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A PROPOS DE LA FORMATION

Introduction
Dans ce chapitre, nous proposons quelques pistes de réflexions concernant la complexité et la spécificité de la formation en psychanalyse et en psychothérapie psychanalytique. Outre les formations théoriques et cliniques auxquelles le futur psychothérapeute ou psychanalyste participe, il doit aussi suivre une psychanalyse personnelle. Comme nous le développons ci-dessous, ces différents aspects de la formation privilégient le processus d'évolution interne du candidat et lui transmettent à la fois des connaissances théoriques et cliniques, un savoir-faire pratique mais, surtout, un " savoir-être ".

La formation en psychanalyse
Devenir psychanalyste nécessite une formation spécifique, exigeante et de longue durée. Cette formation se fait dans des instituts de formations spécialisés et est entreprise par les candidats après leur formation universitaire de base.

La psychanalyse est à la fois une théorie du fonctionnement psychique, une théorie de la psychopathologie et un outil thérapeutique. Ceci permet aux psychanalystes d'utiliser la compréhension psychanalytique dans toutes les situations pour lesquelles ils sont consultés et en face de tout type de pathologie psychique ou psychosomatique même dans un cadre de consultation de psychiatrie ou de psychologie générales. Il est important de souligner la spécificité du " travail analytique " fait par un analyste, même dans des dispositifs de soins autres que la cure psychanalytique.

A propos de cette approche analytique si complexe à acquérir, R. Kaës nous dit ceci : " Je voudrais faire remarquer les rapports dialogiques entre la situation psychanalytique et le processus psychanalytique. La situation psychanalytique est générée par le dispositif, le cadre et la règle fondamentale, et une fois établie, elle soutient le processus, qui à son tour fait évoluer la situation. Chaque variation de la situation ou du processus ou du cadre infléchit la nature de l'expérience de l'inconscient. Elle infléchit aussi les conditions de la connaissance de l'inconscient. En même temps que la méthode est la voie qui conduit à l'objet, elle construit cet objet et elle suppose une théorie de l'objet auquel elle ouvre l'accès. D'où une tension non résolue, souvent d'allure paradoxale, entre l'exigence méthodologique et la construction théorique, tension qui doit être reconnue comme la condition dans laquelle s'exercent la pratique et la théorisation psychanalytiques (Kaës 2002) ".

L'intérêt de Freud pour la formation apparaît très tôt dans les textes qu'il consacre entre 1904 et 1910 à la technique. L'accent s'y déplace de la description de la méthode et des buts de la psychanalyse, vers l'exigence des qualités et compétences nécessaires du médecin pour devenir l'instrument adéquat de cette méthode aux indications précises.

La formation dans sa conception et dans sa structure actuelle a été principalement élaborée à Berlin dans les années 1920 à 1930 et n'a, dans ses fondements, pratiquement pas changé depuis lors. Elle s'appuie sur trois piliers qui s'étayent les uns sur les autres pour donner un soubassement solide et cohérent à toute la formation:

  1. la psychanalyse personnelle,
  2. la formation théorique,
  3. la supervision.

Actuellement la théorie enseignée comprend, entre autres, la nosographie psychanalytique, la métapsychologie, la théorie de la technique psychanalytique et la théorie du fonctionnement psychique. L'analyse personnelle permet une découverte unique de son propre univers psychique dans la relation avec un psychanalyste. La supervision a une position particulière puisqu'elle est sensée transmettre non pas une technique mais "l'âme de la technique".
Ces 3 étapes se caractérisent par le savoir-être, le savoir et le savoir-faire. La plupart des formations des adultes se cantonnent au savoir et au savoir-faire, ce qui est totalement insuffisant pour les psychanalystes. Nous pourrions définir la formation psychanalytique par un processus de transformation interne qui s'appuie sur une théorie et une technique.

Comme le dit D. Anzieu, la formation quand elle est pratiquée par des psychanalystes est à distinguer de l'enseignement en ce que celui-ci porte toujours sur les processus psychiques secondaires. Il poursuit en disant qu'à son avis (et nous le rejoignons tout à fait en cela), il ne pourrait y avoir de véritable formation sans mobilisation chez les sujets en formation des processus psychiques primaires, ceci d'autant plus quand cette formation s'adresse à des psychistes. " L'objet dont ils demandent à acquérir une meilleure compréhension est l'appareil psychique et nul ne peut comprendre les phénomènes psychiques s'il ne s'est personnellement impliqué dans des situations où ceux-ci se trouvent mobilisés de façon intensive et où leur dynamique profonde a l'occasion d'être éclaircie. Les apprentissages se situent au niveau des savoirs ou des savoir-faire, tandis que la formation concerne le sujet au niveau de son être dans le savoir, qui est aussi celui de son sentir être avec lui-même et avec les autres ". (Anzieu, 1972, pp XII-XIII)

D. Anzieu rajoute : " Tant qu'il n'a pas été analysé dans une cure elle-même individuelle, le fantasme individuel capte, altère ou paralyse la perception et l'intelligence de tout ce qui se rapporte au fonctionnement de l'appareil psychique. Seule la formation analytique, parce qu'elle opère au préalable à un autre niveau, celui du savoir-être, permet au candidat d'accéder à la possibilité à la fois d'un savoir vrai sur son propre inconscient et de savoir-faire appropriés aux effets de résistance et de transfert par lesquels l'inconscient des autres va se manifester à lui quand ils demanderont d'être enseignés, rééduqués ou guéris. Le savoir-faire est donc subordonné à un savoir-être, savoir être qui ouvre sur la curiosité, la pulsion épistémophilique " (Anz