébé à une narration comportementale ou pré-verbale par laquelle l'enfant " raconte " quelque chose de son vécu et de son histoire (B. GOLSE).
Cette narration analogique ou préverbale précède l'émergence de la narration verbale qu'elle prépare et conditionne éventuellement, encore qu'il ne s'agisse pas d'un enchaînement linéaire entre ces deux types de narrativité, puisque la narrativité pré-verbale (communication de type analogique) persistera, toute la vie durant, aux côtés de la narrativité verbale (communication de type digital) dont elle représente une sorte d'ombre portée.
Autrement dit, les racines de certains retards de langage et, notamment des dysphasies, sont à rechercher en dehors du langage verbal proprement dit, dans le champ de la communication analogique, et dans le registre des interactions et des émotions auquel celle-ci renvoie fondamentalement.

Les mouvements des mains

Certains travaux ont déjà montré que le bébé a des mouvements particuliers de ses membres supérieurs quand on lui adresse la parole, des mouvements lents et des mouvements plus rapides, avec un équilibre dynamique probablement subtil entre les deux.
Nous avons donc décidé de nous centrer, dans la perspective d'une approche globale, sur l'étude des vocalises et des mouvements des membres du bébé en situation dialogique, soit dans un cadre relativement proche de celui proposé par E. FIVAZ-DEPEURSINGE et coll., à Lausanne, sous le terme de " Trilogic Play Lausanne" (TPL).
Quand nous parlons, nous avons presque immanquablement des mouvements des bras et des mains.
Il est possible qu'il existe à ce sujet des variations socio-culturelles (on " parle plus avec les mains " dans certains pays que dans d'autres), mais il est difficile d'imaginer un locuteur strictement immobile, sauf à placer son interlocuteur en situation de perplexité et d'étrangeté plus ou moins inquiétantes.
Quelle est donc la fonction de ces mouvements d'accompagnement du langage verbal, mouvements qui semblent si importants alors même qu'ils ne changent rien à la teneur conceptuelle du message verbal lui-même ?
Il s'agit d'une question délicate, mais passionnante.
Trois pistes de réflexion nous paraissent envisageables, pour l'instant.
* Tout d'abord, on peut imaginer que ces mouvements revêtent une valeur défensive par le biais d'une " enveloppe d'agitation motrice " (D. ANZIEU) à l'égard de la vulnérabilité narcissique propre à toute prise de parole.
Parler comporte en effet toujours un risque : le risque de ne pas être compris, d'être mal compris ou d'être méjugé tant que l'on n'est pas parvenu au terme de sa phrase ou de son propos.
Entre le début de la phrase et la fin de celle-ci, il s'ouvre donc inéluctablement une sorte de béance narcissique qui pousse d'ailleurs certains sujets à parler très vite, dans une tentative souvent illusoire de combler un tant soit peu cette période de vulnérabilité (un peu à la manière des enfants qui découvrent la marche mais qui, étant encore très instables, courent plutôt qu'ils ne marchent pour essayer de réduire le laps de temps entre l'appui lâché et l'appui retrouvé).
Cette vulnérabilité narcissique de l'enfant lors des premières prises de parole sera, ensuite, ultérieurement renforcée (ou remplacée ?) par une fragilisation liée à l'afflux des fantasmes sexuels et ceci, notamment lors de l'expression langagière au moment de la puberté.
Telle est l'antinomie entre le langage et la pensée : celle-ci se déploie synchroniquement (dans l'instant), alors que celui-là se déploie diachroniquement (dans le temps), ce qui revient à dire que la phrase a une incompressible durée tandis que la pensée se trouve libre de ce lest temporel.
Bouger quand on parle aurait ainsi une fonction développementale mais aussi une fonction de défense à l'égard de ces angoisses intrinsèquement liées à l'acte de parole.
* Mais ceci ne suffit pas à la compréhension de ces mouvements d'acompagnement, car il ne s'agit pas de n'importe quel mouvement.
Les mouvements caractéristiques sont ceux des bras et des mains, en une sorte de mouvement circulaire antéro-postérieur, les mains se propulsant en haut et en avant, pour revenir ensuite vers soi selon une direction en bas et en arrière.
Ces mouvements nous ont évoqué les fameuses " boucles de retour " décrites par G. HAAG chez les bébés de quelques mois qui, en accédant à l'intersubjectivité, découvrent en quelque sorte le circuit de la communication et qui le figurent, ainsi, dans ces mouvements des mains ayant alors valeur d'image motrice.
Tout se passe un peu, dit G. HAAG, comme si ces bébés voulaient nous " démontrer " qu'ils ont ressenti qu'on peut envoyer à un autre, différent de soi, quelque chose de soi-même (un message, ou surtout une é-motion), et que ce matériel psychique ou proto-psychique va ensuite trouver chez l'autre un fond à partir duquel il va pouvoir faire retour à l'envoyeur.
Ces mouvements des mains auraient ainsi valeur de récit, en ce sens qu'en parallèle du langage verbal instauré, ils continueraient, d'une certaine manière, à nous raconter analogiquement quelque chose de la naissance même de la communication.
Deux récits se côtoieraient ainsi, historiquement décalés : un récit analogique des origines et de la découverte de la communication, en doublure du récit digital, soit du récit verbal actuel.
Deux temps du récit et deux modes du récit qui nous renvoient peut-être à la question de " l'identité narrative " de l'être humain si chère à P. RICOEUR.
* Enfin, last but not least, les mains du bébé prennent un rôle central en raison du fait que, d'abord incluses visuellement pour le bébé dans l'ensemble des mouvements qui l'entourent, elles peuvent être progressivement maîtrisées par lui, et ressenties comme maîtrisables.
Ces mouvements d'accompagnement du langage verbal occupent ainsi une place centrale dans le processus d'accès à l'intersubjectivité, et dans l'émergence d'un véritable processus d'appropriation, par l'enfant, de son système de communication.

Le regard

Le regard du bébé ne sert peut-être pas essentiellement à repérer des configurations statiques, mais aussi et surtout à repérer des mouvements en référence à des formes fixes car il n'y a pas de perception possible d'un monde immobile.
Le mouvement peut être le fait de l'objet, mais il peut également être conféré à l'objet par le phénomène de segmentation sur lequel nous reviendrons plus loin (clignement des paupières, et mouvements des pupilles par exemple).

Les vocalises

Comme nous le reverrons ci-dessous, il n'y a pas de co-modalité possible sans une réelle articulation des rythmes propres à chaque modalité sensorielle, ce qui exclut la possibilité d'un authentique chaos sonore.
De ce fait, le bébé fonctionnant par essence en co-modalité, ceci suppose un traitement possible de " l'objet sonore " (S. MAIELLO) qui ne soit pas interprété, même dans l'après-coup, en termes de perte ou d'absence, mais d'emblée en termes de structure dynamique et complexe incluant des variations de rythme plus ou moins irrégulières.
Les vocalises du bébé ne peuvent être initialement dissociées par lui des autres stimulus sonores de son environnement (la voix de la mère notamment), et ce sont les spécificités de cet environnement interactif qui vont permettre une mise en phase rythmique des perceptions sensitivo-sensorielles du bébé.
Compte tenu de ces processus co-modaux, pour le bébé, ses vocalises et ses premiers mots ne sont pas seulement de l'air dans une bouche vide.
Par le biais de la co-modalité perceptive, ceux-ci sont d'abord perçus par lui comme une véritable " substance " sonore qui emplit la cavité buccale, et l'on sait que N. ABRAHAM et M. TOROK ont bien montré que pour accéder au langage et à la possible symbolisation des objets absents, il faut que la bouche soit d'abord " vide de sein " avant de " pouvoir se remplir de mots ".
C'est aussi ce que nous apprennent les enfant autistes pour qui parler et émettre des sons peut donner lieu à de profondes angoisses archaïques de type non seulement de perte, mais d'arrachage d'une partie de soi (F. TUSTIN), ce qu'on peut retrouver dans le matériel des cures et, notamment, lors de certains mutismes psychotiques qui peuvent renvoyer à la crainte que les mots émis ne viennent sombrer dans le gouffre d'un écart inter-subjectif si douloureux à admettre pour ces patients.
Parler, pour les sujets atteints de pathologies graves, peut donc être ressenti en termes de perte des mots prononcés, soit de mots-substance invisibles et dès lors, les mouvement des mains décrits ci-dessus pourraient éventuellement venir témoigner du besoin du bébé de récupérer par la vision, la kinesthésie et le toucher (vision et ressenti du mouvement de ses propres mains) l'éventuel vécu de perte qui s'attache originellement au langage.
En effet, pour le bébé qui fonctionne en co-modalité et en trans-modalité perceptives, la vision de l'éloignement et du rapprocher des mains (au cours de leurs mouvements en boucle) viendrait à la fois témoigner du vécu de perte des mots émis (traduction co-modale) et colmater cette perte par une récupération visuelle (défense trans-modale).

Pour un néo-structuralisme des formes fixes et des mouvements

Dans le débat actuel sur les modes d'accès à l'intersubjectivité (condition de l'accès au langage verbal), on sait la polémique qui existe, aujourd'hui, entre les tenants d'une période d'indifférenciation primaire (telle que l'évoquent les principaux modèles psychanalytiques classiques), et les tenants d'une intersubjectivité primaire fondée sur les compétences précoces du bébé dans les différents domaines de la perception, de la représentation, de la mémorisation et des processus d'agentialisation (D.N. STERN, C. TREVARTHEN).
On peut penser qu'il existe une troisième voie dialectique, et plus dynamique, entre ces deux approches.
L'idée est alors qu'il existerait d'emblée des moments d'intersubjectivité primaire qui demandent à être progressivement travaillés et unifiés afin d'amener, peu à peu, le bébé à une intersubjectivité stabilisée.
Le rôle du fonctionnement de l'objet maternel est bien évidemment essentiel ici, pour permettre cette confluence graduelle de ces moments d'intersubjectivité primaire.
Quoi qu'il en soit, on sent bien désormais que la question n'est plus tant celle d'un structuralisme des états (état intersubjectif versus état non intersubjectif), mais bien plutôt celle d'un néo-structuralisme de la dynamique qui permet la transition d'un état à un autre.
Ce passage d'un structuralisme des états à un néo-structuralisme des processus (structuralisme des mouvements en référence aux formes fixes) est particulièrement sensible dans le champ de l'étude du bébé et de ses processus de communication qui, seule, pouvait permettre un tel changement de vertex.
C'est pourquoi nous allons poser ma intenant quelques jalons à propos de divers concepts-clefs dans la compréhension de l'ontogenèse psychique.

Comodalité perceptive et mouvements

Le concept de perception en co-modalité renvoie en fait à deux expériences différentes : soit l'objet est perçu par nos cinq sens simultanément (comme c'est le cas habituel, chez l'adulte), soit l'objet n'est perçu que par un seul sens à la fois (selon le mécanisme de démantèlement, normal ou pathologique, sur lequel nous reviendrons), mais cette modalité sensorielle vient alors recruter les autres modalités sensorielles au sein même de l'appareil psychique du sujet.
Dans le premier cas, et c'est ce qui fait de toute perception un phénomène éminemment complexe, chaque modalité sensorielle recrute également les quatre autres, ce qu'un auteur comme W.R. BION évoquait peut-être par son concept de " sens commun ".
Il importe de signaler ici, comme l'ont déjà fait Ph. MAZET et H. SITBON, qu'il existe une dialectique entre l'aptitude du bébé à la co-modalité perceptive et les capacités maternelles d'accordage affectif transmodal, dialectique constituant peut-être l'une des racines de la métaphorisation dans l'espèce humaine.
A partir de là, la question est alors de savoir comment le bébé intègre le mouvement alors même qu'il ne dispose que de cinq modes perceptifs ?
Puisque la perception est de type co-modale, puisque le mouvement forme le vif de la perception et puisque le mouvement ne peut être traité que par segmentation, force est donc d'admettre que le mouvement ne peut être perçu que par co-modalité rythmée.
Le traitement des informations sensorielles par segmentation peut se définir par les quatre paramètres suivants : l'impulsion rythmique, le tempo, la pulsation et la dynamique, notions à propos desquelles nous renvoyons le lecteur aux définitions musicales de ces termes.
Chaque modalité sensorielle est rythmée avec des pulsations variables mais la co-modalité ne peut s'organiser que si, et seulement si, chaque modalité sensorielle reconnaît une organisation rythmique compatible avec celles des autres modalités sensorielles, compatibilité qui n'est sans doute pas donnée d'emblée mais qui est le fruit d'une harmonisation progressive des interactions .
On voit bien ici comment s'organise la possibilité d'accrochages autistiques en cas de dysfonctionnement interactif ne permettant pas la mise en rythme des différentes modalités sensorielles, et amenant dès lors à une prévalence de la continuité, socle d'une temporalité lisse, mortifère et désubjectivante.

Démantèlement, segmentation et intersubjectivité

D. Meltzer a proposé le concept de " démantèlement " qui, selon sa perspective, est un mécanise de défense permettant à l'enfant autiste de ne pas être submergé par les sensations émanant de l'environnement, grâce au clivage inter-sensoriel de ses différentes perceptions.
Ainsi l'enfant autiste traiterait les objets sensation par sensation, et certaines stéréotypies (de tapota ge, de flairage ou de lêchage) peuvent être comprises comme une manière de rentrer en contact avec l'objet, mais par le biais d'une seule modalité sensorielle ainsi privilégiée.
A la suite de ces travaux, il est apparu que ce mécanisme était également à l'œuvre chez les bébés habituels au tout début de la vie, mais que ceux-ci, à la différence, peut-être, des futurs enfants autistes, parvenaient à effectuer un travail de " mantèlement " de leurs sensations au cours de certains moments interactifs privilégiés, et notamment au cours de la tétée que D. MELTZER conceptualise comme un " moment d'attraction consensuelle maximum ".
Mais, par ailleurs, nous avons vu ci-dessus que la segmentation des différents flux sensitivo-sensoriels était indispensable pour permetttre la perception et qu'il s'agit, ici, d'un mécanisme intra-sensoriel, à la différence du démantèlement qui est un mécanisme inter-sensoriel.
Au moment de la tétée, selon D.M. MELTZER, le bébé, en rassemblant les diverses sensations issues de l'objet maternel aurait, fugitivement, le ressenti ou le vécu de l'existence d'un point extérieur à lui d'où lui viennent simultanément ses diverses sensations, et sa satisfaction.
L'accès à l'intersubjectivité serait ainsi étroitement lié à la possibilité d'un mantèlement des sensations, d'abord démantelées.
Il nous apparaît aujourd'hui que le démantèlement intersensoriel de D.M. MELTZER, ou plutôt la possibilité de mantèlement et la segmentation intra-sensorielle rythmique que nous venons de décrire se trouvent, probablement, en relation dialectique étroite.
En effet, répétons-le, le mantèlement de sensations distinctes ne peut s'opérer qu'à travers une compatibilité du rythme des sensations segmentées, le mantèlement ne correspondant pas à une simple sommation des sensations mais bien plutôt à une organisation complexe dans laquelle l'objet maternel, son fonctionnement interactif et son langage jouent un rôle de contenance et de transformation essentiel (W.R. BION).
Il existerait toutefois deux modalités de segmentation principales, l'une centrale et l'autre périphérique.
La segmentation centrale renvoie au fond à la périodicité des processus d'attention telle que S. FREUD en parle dans son article intitulé " Formulations sur les deux principes du cours des évènements psychiques " (1911), et telle qu'il en reparle da ns son article sur " La négation " (1925) :
" La perception n'est pas un processus purement passif, mais le moi envoie périodiquement dans le système de perception, des petites quantités d'investissement grâce auxquelles il déguste les stimulus extérieurs pour, après chacune de ces incursions tâtonnantes, se retirer à nouveau. "
Des troubles de la segmentation centrale pourraient ainsi être évoqués dans le champ de l'autisme infantile (travaux sur le fonctionnement de la substance réticulée du tronc cérébral), voire dans celui de l'hyperactivité mais bien entendu il faut tenir compte également du rôle de l'objet qui a, de son côté, une fonction facilitatrice ou entravante de cette segmenta tion rythmique des flux sensoriels.
On sait aujourd'hui qu'une asynchronie des interactions peut gêner l'accès de l'enfant à une exploration ciblée de son environnement (cibles d'abord variables, puis visage de la mère et objets tiers enfin).
De ce fait la segmentation est aussi périphérique fondée sur la congruence du rythme des interactions, et sur leur synchronie avec les capacités propres de segmentation du bébé (clignement des paupières, mouvements oculaires, discontinuité du toucher …).
Finalement, on peut avancer l'idée qu'à partir d'une segmentation réussie des divers flux sensoriels (segmentation centrale et périphérique), leur mantèlement devient possible par l'articulation profonde des différentes modalités perceptives grâce à la dimension intégra tive des interactions.
A partir de là, l'enfant peut être acteur de sa manière de traiter les informations en provenance de son environnement, et s'ouvre ainsi à lui la possibilité d'un accès à l'intersubjectivité (seul un objet mantelé peut être perçu comme distinct), et partant au langage.

Formes fixes, mouvements et affects

Il n'y pas de parole possible sans ouverture sur l'extérieur.
La potentialité d'une extériorité est une condition sine qua non pour que puisse, un jour, émerger le langage à partir de l'accès à l'intersubjectivité dont nous venons de rappeler quelques fondements.
Dans les lignes qui suivent, quand nous parlons d'extérieur, il ne s'agit encore que d'une potentialité qui ne s'actualisera que dans l'établissement d'une ligne de démarcation dont la genèse renvoie à toute la dynamique envisagée par S. FREUD dans son travail sur " La négation ".
Le bébé s'organise avec deux types d'informations nécessaires et suffisantes, et qui doivent être concomitantes dans la mesure où aucune perception de mouvement ne peut se faire sans référence à une forme fixe .

  • Les formes fixes (contour extérieur du visage de la mère, nez, sensation du dos en appui …) doivent être éprouvées par le bébé comme potentiellement extérieures à lui-même.
  • Les mouvements sont traités et intégrés, nous l'avons dit, par une perception comodale rythmée, et il est important également que le bébé puisse les ressentir comme s'inscrivant dans un dehors encore en devenir. Si la comodalité perceptive est moins efficace, la recherche de la forme fixe est sans doute moins aisée.

Mais si le bébé a besoin d'un extérieur potentiel pour construire sa parole, il a également besoin d'un système référentiel à valeur organisatrice de ses perceptions.
Il nous semble que ce lieu des formes fixes et des mouvements susceptibles de jouer un rôle organisateur chez le bébé est, par essence, le corps de la mère avec toute sa dynamique, et en particulier son visage, corps et visage se trouvant animés par son langage, et par les affects qui habitent celui-ci et qui vont permettre a u bébé d'édifier une véritable sémiologie de l'affect.
L'affect est donc le facteur principal qui d'une part unifie ce qui émane de la mère, et d'autre part maintient une diversité de l'information au niveau des cinq modalités sensorielles.
Nous rejoignons ainsi tous les travaux de D.N. STERN sur les mécanismes intimes de " l'accordage affectif " (ou " harmonisation des affects) qui soulignent à l'envi une jonction étroite entre l'affect et le mouvement.

Retour sur le langage

Même si le lecteur a le sentiment que nos propos nous ont emmenés un peu loin de la question de l'avènement du langage, en réalité ce détour apparent nous était absolument nécessaire pour faire sentir à quel point l'émergence du langage de l'enfant s'enracine dans le vif de la construction de son monde interne.
Il s'agit d'un véritable travail de mise en forme que l'enfant est amené à faire à partir de sa perception des formes et des mouvements, en lui et en l'autre, et c'est pourquoi nous évoquons, à ce sujet, le concept d'un néo-structuralisme des formes fixes et des mouvements.
Le bébé perçoit des formes et des mouvements dont il ne connaît pas la source et dont il doit repérer la structure intime qui ne peut être qu'une structure de type dynamique.
Les mots du langage de la mère (ou du parent) en constituent probablement la source organisatrice cachée.
Lorsqu'un parent parle à son bébé, le langage en tant que tel lui demeure, d'une certaine manière caché, caché car le langage est l'être-même : seuls les mouvements et les formes fixes peuvent être offerts et transmis à la perception du bébé.
C'est seulement dans un deuxième temps que les mots de l'adulte seront intégrés par le bébé en fonction de ses processus d'appropriation, et dans le cadre d'un acte authentique d'autonomisation.
Le langage dans sa forme globale n'est pas transmissible en tant que tel.
Les mots du père et de la mère constituent seulement - mais ceci est essentiel -la structure qui initie et organise les formes et les mouvements que le bébé s'appropriera ultérieurement.
De la sorte, le bébé perçoit et s'approprie des formes et des mouvements qui portent en eux une structure en creux, celle du langage à venir et encore potentiel.


Conclusions

Au terme de ces quelques pages dont nous mesurons l'aspect certes inachevé et partiellement hypothétique, il nous semble utile de reformuler nos objectifs.
Nous avons voulu montrer que la possibilité d'émergence du langage verbal de l'enfant s'origine fondamentalement dans ses capacités de narration analogique et préverbale, et que celles-ci se trouvent liées de manière étroite à la dynamique de son accès à l'intersubjectivité.
Les mécanismes de mantèlement inter-sensoriel et de segmentation intra-sensorielle des perceptions issues des différentes modalités sensorielles s'équilibrent au sein d'une dialectique étroite et profonde, pour permettre la mise en place de l'intersubjectivité sans laquelle il n'y pas d'ouverture possible au tiers, et pas de possibilité d'émergence langagière. Le rôle de l'objet est ici essentiel qui va offrir les conditions rythmiques interactives du mantèlement des perceptions obligatoirement segmentées, car il ne peut y avoir de perception sans discontinuité.
Ces réflexions débouchent sur la prise en compte obligée d'un structuralisme dynamique de l'intrication fonctionnelle entre formes fixes et mouvements (de soi comme de l'autre), et non plus d'un structuralisme des états dont l'aspect par trop figé ne rend pas justice au subtil travail psychique du bébé.
Le langage verbal de l'adulte n'est pas transmis en tant que tel au bébé, mais seulement via les formes fixes et les mouvements dont la perception rythmée par l'enfant organise chez lui une authentique sémiologie de l'affect.
Autrement dit encore, le langage verbal de l'adulte tire, paradoxalement, de sa part cachée, l'efficace de sa transmission.
C'est grâce à son " interprétation " structurale dynamique des mouvements et des formes fixes perceptibles au sein de son environnement (incluant l'autre et lui-même) qu'il va pouvoir affecter le langage de l'adulte et, secondairement, le sien propre, le corps et le visage de la mère jouant alors ici comme organisateur contextuel central dans ce travail de repérage et d'organisation structurale.



Eléments bibliographiques appelés dans le texte

N. ABRAHAM et M. TOROK
Introjecter-Incorporer. Deuil ou Mélancolie
Nouvelle Revue de Psychanalyse, 1972, 6 (" Destins du cannibalisme "), 111-122

D. ANZIEU
Le Moi-peau
Dunod, Paris, 1985 (1ère éd.)

J.L. AUSTIN
Quand dire c'est faire
Le Seuil, Coll. " L'ordre philosophique ", Paris, 1970

W.R. BION (1962)
Aux sources de l'expérience
P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", paris, 1979 (1ère éd.)

W.R. BION (1963)
Eléments de psychanalyse
P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", paris, 1979 (1ère éd.)

W.R. BION (1965)
Transformations - Passage de l'apprentissage à la croissance
P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", paris, 1982 (1ère éd.)

J.S. BRUNER
Le développement de l'enfant : savoir faire, savoir dire
P.U.F., Coll. " Psychologie d'aujourd'hui ", Paris, 1983 (1ère éd.)

J.S. BRUNER
Comment les enfants apprennent à parler
Retz, Coll. " Actualité Pédagogique ", Paris, 1987

F. DOLTO
Tout est langage
Vertiges du Nord/Carrere, Paris, 1987

U. ECO
La production des signes
Librairie Générale Française, Hachette, Coll. " Le livre de poche ", Paris, 1992

E. FIVAZ-DEPEURSINGE et A. CORBOZ-WARNERY
Le triangle primaire - Le père, la mère et le bébé
Editions Odile Jacob, Paris, 1999

S. FREUD (1911)
Formulations sur les deux principes du cours des évènements psychiques, 135-143
In : " Résultats, idées, problèmes " (S. FREUD), tome I (1890-1920)
P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", Paris, 1984 (2ème éd.)

S. FREUD (1925)
La négation, 135-139
In : " Résultats, idées, problèmes " (S. FREUD), tome II (1921-1938)
P.U.F., Coll. " Bibliothèque de Psychanalyse ", Paris, 1985 (1ère éd.)

B. GOLSE
Les interactions précoces comme espace de récit, 133-142
In : " Raconter avec Jacques Hochmann " (ouvrage collectif)
Les éditions GREUPP, Coll. " Monographie ", Paris, 2002

G. HAAG
Le théâtre des mains
Communication au Sixième Congrès international sur l'observation des nourrissons selon la méthode d'Esther Bick (communication non publiée)
Cracovie, septembre 2002

G. HAAG
Hypothèse d'une structure radiaire de contenance et ses transformations, 41-59
In : " Les contenants de pensée " (ouvrage collectif)
Dunod, Coll. " Inconscient et Culture ", Paris, 1993

Cl. LEVI-STRAUSS
Mythologiques, IV : L'homme nu
Plon, Paris, 1971

S. MAIELLO
L'objet sonore - Hypothèse d'une mémoire auditive prénatale
Journa l de la psychanalyse de l'enfant, 1991, 2O (" Le corps "), 40-66

Ph. MAZET et H. SITBON
Devenir,
Référence à compléter

D. MELTZER et coll.
Explorations dans le monde de l'autisme
Payot, Paris, 1980

P. QUIGNARD
Le nom sur le bout de la langue
Editions POL, Paris, 1993

P. RICOEUR
La métaphore vive
Le Seuil, Paris, 1975

P. RICOEUR
Essais d'herméneutique
Le Seuil, Paris, 1986

G. ROSOLATO
L'oscillation métaphoro-métonymique, 52-80
In : " La relation d'inconnu " (G. ROSOLATO)
Gallimard, Coll. " Connaissance de l'Inconscient ", Paris, 1978
F. de SAUSSURE
Cours de linguistique générale (édition critique préparée par Tullio de Mauro)
Payot, Coll. " Payothèque ", Paris, 1978

D.N. STERN
Le monde interpersonnel du nourrisson - Une perspective psycha nalytique et développementale
P.U.F., Coll. " Le fil rouge ", Paris, 1989 (1ère éd.)

C. TREVARTHEN et K.J. AITKEN
Intersubjectivité chez le nourrisson : recherche, théorie et applications cliniques
Devenir, 2003, 15, 4, 309-428

F. TUSTIN
Autisme et psychose de l'enfant
Le Seuil, Coll. " Points ", Paris, 1977 et 1982

F. TUSTIN (1981)
Les états autistiques chez 'enfant
Le Seuil, Paris, 1986


A consulter également

J. AMBLARD
Pascal Dusapin/l'intonation ou le secret
Musica Falsa, Paris, 2002

L. BERIO
Sequenza VI pour alto
CD Deutsche Grammophon, 1967.

Y. BONNEFOY
Sous l'horizon du langage
Mercure de France, Paris, 2002.

Y. BONNEFOY
Remarques sur le regard
Calmann-Levy, Paris, 2002.

P. BOULEZ
Points de repère
Seuil, 1981.

P. BOULEZ
l'écriture du geste, entretiens avec Cécile Gely
Christian Bourgois, Paris, 2002.

P. BOULEZ
la direction d'orchestre avec Jean Vermeil
Calmann-Levy, Paris, 1989.

P. BOULEZ
Penser la musique aujourd'hui, p 93-113,
Gauthier, Paris,1963.

P. BOULEZ
"Paul Klee, Le pays fertile"
Gallimard, Paris, 1989.

P. BOULEZ
Dérive 2, pour 11 instruments,
CD Deutsche Grammophon à paraître fin 2004.

F. CARPENTER, F. VARLEY et R. FLAHERTY
"Eskimo"
Toronto, University of Toronto press, 1959.

A. CHAN, A. Y.C.S.HO et M.C. CHEUNG
Music training improves verbal memory,
Nature 396, 607-609, depart. of Psychology
The Chinese University of Hong Kong, 1998.

Cl.-H. CHOUART
L'oreille Musicienne,
Gallimard, Paris, 2001.

L.-R. DES FORETS
Le Bavard,
Gallimard, Paris, 1946.

T. HALL EDWARD
La dimension cachée,
Point, Paris, 1971.

M. HEIDEGGER
Acheminement vers la parole,
Gallimard, Paris, 1959.

Ch. IVES
Central Park in the dark
The Unanswered Question, 1906.

P. KLEE
La Vierge à L'enfant, 1926.

P. KLEE
Hétaïre sur son lit, 1926.

P. KLEE
Poisson physionomique, 1926.

S. KOELSCH, T. GUNTER.
Brain Indices of Music Processing : nonmusicians are musical, Jour. of cog. neuro., Massachusetts Inst. of Tech, 12:3, pp. 520-541,
Max Planck Inst. of cog. Neuro.,2000.

G. LIGETI
Lontano, pour orchestre
CD Deutsche Grammophon.

B. MAESS, S. KOELSCH
Musical syntax is processed in Broca's area : an MEG study
Max Plank institut of Cognitive Neuroscience, Leipzig, 2001.
J.C. Lattès. Paris, 1979.

P. NOUVEL
L'art d'aimer la science
PUF, Paris,2000.

C. ROMANO
L'expérience et la parole,
in L'événement et le monde, p 220, 233,
PUF, Paris, 1998.

Et aussi :
Revue Accent
le journal de l'EIC, n°20, avril-juillet 2003.

Musée d'Orsay
Aux origines de l'abstraction, 1800-1914
Ed de la réunion des musées nationaux, 2003.

Texte rédigé pour le " Journal de la psychanalyse de l'enfant "

Adresses-contact
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Service de Pédopsychiatrie
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149 rue de Sèvres, 75015 Paris-Fr
Tél : 01.44.49.46.74
Fax : 01.44.49.47.10
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63, rue de Levis
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v.desjardins@noos.fr


 
 


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last modified: 2005-06-22